À son arrivée au pouvoir, en janvier 2009, Barack Obama fut confronté à la pire crise économique depuis 1929.

L'héritage incertain de Barack Obama 

ANALYSE / Depuis un siècle, trois présidents américains (Woodrow Wilson, Franklin D. Roosevelt et Ronald Reagan) se sont particulièrement démarqués. Ces présidents sont considérés comme de grands présidents, parce qu'ils ont tous eu à relever des défis extraordinaires.
Lors du premier conflit mondial, Wilson changea la façon que les Américains percevaient le rôle des États-Unis dans le monde. Pour sa part, Roosevelt fut confronté à la fois à la grande dépression et à la 2e Guerre mondiale. Il sut à la fois changer la perception des Américains sur le rôle du gouvernement dans la gestion économique et instaurer un nouvel ordre mondial. Reagan fut aussi un dirigeant tout aussi transformationnel. En plus de redéfinir de manière néolibérale le rôle du gouvernement américain, il a réorienté la politique étrangère américaine dans le monde de l'après-guerre froide.
En janvier 2009, Barack Obama fut confronté à la pire crise économique depuis 1929. L'économie américaine perdait près de 800 000 emplois par mois. En moins un an, 8,7 millions d'emplois s'étaient volatilisés, faisant passer le taux de chômage de 5 % à 11 %. Entre-temps, le prix des logements s'effondra de 25 % (une chute de 13 trillions de dollars) forçant des millions de propriétaires de se départir de leurs maisons. Plus encore, toute l'industrie automobile était acculée à la faillite.
Afin d'éviter que la récession de 2008-2009 ne se transforme en grande dépression, le rôle d'Obama fut crucial. Il fit adopter un plan d'urgence de stimulus économique de 787 milliards de dollars, représentant des dépenses de 2,6 trillions sur quatre ans. Ce plan a permis à l'économie américaine d'éviter le pire. En plus d'introduire de nouvelles réglementations plus strictes concernant les banques et les marchés financiers, il décida judicieusement de sauver l'industrie automobile.
Les politiques économiques agressives d'Obama ont permis non seulement de stabiliser la situation, mais aussi un retour de la prospérité. Sous sa gouvernance, les États-Unis ont créé 15,6 millions d'emplois réduisant ainsi le taux de chômage à 4,6 %, le prix des maisons a été haussé de 26 %, et le PIB s'est accru de 22 %.
Sans doute, la capacité de l'administration Obama d'éviter que la grande récession de 2008-2009 devienne une grande dépression représente sa plus grande réalisation. Confronté à un pays épuisé et craintif, il a rétabli par son leadership la confiance en démontrant la flexibilité et la résilience de l'économie américaine.
Plus encore, Obama a démontré un leadership décisif dans des dossiers comme la création d'un système universel de santé, la reconnaissance des droits civils pour les homosexuels, le remodelage de la politique énergétique pour faire face au changement climatique et la réorganisation de l'industrie financière la plus importante depuis la Grande Dépression. Sur le plan intérieur, il a accompli plus que tout autre président depuis Lyndon Johnson.
En politique étrangère, sa contribution fut tout aussi importante. En plus d'éliminer Ben Laden, il a désengagé les États-Unis du Moyen-Orient en ramenant au pays 165 000 soldats et en réduisant la dépendance américaine sur le pétrole étranger. Par ailleurs, il a fait de l'Asie le pivot de la politique américaine en plus de renouer les relations avec Cuba et l'Iran.
Mais c'est surtout sur le plan de la personnalité que Barack Obama s'est le plus démarqué et où il laisse une marque indélébile. Non seulement son administration n'a pas été entachée par aucun scandale, mais il a gouverné avec grâce, vitalité, intelligence et équilibre dans des circonstances excessivement difficiles. Il a occupé la fonction de président avec dignité, célébrant en toutes les circonstances l'excellence américaine.
Si Barack Obama s'avéra un politicien intensément charismatique, ce qui lui a permis de se faire élire deux fois, il fut incapable de construire une base politique qui aurait permis à son héritage de perdurer.
En fin de compte, Obama rêvait un peu naïvement d'une approche basée sur le bipartisme. Or, dès le début de son administration, le mécontentement populaire devint palpable. Le Tea Party fut fondé en août 2009. Le débat entourant l'adoption de l'Obamacare fut marqué par une opposition farouche, souvent même irraisonnée. Plus d'une fois, Obama exprima sa frustration devant la partisanerie et l'intransigeance républicaine.
La crise financière de 2008 a laissé des cicatrices profondes qui ne purent être guéries par une reprise qui semblait trop faible aux yeux de plusieurs Américains. Incapables de se rappeler combien était critique la situation économique en 2009, ces derniers se montrèrent déçus. L'ironie, c'est que la classe moyenne blanche à qui les politiques d'Obama avaient offert un filet de sécurité a fini par voter pour Donald Trump.
Mais en dépit de ses fanfaronnades, Donald Trump ne pourra pas détruire toutes les réalisations de ce dernier. Pour ce faire, il n'hésite pas à recourir à ses pouvoirs exécutifs qui lui permettent d'ancrer davantage ses politiques comme il vient de le faire sur le plan de l'environnement.
En définitive, le malheur de Barack Obama aura été l'absence d'un successeur qui aurait continué son oeuvre. Cette absence empêche Obama de devenir l'architecte du 21e siècle comme les Wilson, Roosevelt ou Reagan l'ont été pour leur génération.
Gilles Vandal est professeur émérite de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke