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L’hydroélectricité, grande oubliée des solutions à l’urgence climatique

Yvan Cliche
Fellow, Centre de recherches et d'études internationales de l'Université de Montréal (CERIUM)
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POINT DE VUE / La nécessité de décarboner la production d’électricité pour affronter l’urgence climatique suscite beaucoup de débats parmi les spécialistes. Les solutions avancées sont souvent les mêmes : développement de l’énergie éolienne et solaire, efficacité énergétique, électrification de transports, déploiement de l’hydrogène, capture du carbone pour les projets pétrolier et gazier… Bref, tout ce qui semble nouveau et monopolise l’intérêt des experts.

Ce faisant, l’hydroélectricité, une vieille source d’énergie pourtant bien établie dans plusieurs pays, apparaît comme la grande oubliée dans la gamme des moyens identifiés pour diminuer les gaz à effet de serre. Et ce, même si sa contribution à l’échelle mondiale dépasse largement celle du nucléaire et celle, combinée, de toutes les autres formes d’énergie renouvelable. Ce déficit d’intérêt vient en partie d’être comblé par la publication, fin juin, d’un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) portant sur l’hydroélectricité dans le monde. Malgré ses presque 50 ans d’existence, l’AIE vient ainsi de produire son tout premier rapport sur cette source d’énergie. C’est dire combien l’hydroélectricité est un «géant oublié», comme l’admet elle-même l’AIE.

Le rapport en appelle à une hausse significative des ambitions mondiales en matière de développement hydroélectrique : elle recommande de doubler la capacité déjà installée d’ici 2050 pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Est-il nécessaire de rappeler les bienfaits de l’hydroélectricité pour le Québec? La mise en place d’un réseau de plus de 60 centrales, au fil de l’eau ou avec réservoir, a permis aux Québécois de renforcer leur autonomie énergétique, de surcroît avec une électricité propre et à bas coût.

Des décisions prises il y a des décennies, soit de miser à fond sur notre principal atout en matière de ressources naturelles, de l’eau en abondance dans une topologie favorable, apportent encore leurs effets bénéfiques.

Le Québec en avance

Avec l’urgence climatique, le Québec apparaît en avance sur les autres. Par exemple, les Américains veulent décarboner leur réseau d’électricité d’ici 2035, une tâche titanesque pour un pays qui utilise en majorité des énergies fossiles pour produire son électricité.

Ici, au Québec, cet objectif de décarbonation du réseau électrique est déjà atteint, depuis belle lurette. Hydro-Québec mise sur des énergies propres à plus de 99 % de sa production et vient même d’intégrer du solaire dans son mix de production, une première. Cela nous permet, grâce aux exportations, d’être partie prenante des solutions aux objectifs de décarbonation des États voisins.

Et alors que d’autres juridictions souhaitent maintenant passer des énergies fossiles à l’électricité pour le chauffage, nous sommes déjà au Québec, depuis longtemps, une vaste majorité à nous chauffer à l’électricité propre.

La flexibilité opérationnelle de l’hydroélectricité, qui est de pouvoir assurer en temps réel un potentiel de stockage et une stabilité, tandis que les énergies éolienne et solaire sont, pour leur part, variables dans le temps, est un des atouts majeurs de cette forme d’énergie.

Surplace

Mais notre produit phare n’a pas le vent dans les voiles, puisque la percée spectaculaire de l’éolien et du solaire a fait en sorte que la part de l’hydraulique dans la production mondiale d’électricité est restée stable depuis deux décennies, à environ 17% du mix.

Les défis sont différents selon les continents. En Amérique du Nord et en Europe, les actifs hydroélectriques ont surtout besoin de réhabilitation pour allonger leur durée de vie. Ailleurs, on parle plutôt de poursuivre l’expansion, notamment en Chine, en Inde, et aussi en Afrique, qui détient un vaste potentiel inexploité.

Ce retour souhaité de l’hydroélectricité dans les bonnes grâces des décideurs énergétiques nationaux est bien sûr une opportunité pour les Québécois. Notre industrie électrique s’est internationalisée depuis des décennies, grâce à l’expertise acquise dans la réalisation des projets d’Hydro-Québec.

D’autres pays se sont faits la main depuis, surtout les Chinois, intensifiant ainsi la concurrence, mais le Québec reste, dans le milieu énergétique mondial, un modèle que d’autres pays aimeraient imiter.

Ayant cessé toutes ses activités d’investissements à l’international au début des années 2000, Hydro-Québec avait, dans son Plan stratégique 2016-2020, ciblé les investissements internationaux comme un axe majeur de croissance de ses revenus d’ici 2030. Mais la société d’État a de nouveau interrompu cette activité avec la pandémie, voulant consacrer toutes ses ressources uniquement au Québec, pour favoriser la reprise économique.

Malgré cette absence du navire amiral, nos entreprises se sont construites avec le temps une bonne réputation à l’étranger. On souhaite qu’elles puissent continuer d’apporter leur expertise de pointe dans les futurs projets hydroélectriques qui se déploieront par le monde.