Lettre ouverte à tous les Canadiens et à toutes les Canadiennes de la part de la Commission nationale d’enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées

Il ne faut jamais attendre les occasions pour exprimer à nos mères tout l’amour et le respect que nous avons pour elles. Mais la fête des Mères nous permet de dire tout notre amour et notre soutien aux mères autochtones dont les filles ont été assassinées ou sont disparues, aux enfants abandonnés et plus généralement, aux familles éplorées par la perte d’un être cher. Notre rapport sera rendu public le 3 juin prochain et ce fut un privilège pour nous de rencontrer tant de familles courageuses et résilientes, de survivantes, d’aînés, de gardiens du savoir et de nombreux autres experts.

Nous ne pouvons changer le passé, mais l’occasion nous permet un rappel historique qui nous force à reconnaître que la colonisation a touché les femmes et les filles autochtones différemment des hommes. Les systèmes européens s’appuyaient sur le patriarcat, alors que les communautés autochtones s’étaient bâties sur le rôle prépondérant des femmes. Cette vision patriarcale du monde est entrée en collision frontale avec les rôles traditionnels que les mères autochtones avaient jusqu’alors joués.

En effet, des récits oraux provenant de tous les coins du Canada révèlent qu’il fut un temps où les femmes des Premières Nations, les Métisses et les Inuites avaient une grande influence sur la gouvernance, les terres, les économies et les cultures des sociétés autochtones. En tant que « mères » de la nation, guérisseuses et soignantes, elles s’occupaient de la santé physique, psychologique et spirituelle des membres de leur communauté et à titre de gardiennes, elles géraient les ressources communautaires et défendaient les terres et les eaux.

La violence faite aux femmes et aux filles autochtones n’est pas le résultat d’un événement isolé. Plusieurs facteurs se combinent hélas dans ce quotidien d’un trop grand nombre d’êtres humains, plusieurs parmi les plus vulnérables de ce pays. Aujourd’hui, beaucoup de femmes et de filles autochtones ne font plus confiance aux systèmes de protection de l’enfance, de justice, de santé, de police, ou d’éducation que la société canadienne leur propose. Trop de femmes autochtones ont été maltraitées, assassinées ou sont disparues. 

L’expérience des femmes et filles autochtones avec ces systèmes nous amène à une autre réalité importante que nous avons entendue tout au long de notre enquête nationale, à savoir que leur expertise et leurs actions sont trop souvent ignorées. Pourtant, elles ont des solutions à proposer pour mettre fin à la violence dans leur vie, tant au niveau individuel que communautaire. Il faut tous contribuer énergiquement à redresser cette situation et à cette fin, notre rapport proposera plusieurs mesures concrètes pour y parvenir. 

Assurer une meilleure sécurité pour les femmes et les filles autochtones doit devenir un objectif partagé par tous. Voilà le Canada que nous voulons pour les générations qui viennent. Un Canada riche de toutes les communautés qui le composent. Il ne suffit pas de rêver à l’avenir, il faut agir. Bâtissons ensemble le Canada de demain que toutes les mères veulent pour leurs enfants.

La commissaire en chef Marion Buller

La commissaire Michèle Audette

La commissaire Qajaq Robinson

Le commissaire Brian Eyolfson