L'horreur... encore

ÉDITORIAL / Après Nice, Berlin, Melbourne, Stockholm et Londres, Barcelone et Cambrils, en Espagne, ont été à leur tour victimes d'une attaque au véhicule bélier, la nouvelle arme de l'État islamique (ÉI) qui traduit une stratégie aussi lâche que fourbe.
Comment, en effet, prévenir ce genre d'attaque particulièrement meurtrière qui ne nécessite ni une grande préparation, ni matériel sophistiqué et qui peut être portée n'importe où?
Les deux attentats de jeudi, qui ont fait 14 morts et une centaine de blessés, traduisent possiblement un affaiblissement de l'État islamique, qui a perdu beaucoup de terrain en Irak et en Syrie.
Ils sont aussi en droite ligne avec l'appel de l'ancien porte-parole de ce groupe armé, Abou Mohammed al-Adnani, au meurtre des « infidèles » américains et européens : « Écrasez-lui la tête à coups de pierre, tuez-le avec un couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le dans le vide, étouffez-le ou empoisonnez-le ». Très sympathique.
Jeudi, l'ÉI a revendiqué les attaques de Barcelone et de Cambrils, précisant que celles-ci ont été menées en réponse aux « appels » à cibler les États de la coalition internationale anti-jihadistes opérant en Syrie et en Irak, bien que l'Espagne ne participe pas aux frappes aériennes (elle fournit des conseillers militaires en Irak).
Visiblement, le terrorisme islamiste se transforme et se simplifie : il ne vise plus seulement les pays membres de la coalition internationale anti-ÉI, tandis que les attentats sophistiqués et à grande échelle semblent de plus en plus faire place aux attaques au couteau et au véhicule bélier perpétrées par des loups solitaires ou des petits groupes inspirés ou influencés par l'islam radical.
Depuis l'an dernier seulement, les attaques au véhicule bélier ont fait près de 130 morts et des centaines de blessés dans les pays européens, la plupart revendiquées par le groupe État islamique.
Ce qui a incité de nombreuses villes dans le monde à renforcer la sécurité lors de grands événements, comme Montréal le fait ce week-end pour « Fierté Montréal » et « Montréal symphonique ».
Toutefois, ces attentats, aussi horribles soient-ils, nous renvoient aussi au drame quotidien que vit la population d'Irak et de Syrie, où les combats entre différents groupes armés, les exactions du groupe État islamique et les bombardements de la coalition internationale anti-ÉI ont fait des dizaines de milliers de morts au cours des dernières années.
Si les attaques au couteau et au véhicule bélier semblent se multiplier en Europe et contribuent à créer un climat de terreur, il faut reconnaître qu'elles ne se comparent absolument pas avec ce que vivent les Irakiens et les Syriens.
Mais l'un ne justifie pas l'autre et inversement.
Le retour anticipé en Europe de plusieurs centaines d'anciens sympathisants et combattants de l'ÉI nécessitera encore davantage de vigilance des autorités et de mesures de sécurité.
Toutefois, la solution au terrorisme islamiste ne peut être toujours davantage de sécurité et de surveillance. Elle ne peut non plus être que militaire.
Elle réside aussi dans une plus grande concertation internationale pour mettre fin aux conflits au Moyen-Orient et redonner un pays viable aux millions de réfugiés et de désespérés de cette région au monde.
Quant à la lutte au terrorisme, elle doit aussi se faire sur le front politique, notamment en cessant d'appuyer et de commercer avec des pays comme l'Arabie saoudite qui propagent et financent le fondamentalisme islamique à la base du terrorisme.
Malheureusement, les pays occidentaux, y compris le Canada, souffrent d'une forme d'hypocrisie : ils entretiennent des relations diplomatiques cordiales avec ces pays - l'Arabie saoudite a même été nommée au Conseil des droits de l'homme! - et continuent de leur vendre des armes et de la technologie.