Au-delà des problèmes de performance et de gestion de Valoris ces dernières années, ce projet témoigne d’une forme d’inadéquation entre le discours gouvernemental voulant que le la réduction à la source et le recyclage fonctionnent bien au Québec alors qu’en même temps on doit agrandir des lieux d’enfouissement pour continuer d’y envoyer des matières résiduelles ou encore les exporter.

L’heure juste

ÉDITORIAL / « Comment en sommes-nous arrivés là si rapide- ment? »

Cette question formulée par la conseillère municipale de Hampden, Monique Scholz, lors de la soirée d’information de mercredi au sujet du projet d’agrandissement du lieu d’enfouissement de Valoris à Bury, vieux d’à peine 10 ans, est la même que se posent sans doute nombre de Québécois au sujet de notre industrie du recyclage.

Au-delà des problèmes de performance et de gestion de Valoris ces dernières années, ce projet témoigne d’une forme d’inadéquation entre le discours gouvernemental voulant que le la réduction à la source et le recyclage fonctionnent bien au Québec alors qu’en même temps on doit agrandir des lieux d’enfouissement pour continuer d’y envoyer des matières résiduelles ou encore les exporter.

Valoris, qui dessert 190 000 personnes et la majorité des grandes entreprises en Estrie, entend tripler la superficie de son lieu d’enfouissement d’ici la fin de 2020.

La situation est d’autant plus ironique que la mission de Valoris est précisément de détourner de l’enfouissement les matières résiduelles « ultimes » en les transformant en matières premières ou à des fins énergétiques.

À la différence de Récup Estrie, qui récupère 30 000 tonnes par année de matières recyclables (papier, carton, plastique, verre et métal) dans l’ensemble des MRC de la région, Valoris se voulait au départ un projet novateur axé sur la valorisation de ce que l’on considère comme des déchets, qu’ils proviennent des bacs noirs du secteur résidentiel, de l’industrie, des commerces ou des institutions.

Son objectif de performance de 2014 était de valoriser 70 000 tonnes de matières sur un total de 100 000 tonnes traitées annuellement, soit 70 %. 

Or, en 2017, après trois ans d’activité, Valoris ne valorisait que de 20 à 25 % des résidus « ultimes » qu’il recevait en raison de problèmes de fonctionnement, de sorte qu’une bonne partie de ce qui devait être trié et revalorisé se retrouvait à l’enfouissement. Ce taux serait aujourd’hui de 60 %.

Résultat : la régie intermunicipale, propriété de la Ville de Sherbrooke et de la MRC du Haut-Saint-François, a dû se résoudre à agrandir son lieu d’enfouissement.

Il y aura toujours des matières non recyclables ou impossibles à revaloriser qui devront prendre le chemin du dépotoir, mais il est impensable que l’on ne puisse réduire davantage le recours à l’enfouissement.

Près de 25 ans après l’implantation de la collecte sélective au Québec, pourquoi dépend-on encore à ce point de l’enfouissement avec ce que cela comporte d’inconvénients et de risques pour l’environnement?

Le dernier rapport de Recyc-Québec, qui date de… 2015, démontre que seulement 54 % des matières recueillies par les centres de tri (un recul par rapport à 59 % en 2012) avaient été revendues, donc destinées en principe au recyclage… bien loin du taux de 70 % que visait le gouvernement en 2015.

Cela peut s’expliquer, au moins en partie, par la mauvaise qualité des matières acheminées dans le centre de tri, notamment le verre brisé qui « contamine » les autres matières ou encore par les baisses épisodiques du prix des matières.

La fermeture en 2018 du marché chinois, où le Québec exportait jusqu’à 60 % de ses matières, a également eu un impact majeur sur les centres de tri.

Le système québécois de collecte sélective et de récupération doit être repensé pour favoriser la réduction à la source, exiger un minimum de contenu recyclé dans les produits de consommation et imposer la consigne afin de réduire le volume des matières vouées à l’enfouissement.

Beaucoup de flou entoure le monde du recyclage, notamment le taux réel des matières détournées des lieux d’enfouissement.

Il est impératif que Recyc-Québec donne l’heure juste.