Pauline Marois

L'impopulaire éducation populaire

Inquiets, heurtés et déçus. Voilà qui résume en quelques mots les sentiments qui habitent les organismes d'éducation populaire et de défense collective des droits de l'Estrie. En effet, ces organismes présents aux quatre coins du territoire sont les laissés-pour-compte des récentes annonces gouvernementales en matière de financement des organismes communautaires.
À titre de partenaires engagés auprès de ces organismes, le Regroupement des organismes communautaires (ROC) de l'Estrie et la Corporation de développement communautaire (CDC) de Sherbrooke questionnent la décision du présent gouvernement d'exclure ces groupes de base des enveloppes potentielles de rehaussement financier.
Le 30 octobre dernier, la première ministre du Québec Pauline Marois et la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale Agnès Maltais annonçaient un rehaussement financier à la mission globale des organismes communautaires du Québec. Inscrite dans le document « La solidarité - une richesse pour le Québec » une somme de 162 M$ (54 M$ par année pour les trois prochaines années) est prévue pour les quelques 4000 organismes oeuvrant dans différents secteurs tels que la santé et les services sociaux, les familles, l'alphabétisation, les communautés locales, etc. Bien que le plus récent budget déposé à l'Assemblée nationale n'en fasse pas mention, nous avons néanmoins reçu la confirmation de ces montants par les différents ministères intéressés.
Si nous convenons de l'importance de cet engagement, comment expliquer le refus du gouvernement actuel d'y inclure les organismes de défense collective des droits, déjà les enfants pauvres du milieu communautaire? Quelles motivations poussent le gouvernement à laisser tomber ces organismes? En l'absence d'un rehaussement financier, quelles sont les perspectives de développement de ces organismes qui oeuvrent à la défense des droits de milliers de personnes démunies à travers le Québec et en Estrie? Doit-on y lire une volonté gouvernementale de réduire au silence les organismes qui remettent en question les profondes inégalités créées par le modèle économique et de gestion préconisé?
Les organismes communautaires de défense collective des droits sont autant des associations de locataires, des associations de chômeurs et chômeuses, des organismes d'économie familiale et d'aide aux employés non syndiqués, aux personnes handicapées, aux travailleurs et travailleuses accidentés, aux personnes subsistant de l'aide de dernier recours, aux femmes, aux immigrants, aux itinérants, aux fragilisés du système. Ils agissent en faveur du bien commun et au nom de celles et ceux qui n'auraient pas de voix sans eux. Ils sont des leviers d'éducation populaire. Ils sont des leaders de l'appropriation du pouvoir d'agir et du pouvoir de s'en sortir. Ils font partie de la solution. Le gouvernement du Québec doit sans réserve favoriser la réalisation de leur mission.
Christian Bibeau
Directeur de la Corporation de développement communautaire (CDC) de Sherbrooke
Claudelle Cyr
Directrice du Regroupement des organismes communautaires (ROC) de l'Estrie