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L’habitation pour les aînés, un vrai défi et un exemple

Point de vue
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La Tribune
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Les tragédies dans les CHSLD et les maisons d’aînés nous interpellent à peu près tous les jours depuis presque un an. On va jusqu’au bout de l’horreur! C’est comme si notre société avait abandonné ses vieux.

Dans un long article de la revue Protégez-vous de février, on fait la promotion du maintien à domicile. Une femme de l’Estrie, Pauline Gervais, qui a travaillé dans le domaine, y est longuement interrogée. Elle voudrait qu’on investisse plus, que les CLSC améliorent et étendent leur offre de services, que les services communautaires interviennent plus efficacement. Que les aînés gardent leur dignité et leurs racines en demeurant chez eux. L’article est vraiment pertinent.

Je voudrais apporter un complément à cette promotion du « rester chez soi ». Celle du « rester chez soi » collectif. Depuis maintenant 18 ans, les aînés de Racine peuvent vieillir ensemble à La Brunante, une coopérative pour les aînés de 75 ans et plus ou en légère perte d’autonomie. C’est ce que nous appelons du maintien à domicile collectif.

Les soins du CLSC sont les mêmes que dans les maisons privées. Les travailleurs du CLSC aiment venir travailler chez nous et leur collaboration en cas de perte d’autonomie est vraiment adéquate. Les résidents jouissent d’une alimentation variée, savoureuse et abondante. Ils ne sont jamais isolés parce qu’ils se rencontrent au moins à tous les repas. Des repas qu’ils font durer par de longs échanges. Ils jouent aux cartes ensemble. Ils ont de nombreuses activités ensemble. 

Ils forment un groupe de proches entraidants parce qu’ils ont des capacités complémentaires et qu’ils les mettent en œuvre. Ils sont pleins de ressources cachées qu’ils ont plaisir à manifester. Les citoyens de Racine ont la certitude que leurs aînés, c’est-à-dire leurs parents et leurs amis sont en sécurité. En 18 ans, nous n’avons à peu près jamais été témoins de maltraitance. Parce qu’ils échangent beaucoup entre eux, qu’ils ont des amis dans la place. Nous ne parlons jamais de lutte à la maltraitance, mais de promotion de la bientraitance. 

La coopération, c’est de l’entraide structurée. Avec notre formule coopérative, nous assistons à une prolongation de l’autonomie significative. Avec l’entraide entre les résidents, la mise en œuvre de leurs capacités, nous sommes capables maintenant d’affirmer sans hésitation que la coopération est un antidote au vieillissement.

Nous n’offrons aucun service de santé. Les résidents ont tous des répondants accessibles et des mécanismes de sécurité au besoin, comme ils auraient dans leur maison. Nous sommes une coopérative d’habitation pour aînés autonomes ou en légère perte d’autonomie, perte d’autonomie qui se prolonge à cause des proches entraidants. Nous refusons l’infantilisation engendrée par l’accréditation qu’on veut nous imposer. Je suis dans ma maison, j’ai 85 ans et je n’ai pas besoin d’être accrédité. Les résidents de La Brunante non plus. La pire stratégie, c’est de traiter les vieux comme des enfants. Le manque de respect commence là!  

Le modèle de La Brunante circule présentement en France et suscite beaucoup d’intérêt.  

On ne transplante pas un vieil arbre, un livre sur notre coopérative, est présentement en vente à la Librairie GGC.

Gaston Michaud
Racine