Danielle Tremblay

Lettre d’une ex-DPJ

POINT DE VUE / Je suis Danielle Tremblay, ex-DPJ au Saguenay–Lac-Saint-Jean de 2005 à 2015. Ce fut un grand privilège pour moi d’occuper la fonction de directrice de la protection de la jeunesse, privilège qui a été marqué par une profonde conscience des responsabilités immenses et de l’imputabilité y étant associée.

Je me suis donc investie sans réserve à être une capitaine et une guide engagée auprès des intervenants œuvrant au quotidien auprès des enfants en grande souffrance et de leurs familles en grande difficulté.

Je connaissais très bien les enjeux majeurs en cause pour prendre les meilleures décisions pour chaque enfant, ayant moi-même été intervenante sociale en protection de la jeunesse pendant 20 ans.

J’ai donc débuté ma carrière en 1979, lors de l’avènement de la Loi sur la protection de la jeunesse. Avec des milliers d’intervenants partout au Québec, j’ai contribué à construire et à développer le système de protection de la jeunesse découlant de la Loi.

Je suis fière du chemin parcouru en 40 ans. Le système n’est pas parfait, comme aucun système ne l’est. Tout système doit constamment se remettre et être remis en question et travailler à s’améliorer en fonction des nouvelles réalités et des nouveaux défis qui se présentent à lui.

Je suis profondément convaincue que ce système, qui est constamment critiqué et honni, encore plus ces jours-ci par ce drame horrible que la mort de cette enfant des suites de la maltraitance dont elle fut victime, sauve littéralement de cette maltraitance des milliers d’enfants du Québec tant physiquement que psychologiquement. La DPJ, c’est à la fois l’urgence et les soins intensifs des enfants les plus vulnérables de la société.

Dans ma région, au cours des dernières années où j’ai été DPJ, j’ai toutefois assisté à la lente érosion du système de protection de la jeunesse basé sur les enjeux cliniques vers un système qui est devenu de plus en plus basé sur la performance et les impératifs de gestion.

La fameuse approche Lean, nouvelle bible de gestion des services de santé et services sociaux, a gagné progressivement du terrain. Bien qu’étant en accord avec la nécessité de l’efficience, j’ai résisté tant que j’ai pu, de l’intérieur, pour affirmer et maintenir la primauté des enjeux cliniques, dans un contexte où les statistiques et les chiffres ont pris de plus en plus de place.

Heureusement, je n’ai pas été confrontée à un drame comme celui de Granby. C’est le cauchemar anticipé de toutes les DPJ, et des intervenants qui y travaillent, qui, lorsqu’il se concrétise, les dévaste.

« 2015, ça vous dit quelque chose ? »

Je suis partie en 2015. 2015, ça vous dit quelque chose ? Par un certain soir de mars de cette année-là, j’ai appris, à l’instar de 1300 gestionnaires du réseau de la santé et des services sociaux, que mon poste était aboli par le gouvernement dans le cadre de la réforme du réseau de la santé et des services sociaux amenée par le PL-10.

Des gestionnaires compétents, engagés, experts dans leurs domaines respectifs ont été massivement écartés et ont dû, en l’espace de quelques semaines, quitter leurs fonctions, choisir de partir définitivement ou de postuler ailleurs, avec comme résultat, une perte d’expertise généralisée dans tous les secteurs du réseau de la santé et des services sociaux.

À la DPJ du Saguenay–Lac-Sait-Jean, mon équipe de gestion, composée de personnes compétentes et dédiées, hautement engagées auprès des intervenants de leur équipe respective pour leur apporter le soutien et l’encadrement nécessaires au travail quotidien avec les enfants en grande souffrance et leurs parents, a été décimée, déplacée vers d’autres postes ne correspondant pas à leur expertise. Tout cela a laissé des intervenants désemparés, en manque de repères, d’orientations cliniques, de soutien et de direction.

Un système fonctionnel se construit lentement, mais se déconstruit tellement plus rapidement… et il faut y mettre tellement plus d’énergie pour le rebâtir...

Le drame dont fut victime la fillette décédée des suites de maltraitance à Granby réactive, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, le choc du décès d’un tout jeune enfant de notre région, il y a deux ans. Il a malheureusement fallu un tel drame pour que des correctifs soient apportés : nomination d’une DPJ issue de la protection de la jeunesse et disposant donc des compétences nécessaires pour assumer sa fonction, embauche et formation d’intervenants, soutien clinique, etc.

Oui, il y a eu des suites, mais c’est infiniment triste qu’il faille passer par des décès d’enfants pour corriger les dérives. Ces suites ont-elles été suffisantes et efficaces pour bien protéger les enfants du Saguenay–Lac-Saint-Jean ? Je le souhaite ardemment, tout en sachant que plusieurs enfants attendent, que les services de première ligne sont rares, que le recrutement d’intervenants à la DPJ est difficile et que ceux qui s’y engagent ont impérativement besoin d’être guidés et soutenus.

La réforme du réseau de la santé et des services sociaux de 2015 a noyé les services de protection de la jeunesse, ainsi que les services sociaux en général, dans le vaste domaine de la santé. Or, les anciens Centres jeunesse étaient spécifiquement dédiés à la protection de la jeunesse et aux jeunes en grande difficulté. Immense différence… nous travaillions tous dans un même but, résolument mobilisés envers notre grande mission, protéger les enfants les plus vulnérables de notre société, plutôt qu’avoir à se battre pour faire valoir nos besoins et, surtout, ceux de notre clientèle, dans un monde axé sur un modèle médical non conçu pour les besoins sociaux.

Au surplus, les mesures d’austérité ont empiré la situation en coupant des postes et des ressources, tant dans les services de première ligne offerts en CSSS que dans les services de protection de la jeunesse, ainsi que ceux relevant des milieux scolaires et des services de garde. Le filet de protection sociale que le Québec avait construit au fil des ans pour les enfants s’est progressivement et tristement effiloché. Les mailles sont devenues de plus en plus larges alors que les problèmes sociaux n’ont pas cessé de s’aggraver.

« Y a-t-il de l’espoir ? »

Y a-t-il de l’espoir ? Bien sûr… il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’expertise en protection de la jeunesse existe toujours ; les DPJ et leur personnel sont toujours là, toujours aussi dédiés et engagés à la cause des enfants ; des milliers d’enfants québécois sont bien protégés aujourd’hui même ; la société et tous ses acteurs s’éveillent à notre responsabilité commune et partagée d’offrir à tous les enfants les conditions appropriées pour bien grandir.

Nous sommes tous conviés à faire de la bienveillance envers tous les enfants québécois notre projet de société. Il faut réinvestir dans les services sociaux aux enfants et à leur famille, dans les services de santé mentale et de dépendances aux jeunes et aux adultes.

Il faut non seulement recruter des intervenants, mais aussi les former, les accompagner, les soutenir, leur offrir l’espace de réflexion nécessaire aux lourdes décisions qu’ils ont à prendre, les encadrer pour en arriver à ce que tous, nous comprenions bien l’importance et la noblesse de leur travail.

Il faut aussi sortir des silos et des chasses gardées pour que tous les réseaux (services sociaux, scolaires, de garde, communautaires, policiers, municipaux, justice, santé, citoyens) travaillent ensemble à la protection et au bien-être des enfants.

Parce que… LES ENFANTS SONT L’AVENIR DE NOTRE SOCIÉTÉ.

Une ex-DPJ… qui sera toujours DPJ dans son cœur,

Danielle Tremblay

Opinions

Le chemin étroit de Trump vers une réélection

ANALYSE / La stratégie électorale de Donald Trump en 2020 est très simple et limpide. Il veut répéter le coup de 2016. Après avoir consolidé sa base électorale, il doit s’assurer que son adversaire démocrate ne fasse pas le plein des voix des personnes qui seraient tentées de voter pour lui.

Selon les sondages, la base politique de Trump est essentiellement blanche et républicaine. 85 % des gens qui approuvent ses politiques étant des blancs républicains. Trump ne veut donc pas aliéner sa base qui, en plus d’être blanche, est âgée et moins éduquée. D’ailleurs, 70 % des électeurs qui approuvent la performance globale de Trump n’ont pas de diplôme universitaire.

Pour solidifier sa base électorale, Trump a recours à une recette éprouvée. Il mène une campagne systématique anti-immigration depuis qu’il est devenu président. À cette approche s’ajoutent des sorties intempestives misant sur le ressentiment racial. Cette double approche porte fruit. Si ses cotes d’approbation n’ont jamais dépassé les 45 %, elles n’ont jamais non plus baissé en bas de 35 %. Par contre, les cotes de désapprobation de ses politiques et de son leadership oscillent constamment autour de 55 %.

Si nous tenons compte que dans les personnes approuvant le président, seulement 2 % sont Afro-Américains et 9 % latinos, cette situation explique pourquoi les cotes d’approbation de Trump n’ont pas vraiment baissé en dépit de ses déclarations racistes répétées. Plus encore, ces mêmes déclarations à caractère raciste lui ont permis de raffermir sa base. 

Bien qu’il puisse compter sur une base partisane blanche indéfectible, Trump sait que celle-ci n’est pas suffisante pour assurer sa réélection. Pour gagner, il doit donc aller au-delà des appels aux républicains blancs. Il doit compenser ses propres faiblesses électorales en augmenter les notes défavorables de son futur adversaire démocrate.

Afin d’augmenter ses chances de l’emporter, Trump a donc besoin de décrire son adversaire démocrate éventuel comme étant un candidat déconnecté de la réalité. Il sait pertinemment que les Américains sont largement rébarbatifs aux idéologies de gauche et qu’un candidat démocrate trop libéral serait moins éligible qu’un candidat du centre. En conséquence, il tente de peinturer les démocrates comme étant de dangereux socialistes.

Les attaques répétées contre les quatre jeunes représentantes démocrates au Congrès cet été vont dans ce sens. Il veut créer une dynamique visant rendre le candidat démocrate lors des élections présidentielles de 2020 en l’associant à la gauche radicale démocrate. Cette stratégie vise à compenser sa propre impopularité en diabolisant le candidat démocrate. Ce faisant les démocrates conservateurs et les électeurs indépendants seraient moins tentés d’aller voter démocrates.

Sa campagne électorale est clairement façonnée par une mentalité de bunker. En recourant constamment à des thèmes sur l’identité nationale, le patriotisme américain, la limitation de l’immigration et en caricaturant les démocrates comme de radicaux extrémistes qui veulent détruire les États-Unis, Trump fait un pari. Il croit qu’il pourra générer suffisamment d’enthousiasme au sein de sa base pour contrecarrer l’engouement libéral suscité par les primaires démocrates. 

Plus encore. Le président américain est en mesure de compter sur les républicains qui contrôlent 29 États. Ces derniers sont engagés systématiquement depuis 2016 dans une vaste opération de vérification des listes électorales. Tous les gouvernements locaux le font. Mais si au Nouveau-Mexique ou en Californie, deux États dirigés par les démocrates, l’opération touche respectivement à peine 1,4 % et 2.8 %, il atteint par exemple 22 % en Indiana, un État républicain.

Ce faisant, les républicains ont épuré les listes de 17 millions d’électeurs. Or, il s’avère que ce sont particulièrement les étudiants, les Afro-Américains et les Latinos qui sont touchés par l’opération de suppression des gens des listes électorales. L’électeur qui voit son nom supprimé de la liste est obligé alors de se soumettre à un long processus contraignant de réinscription s’il désire voter. 

La campagne de suppression des électeurs des listes électorales a des incidences tangibles. En 2018, Stacey Abrams perdit les élections de gouverneur par moins de 54 723 votes, alors que Brian Kemp, son adversaire républicain, dirigeait toujours en tant que secrétaire d’État l’opération pour épurer les listes de l’État de Géorgie de 1,5 million d’électeurs d’élections. 

Alors que le New Hampshire a moins d’un million d’électeurs, 90 000 étudiants furent entre-temps supprimés des listes électorales. Incidemment, les étudiants ont tendance à voter de manière disproportionnée pour le parti démocrate.

Finalement, Trump peut aussi compter sur le système du collège électoral qui avantage grandement les républicains. Dans un système de suffrage universel où tous les votes ont le même poids, les démocrates l’emporteraient aisément. Mais si vous vivez à New York, au Massachusetts ou en Californie, les électeurs démocrates n’ont moins d’incitatifs à aller voter, sachant d’avance que les démocrates vont l’emporter dans ces États.

En 2016, avec trois millions de votes de moins que Mme Clinton, Trump a ainsi obtenu une large majorité au collège électoral de 304 contre 227. Différents analystes et politologues ont établi un scénario où avec cinq millions de moins de votes que son adversaire démocrate Trump pourrait remporter les présidentielles de 2020.

Le chemin de réélection de Trump est donc très étroit. Mais, si nous tenons compte de différents éléments ci-haut mentionnés, une victoire de Trump est toujours possible. Plus encore. Trump s’oppose, appuyé en cela par les sénateurs républicains, à toutes mesures cherchant à contrer une interférence russe dans le processus électoral américain.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

La caricature de Côté

La caricature de Côté

Point de vue

S’arranger pour que ce soient les autres qui polluent à notre place

POINT DE VUE / Être citadin, pour d’aucuns, c’est la quintessence d’une empreinte écologique responsable et soucieuse de l’environnement. Faire son épicerie à pied, se rendre au travail à pied ou en vélo, utiliser les transports en commun, voilà pour bien des gens la voie de l’avenir en termes de responsabilité environnementale. Avec l’appui de la science, bien sûr, qui conclut que routes et ponts ne font qu’exacerber les problématiques de congestion routière sans changer nos comportements.

Ce qu’on ne voit pas, ou qu’on préfère peut-être ne pas voir, ce sont toutes les énergies que nos sociétés consacrent afin d’alimenter les bêtes qui sont les vraies responsables du réchauffement climatique : les villes!

Pour la petite baguette de pain que l’on rapporte sous son bras à pied et le coeur léger de l’épicerie du quartier, il y a des camionneurs et des livreurs qui ont transporté à notre place les marchandises nécessaires à sa fabrication. Il y a en fait toute une infrastructure de distribution de biens et de denrées qui a été mise en place pour répondre à nos besoins et c’est à partir de gigantesques entrepôts que ça se fait, entrepôts qu’on a vite fait d’expulser à la périphérie de notre cocon urbain, là où il y a bien sûr ces autoroutes qu’on aime tant démoniser.

Pour mettre à notre disposition de beaux tramways tout neufs qui vont bien sûr fonctionner à l’électricité, on devra éventrer nos rues pendant des années avec de la machinerie lourde qui fonctionne au diesel afin d’y réaménager des infrastructures pourtant fonctionnelles. Quand on entendra «bip-bip» à longueur de jour durant les prochaines années, on pourra se dire qu’il y a émission de calibre industriel de gaz à effet de serre afin d’éviter aux citoyens de Québec d’en produire eux-mêmes. En passant, où se sont installées toutes ces entreprises de construction et leur machinerie encombrante? En périphérie : on ne veut pas les voir en ville et elles devront déguerpir quand elles auront terminé leur travail!

Alors que plus les villes sont populeuses, plus elles imposent des contraintes à leurs périphéries, il est trop facile pour les bénéficiaires de ces infrastructures coûteuses et complexes de faire la leçon aux autres en brandissant fièrement comment, eux, comme individus, ne produisent finalement que quelques grammes de gaz à effet de serre par année.

Je veux bien croire que le bilan au final quant à l’empreinte environnementale par individu est plus bas pour un citoyen urbain que pour celui de la banlieue, mais la réalité est plus subtile. Aucune ville ne pourrait exister s’il n’y avait pas de banlieues à son service dans sa périphérie, qu’elle pourra ensuite allègrement blâmer pour tous les maux qu’elle a elle-même engendrés.

Point de vue

Nouvelles élections en Israël

POINT DE VUE / À nouveau, les élections en Israël n’ont pas été suffisamment concluantes pour permettre de former une coalition gouvernementale qui soit clairement majoritaire. Les deux principales factions politiques (droite du Likoud dirigée par Bibi Netanyahou) et centre droit Bleu-blanc dirigé par Benny Gantz) ont obtenu un nombre quasi équivalent de sièges. Toutes deux dépendent des alliances avec des petits partis pour former une coalition qui réunisse plus de 60 des 120 sièges du parlement israélien, la Knessset.

Les résultats

Le parti du Likoud a obtenu 31 sièges. Ses alliés traditionnels sont les partis religieux : d’une part les ultra-orthodoxes Chass (9) et Yahdouth Hatorah (8) et d’autre part les petits partis de la droite religieuse Yémina (7) unis par la très dynamique Ayélet Shaked qui est elle-même laïque.

Le parti Bleu-blanc (33) se veut plus inclusif et n’exclut pas une coalition qui comprenne le parti arabe Hareshima Hamésoutéfét (13) qui est une coalition de quatre partis unis essentiellement pour présenter une liste unique. Le parti Bleu-blanc est critique des partis religieux qui monnayent leur appui au Likoud par des concessions qui affectent l’ensemble de la société israélienne.

Le parti de gauche Avodah dirigé par Amir Perets a obtenu 7 sièges et la gauche dure de l’Union démocratique (anciennement Mérets) à laquelle s’est joint l’ancien premier ministre Éhud Barak a obtenu 6 sièges.

Israel Beiténou (9) est un parti de droite formé originellement par les ressortissants de l’ancienne Union soviétique. Son leader Avigdor Liberman a été très critique de Bibi pour n’avoir pas eu recours à des méthodes plus radicales pour éliminer les tirs de roquettes à partir de Gaza. Qui plus est, il est farouchement opposé à la dispensation de service militaire octroyée aux religieux orthodoxes tout comme à leur système de scolarité autonome qui se concentre sur des textes religieux et refuse d’enseigner des matières essentielles comme les mathématiques et l’anglais! Ce parti détient la balance du pouvoir et son leader Liberman se prononce pour un gouvernement d’union nationale et exige l’intégration des ultra-orthodoxes dans le système éducatif et le service militaire. Il refuse une coalition comprenant les partis arabes dont les porte-paroles se sont radicalisés au cours des dernières années. Il pourrait obliger le Likoud et le parti Bleu-blanc à se coaliser, ce qui mettrait fin à la participation des partis religieux au gouvernement selon leurs conditions. Une autre possibilité consisterait à déclencher de nouvelles élections et cette perspective n’est guère populaire.

Les grands problèmes de l’heure

Quels sont les grands problèmes de l’heure? L’économie se porte bien et le premier ministre Bibi a tissé des liens personnels étroits avec les leaders des grandes puissances Trump (États-Unis), Poutine (Russie), Modi (Inde). Xi Jinping (Chine) et bien d’autres encore. Le parti du Likoud s’est prononcé sur l’annexation de la vallée du Jourdain qui de toute façon est acceptée par la majorité des partis comme frontière de sécurité du territoire exigu d’Israël — la distance qui sépare la Méditerranée du Jourdain équivaut à la longueur de la rue Sherbrooke à Montréal. Le dialogue avec l’Autorité palestinienne — qui est à couteaux tirés avec le Hamas à Gaza — n’évolue pas; traditionnellement, l’Autorité palestinienne a refusé des accords (dont ceux de Taba en 2001) qui comprenaient des concessions israéliennes très poussées, y compris sur Jérusalem. La préoccupation principale est celle du danger iranien.

L’avenir

Ces élections qui se sont déroulées dans la plus grande sérénité mettent en exergue deux réalités particulières : celle de la minorité arabe et celle des partis religieux ultra-orthodoxes.

Les Arabes d’Israël ont tous les droits démocratiques. Leur niveau économique s’est substantiellement amélioré et cela s’est accompagné par une baisse de natalité. Ils s’intègrent beaucoup mieux à la réalité socio-économique du pays. Le service militaire est optionnel et n’est guère populaire actuellement. Il y a eu un courant de palestinisation chez les Arabes israéliens ces dernières années beaucoup souhaitent une accélération de la solution de deux États; toutefois, les sondages montrent que dans leur écrasante majorité, ils tiennent à leur citoyenneté israélienne.

Les ultra-orthodoxes se dispensent du service militaire. Leur système d’éducation est exclusivement centré sur l’étude des textes religieux. Des dizaines de milliers ne travaillent pas, se consacrent aux études religieuses et ne contribuent pas à l’essor économique du pays. Ils sont convaincus qu’à leur façon ils défendent le pays, ce qui enrage la majorité de la société israélienne. Leur taux de natalité est encore élevé (7,1 enfants par femme) par rapport à la moyenne nationale (3,1 enfants par femme), mais est en régression.

Il y a actuellement 1,8 million d’écoliers (une augmentation de 37% depuis 2001) et il est prévu une augmentation de 9,4% d’ici 2024. Dans les 5 prochaines années, la proportion des élèves enregistrés dans des écoles laïques va passer à 43,8% (diminution de 15%); celle des écoles religieuses croîtra de 13,2%; celle des écoles ultra-orthodoxes augmentera de 16,6% (augmentation de 60% par rapport à l’an 2001) si le système religieux orthodoxe ne se réforme pas.

Israël est une nation économiquement développée et le taux de chômage est bas (3,7%). Le secteur des femmes arabes est sous-employé, mais la tendance est à la hausse. Par contre, le secteur ultra-orthodoxe est définitivement sous-employé chez les populations masculines. Quelques signes montrent qu’une petite minorité d’ultra-orthodoxes commence à s’engager dans des études universitaires ou même à l’armée. Mais la grande majorité d’entre eux constitue une puissance intellectuelle qui n’est pas intégrée dans les rouages économiques en raison de son éducation hiératique.

Rappel à la réalité 

Au cours de ce nouveau tour électoral, Bibi Netanyahou a subi un revers, mais il n’a pas dit son dernier mot. Il est certain que si une coalition gouvernementale venait à se former, les ultra-orthodoxes perdraient beaucoup de leur influence; ils se devront d’assurer une meilleure éducation séculière et remplir leur devoir civique (le service militaire), ce sans quoi l’État d’Israël ne pourra assumer la réalité de leur importance démographique.

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Point de vue

La place de la culture dans l’école: clé de voûte de l’avenir du Québec

POINT DE VUE / Nourris par l’effervescence de la rentrée et par l’enthousiasme des enseignants pour les activités du volet scolaire des Journées de la culture, nous prenons la balle au bond pour livrer le fruit de nos réflexions sur la place que devraient occuper, au quotidien, les arts et la culture dans les écoles primaires et secondaires du Québec.

Les études scientifiques le confirment : la pratique artistique et les compétences culturelles contribuent au développement de tous les apprentissages. Comme le cours Éthique et culture religieuse, qui inculque aux jeunes les valeurs de savoir-être, de respect de soi et d’acceptation de l’autre, les arts et la culture ont aussi un rôle fondamental à jouer dans la construction de la personne.

Toutefois, on remarque encore que les arts et la culture sont inégalement et souvent mal intégrés à la mission éducative de l’école québécoise. Bien que l’on observe des efforts louables — voire des initiatives héroïques! — de la part de nombreux enseignants, on continue trop souvent à considérer les arts et la culture comme un divertissement, une activité secondaire qui passera «après le reste», si on en a le temps et les moyens, deux denrées rares. Le rôle de «Passeur culturel» figure pourtant au premier plan dans le Référentiel de compétences professionnelles de la profession enseignante.

Heureusement, et pour la première fois dans l’histoire du Québec, les écoles ont désormais l’obligation d’offrir deux sorties culturelles gratuites à tous leurs élèves. C’est un pas immense, qu’il faut applaudir, tout en rappelant que l’intégration de la dimension culturelle à l’école doit aller encore plus loin! La culture doit trouver sa place au cœur des enseignements à tous les niveaux, dans toutes les matières et tous les aspects de la vie scolaire.

C’est ce que l’organisme Culture pour tous expérimente depuis trois ans, en partenariat avec 16 écoles primaires et secondaires de sept régions du Québec et avec l’appui du ministère de la Culture et des Communications. Actuellement en phase pilote, le réseau d’écoles culturelles Hémisphères est fondé sur l’intégration transversale de la culture dans le cursus scolaire, où elle ajoute pour l’ensemble des clientèles touchées une forte plus-value : développement de la créativité, motivation des élèves, impacts positifs sur les apprentissages et cohésion augmentée au sein des équipes-écoles, qui y voient une façon de renforcer et d’améliorer leur travail pour, ultimement, favoriser le plein épanouissement des jeunes.

Les sorties culturelles, les rencontres avec les artistes ou les mobilisations populaires sont autant d’occasions de constater la juste place que peuvent occuper les arts et la culture comme fondation des apprentissages. Lorsqu’ils apprennent à apprécier une œuvre, à entrer en relation avec elle, les élèves développent aussi l’empathie, l’ouverture à l’autre, conditions fondamentales du «vivre ensemble». Les œuvres artistiques sont des réservoirs de savoirs dont la fréquentation assidue favorise la capacité d’être présent au monde.

C’est au Québec, en 1961, qu’a été créé le tout premier ministère de la culture en Amérique. Quelques années plus tard, à l’époque du rapport Parent sur l’éducation (1964) et du rapport Rioux sur l’enseignement des arts (1968), le Québec a vécu une période effervescente de son développement. Aujourd’hui, nous sommes à une étape tout aussi cruciale de notre évolution. On s’apprête à vivre — et on vit déjà — des transformations radicales, notamment avec l’intelligence artificielle qui se déploie à vive allure. D’ici 2030, le milieu du travail sera complètement redéfini. Les compétences cognitives et socio-émotionnelles comme la curiosité, la créativité, l’imagination ou le leadership, sont et seront hautement recherchées.

En cette ère de mondialisation, la frontière est bien mince entre la richesse des contenus, auxquels les nouveaux canaux de diffusion donnent accès, et une cacophonie certaine qui peut, au contraire, rendre les jeunes encore plus vulnérables et entraîner une perte de repères.

La solution réside selon nous dans l’intégration pleine et entière de la dimension culturelle à l’école, permettant de guider les jeunes vers leur plein épanouissement. Il nous semble plus qu’urgent que la formation initiale (formation des maîtres) et l’offre de développement professionnel aillent en ce sens afin que les enseignants d’aujourd’hui et de demain possèdent et maîtrisent tous les outils et ressources nécessaires pour jouer pleinement leur rôle de passeurs culturels.

Opinions

Pourquoi nous serons en grève le 27 septembre

POINT DE VUE / Les impacts de la crise climatique et environnementale sur la santé publique commencent à être bien documentés : augmentation des maladies pulmonaires, de celles transmissibles par les insectes et tiques, de la mortalité due à la pollution et à la hausse des événements météorologiques extrêmes (ouragans, canicules et feux de forêt, pour ne nommer que ceux-ci), etc.

Mais plus encore : ici comme ailleurs, les personnes les plus vulnérables sur les plans économique et de la santé sont, et de loin, les premières victimes. La canicule de 2018, qui a causé plus d’une centaine de décès au Québec, en est une douloureuse illustration. Selon le bilan fait par la Direction de la santé publique de Montréal, les victimes furent des personnes âgées de 65 ans et plus (au deux tiers), vivant seule; au prise avec une maladie chronique (66 % des victimes); des personnes vivant avec un trouble de santé mentale (notamment de schizophrénie : 18 % des victimes); ou encore avec des problèmes liés à la consommation d’alcool et de drogues. Et la grande majorité résidait dans des milieux défavorisés, où l’on trouve l’essentiel des îlots de chaleur en zone urbaine. Il en fut de même pour les victimes dans les autres villes du Québec, telles Sherbrooke et Trois-Rivières. Rappelons que le même constat avait été fait lors de la canicule de l’été 2010, qui occasionna près de 300 décès et 3400 admissions aux urgences au Québec!

Essentiellement donc, on parle de personnes vulnérables, sans soutien ni aide suffisante, en bonne partie en raison de la dégradation du système public de santé et services sociaux. Les coupures drastiques dans les budgets et les désorganisations du réseau, par les réformes ayant accompagné les plans d’austérité, ont accru l’isolement et la vulnérabilité de nombreuses personnes et les ont privés de soins et de soutien. Les choix budgétaires ont ainsi accru la sévérité des impacts de la crise climatique. Et les impacts disproportionnés sur certains groupes, comme les femmes, n’est pas à oublier. Entre autre car elles sont majoritaires comme travailleuses du réseau de la santé et des services sociaux, et comme proche aidantes.

Ces dégâts, les groupes communautaires autonomes en santé et services sociaux les constatent tous les jours, et dans toutes les régions du Québec. Véritable laboratoire de participation citoyenne où se développe les approches d’intervention les plus innovantes, les groupes communautaires en santé et services sociaux travaillent avec et viennent en aide aux personnes malades et vulnérables. Ils ne peuvent rester inactifs devant les défis que posent les bouleversements climatiques et environnementaux.

C’est cependant la responsabilité du gouvernement d’agir pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, et réinvestir massivement dans les soins de santé et programmes sociaux accessibles, publics, universels, gratuits et adaptés aux bouleversements climatiques et environnementaux et soutenir financièrement les groupes communautaires. Dans un contexte de surplus budgétaires faramineux, l’État peut et doit agir vigoureusement.

C’est pour transmettre ces messages que l’équipe de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles, appuyée par son conseil d’administration, sera en grève et participera aux manifestations le 27 septembre prochain! La Table invite ses 44 regroupements membres, et les 3000 groupes communautaires qu’ils rassemblent, à faire de même en se joignant à cette action historique.


Odile Boisclair 
Présidente du Conseil d’administration de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles et directrice générale de L’R des Centre de femmes du Québec


La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Opinions

Sur le plagiat au cégep

POINT DE VUE / La nouvelle culture mondiale de la Toile et des réseaux sociaux retentit indirectement sur les cultures nationales de l’enseignement public, comme de toute fonction sociale de reproduction, institution innervée dans les rets de la Toile et des réseaux sociaux où la privauté, sous couvert d’anonymat affiché, la liberté individuelle, les normes sociales de l’évaluation, de la qualification, du fonctionnement de la justice sociale sont dévoyées et mises à mal.

Aussi le Cegep (le corps enseignant et l’administration) serait dans son bon droit, à cette échelle impérativement, de s’inscrire en faux contre ces modalités du plagiat.

Précisons. Cette novlangue de la culture mondiale sous-tend le cas de plagiat, « phénoménal », « très complexe et très étendu » les téléchargements des fichiers de toutes informations dans toutes les disciplines et les terminaux qui les décryptent présentent cette abolition des distances comme une économie dématérialisée où le sujet-corps de l’auteur, soit de tout internaute, sombre dans l’anonymat, la déresponsabilisation. Par exemple, cette menace plane sur les métiers du livre, instruments séculaires de la diffusion de l’échange, de l’édification de la culture, comme sur les métiers de l’enseignement.

La culture transmise par l’École est un fait social. Or l’Autre, l’absence des interlocuteurs de Facebook et de Twitter, laisse isolé dans sa bulle l’internaute. Qui dit quoi? À qui? Dans quelles circonstances concrètes? En quelle situation? La dissertation philosophique est un acte social du sens critique, soumis à la lecture, au jugement d’un autre explicite, qui existe. Quand je ponctionne ici ou là telle ou telle donnée du fichier, une phrase ou un paragraphe, un tout fait, je transfère, sans vraiment comprendre, je signe et je triche. Dans la logique actuelle de la circulation Internet, ce décrochage du réel dilue la personne, le droit d’auteur, libéralise - car tout est permis, tout est possible - libéralise l’échange, le vol, le pillage, le piratage, émousse abolit le sens critique dont c’est précisément l’objet de la formation en philosophie. Cette défense acquise le plus tôt serait le mieux, chez tout jeune aguerri.

Il s’agit donc de mesurer la tâche bien concrète, immédiate du cégep et notamment de la classe de philosophie, à rebours, contre la pression de ce vaste courant de la nouvelle culture alimentant, banalisant le plagiat.

Pierre Sallenave et André Gauthier
Enseignants retraités de français aux cégeps de Champlain-Lennoxvile et Granby-Haute-Yamaska 

Opinions

Secteurs à risque

ÉDITORIAL / La mort tragique de deux garçons dans la jeune vingtaine sur la route 112 à Ascot Corner, au début du mois, a cruellement jeté la lumière sur la dangerosité de ce secteur et le problème des excès de vitesse.

Elle nous force aussi à une réflexion sur la diminution des limites de vitesse sur certains tronçons routiers, la reconfiguration des endroits à risque et les comportements imprudents de nombreux automobilistes.

Christophe Thivierge et Dominic Lemieux-Richard, deux musiciens de la région de Québec, ont péri lors d’une collision frontale survenue en plein après-midi sur une chaussée mouillée.

Cet accident, sous enquête de la Sûreté du Québec, a aussi fait des blessés.

Il a suscité une levée de boucliers chez les citoyens et les élus de cette municipalité qui se disent témoins depuis plusieurs années de nombreux accidents.

En 2013, un autre face-à-face qui s’était produit dans le même secteur d’Ascot Corner avait fait deux morts; une autre collision, en 2016, cette fois à Weedon, avait entraîné le décès d’une personne, toujours sur la 112.

Depuis 2014, les pompiers ont dû intervenir des dizaines de fois sur ce tronçon de la 112 pour dégager des personnes prisonnières de leur véhicule à la suite d’une collision.

Ces données donnent froid dans le dos et illustrent une situation inadmissible.

Et cela vient malheureusement rappeler plusieurs autres accidents graves survenus sur d’autres routes de la région.

À la fin août, par exemple, une femme a été grièvement blessée lors d’une collision entre une motocyclette et une camionnette aux feux clignotants de l’intersection des routes 220 et 249, dans le secteur de Saint-Élie, un endroit connu pour les excès de vitesse.

Selon les policiers le conducteur de la camionnette avait omis d’effectuer son arrêt obligatoire.

Quelques semaines plus tôt, une autre collision était survenue au même endroit.

Selon les données du ministère des Transports du Québec (MTQ), une trentaine d’accidents se sont produits dans ce secteur entre 2010 et 2018.

Là aussi, citoyens et élus dénoncent la dangerosité de cette intersection.

Heureusement, le MTQ ne reste pas les bras croisés.

Ainsi, à compter du 1er octobre la limite de vitesse sera diminué de 90 à 70 km/h sur un tronçon de 5,6 kilomètres de la route 112, entre le chemin Talbot, à Ascot Corner, et l’intersection de la route 214, à Westbury.

Le ministère entend également mener une étude sur une portion de 9 kilomètres de la 112 entre le chemin Biron et la route 214 en vue d’améliorer la sécurité.

Il en va de même pour ce qui est de l’intersection des routes 220 et 249 : le MTQ abaissera la limite de vitesse de 90 à 70 km/h.

Malheureusement, la diminution des limites de vitesse ne constitue pas à elle seule une mesure suffisante pour réduite le nombre de collisions.

Dans le cas de l’intersection des routes 220 et 249, le MTQ étudie la possibilité d’installer des feux de circulation, un carrefour giratoire ou encore de déplacer l’intersection.

Il faut saluer cette initiative, mais on peut se demander pourquoi on a attendu si longtemps puisque le problème des excès de vitesse et de l’augmentation du volume de circulation dans ce secteur, en raison du développement immobilier, est connu depuis plusieurs années.

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à une collision : les excès de vitesse, première cause de mortalité routière, l’inattention, une mauvaise configuration des routes et des intersections ou encore une augmentation importante du volume de circulation sur une route qui n’était pas conçue pour cela au départ.

Le MTQ doit passer à l’action plus rapidement pour améliorer la sécurité routière en Estrie.

De nombreux citoyens et élus se feraient d’ailleurs un plaisir de lui signaler les endroits à risque.

Opinions

Et si la solution aux chiens dangereux se trouvait ailleurs?

Le 15 mai, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, présentait un projet de règlement concernant la Loi visant à favoriser la protection des personnes par la mise en place d’un encadrement concernant les chiens. Un projet de règlement salué par tous, dont le RQIEC, puisque la sécurité publique est un enjeu prioritaire (...).

Toutefois, considérant que le gouvernement adoptera prochainement son nouveau règlement en raison de la fin de la période de consultations, il nous apparaît primordial de réitérer notre avis professionnel à l’effet que le projet de règlement ne solutionne pas de manière totalement adéquate le problème des morsures de chiens.

Un propriétaire de chien qui sait reconnaître les signaux que son animal émet lors de situations de stress aura les connaissances pour éviter les accidents. Les parents qui savent qu’on ne laisse jamais un enfant s’approcher d’un chien inconnu sauront éviter les situations risquées (...) Or, l’ensemble de ces comportements visant à prévenir les morsures ne sont pas innés; ils découlent d’apprentissages et de connaissances qui s’acquièrent avec le temps et les enseignements d’un bon intervenant en éducation canine.

Sachant cela, est-il toujours opportun de croire que la sécurité du public repose à elle seule sur l’adoption d’un règlement et de mesures punitives? Non! Si nous visons à réduire les morsures, il faut travailler en amont et favoriser l’éducation et la sensibilisation. Il est également important d’encourager les saines habitudes d’éducation et d’encadrement des chiens, notamment en promouvant les cours avec des experts en éducation canine reconnus et en interdisant l’utilisation d’outils aversifs, incluant certains colliers provoquant de la douleur aux chiens. De tels équipements peuvent, dans bien des cas, occasionner d’autres problèmes comportementaux beaucoup plus graves comme les comportements reliés à de la peur, de l’évitement et même de l’agressivité.

En ce sens, il est primordial de revoir l’encadrement prévu actuellement afin qu’il favorise les méthodes d’éducation éthiques. Nous souhaiterions également que ce dernier ne relègue pas le travail des intervenants en éducation canine au second plan puisque les éducateurs qui sont à jour dans leurs connaissances, sont les mieux placés afin d’éduquer les propriétaires et leurs chiens ainsi que renseigner le public sur la façon d’interagir avec nos compagnons à quatre pattes.

Les chiens font partie de manière intégrante de notre société depuis des millénaires et pourtant, beaucoup de travail d’éducation reste encore à faire afin que la cohabitation soit harmonieuse et sécuritaire. Les membres du RQIEC possèdent l’expertise dont la société a besoin (...) Leur accorder le temps et les ressources nécessaires est essentiel à ce projet. Une fois cela en main, les éducateurs pourront réellement travailler à réduire le nombre de morsures au Québec. 

Simon Gaudreault
Intervenant en éducation canine et président du
Regroupement québécois des intervenants en éducation canine (RQIEC)

Pierre Jury

Un «blackface» qui profite du vide

ÉDITORIAL / Justin Trudeau a passé la journée d’hier à tenter de se défaire de l’ombre du politicien raciste qui vient avec l’étiquette du «blackface», ce maquillage utilisé pour parodier les Noirs au XIXe et XXe siècle, particulièrement aux États-Unis. Il est aujourd’hui considéré irrespectueux et offensif, et ce n’est pas une surprise si des médias américains se sont lancés sur cette histoire.

Le Canada n’a pas la même histoire de discrimination que les États-Unis, mais il en a une malgré tout. Mais toutes les histoires de blackface n’y résonnent pas comme chez nos voisins du Sud. Et le Québec ne réagit pas du tout...

L'actualité selon Jean Isabelle

L'actualité selon Jean Isabelle

Opinions

Vingt-deux heures d’attente avant de rencontrer un médecin

OPINIONS / Voici ce qui est arrivé il y a quelques jours à la salle d’urgence de l’hôpital de Shawinigan.

Une dame a attendu quelque 22 heures avant de rencontrer un médecin, soit durant la période du vendredi 13 septembre à compter de 11 h, jusqu’au samedi 14 septembre à 9 h. Quant à moi, je me suis présenté à l’urgence à 13 h. J’ai aussi attendu jusqu’au lendemain 9 h avant de rencontrer un médecin, soit une attente de 20 heures. Il en a été de même pour tous les autres patients qui ne présentaient pas une condition dite «critique».

L'actualité selon Jean Isabelle

L'actualité selon Jean Isabelle
Jean Isabelle

Opinions

Le Vieux Clocher de Magog derrière La Tribune

La Tribune accompagne le Vieux Clocher de Magog depuis plus de quarante ans. Elle est indispensable au monde de la culture en région pour l’information, la promotion et la critique. La Tribune contribue comme aucun autre média à l’essor des arts de la scène et au développement des artistes de notre communauté.

La Tribune favorise la curiosité de ses lecteurs, participe à la vie culturelle qui nous rassemble et nous fait vivre tellement de grands moments d’émotions et d’enrichissements. 

Toute l’équipe du Vieux Clocher de Magog est derrière La Tribune. Nous tenons à exprimer haut et fort notre soutien inconditionnel et nous continuerons à utiliser La Tribune comme premier messager de notre offre culturelle. Nous demandons à tous les intervenants culturels de s’impliquer pour que La Tribune demeure NOTRE journal du petit matin.

Bernard Y Caza
Le Vieux Clocher de Magog

Pierre Jury

Une guerre en vue au Québec

ÉDITORIAL / Après avoir « réglé » la question de la laïcité au Québec, le gouvernement de François Legault s’en prendra prochainement aux commissions scolaires. Ce n’est pas une surprise, car cela faisait partie du programme de la Coalition avenir Québec, mais le moment choisi est particulièrement mauvais.

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, avait commandé en janvier dernier une étude sur des malversations concernant la Commission scolaire English-Montreal. Des éléments du rapport, publié la semaine dernière, font mention de contournements au processus d’appel d’offres, de livraisons de contrats de plus de 100 000 $ de gré à gré, d’« extras » versés sans justification, etc. Le bilan est lourd et s’inscrit dans une durée de plus de 10 ans.

La caricature de Côté

La caricature de Côté

Patrick Duquette

Equifax: erreur sur la personne

CHRONIQUE / Deux dames de Gatineau aux noms presque identiques, Joanne Bertrand et Johanne Bertrand, ont vécu une mésaventure pour le moins inusitée. La firme Equifax a confondu leurs dossiers de crédit et transmis à l’une des informations confidentielles destinées à l’autre.

Troublant, vous dites? Surtout quand on sait qu’Equifax est cette même firme appelée à la rescousse l’été dernier, afin de mieux protéger les dossiers de crédit des millions de membres du Mouvement Desjardins touchés par une fuite de données personnelles.

Chronique

La place de Legault n’est pas dans la rue

CHRONIQUE / La place du premier ministre du Québec n’est pas dans la rue. François Legault n’a pas à participer à la grande mobilisation du 27 septembre aux côtés de la militante écologiste Greta Thunberg, comme le réclame Québec solidaire. Lui et son gouvernement ne doivent pas être dans la représentation, mais dans l’action — dans une véritable et forte action.

C’est tellement vrai que, dans un autre contexte, l’annonce de sa présence aurait été vue par plusieurs comme une façon pour lui de chercher à récupérer à son profit la cause de l’urgence climatique. Si M. Legault avait annoncé qu’il prendrait part à cette grande marche avant que la solidaire Manon Massé le somme d’y être, celle-ci n’aurait d’ailleurs pas été la dernière à l’accuser de vouloir se faire du «capital politique».

Ne soyons pas naïfs : s’il y allait, ce serait dans l’espoir de servir ses propres intérêts politiques. 

Or, ce qui est essentiel pour nous tous, que l’on soit d’ici ou d’ailleurs, c’est l’instauration de politiques et de mesures vigoureuses de lutte contre les changements climatiques.

De l’action

Ce que l’on attend du premier ministre du Québec, comme des autres chefs de gouvernement et leaders du monde, ce sont des lois et de vraies mesures de lutte.

Il est là le boulot de M. Legault, ainsi que celui de son gouvernement — si l’on s’en tient au Québec. C’est là-dessus qu’ils doivent œuvrer. C’est là-dessus qu’ils devront être jugés. Pas sur le fait que le premier ministre québécois marchera ou pas dans la rue le 27 septembre.

On n’attend pas des postures de sa part. On n’attend pas de la communication. On n’attend pas une belle image un vendredi de septembre. On attend de l’action.

Dans l’évaluation qui devra être faite des politiques du gouvernement Legault pour répondre à l’urgence climatique, mentionnons entre autres la réforme du Fonds vert, le plan de gestion des matières résiduelles que son ministre Benoit Charette présentera d’ici la fin de l’année, ainsi que le plan de lutte contre les changements climatiques, qui sera dévoilé au début de l’année prochaine. Pour réellement viser une réduction de 37,5 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, ce plan devra nécessairement être costaud.

Secondaire

La suspension de tous les travaux parlementaires le 27 septembre est une question secondaire. Car l’Assemblée nationale n’aurait pas perdu grand-chose en accédant à cette demande de Québec solidaire, puisqu’il y a très peu d’activités parlementaires le vendredi — et qu’aucune n’est encore programmée pour cette journée.

Cela dit, en ne les suspendant pas, on ne clouera pas beaucoup d’élus sur place, puisque très peu d’entre eux seront retenus par l’activité ou les activités qui pourraient être programmées d’ici là. Le vendredi est une journée beaucoup plus tranquille que d’autres au Parlement québécois. La très grande majorité des élus sont dans leur circonscription ce jour-là, même lors des semaines où ils siègent.

Pour ce qui est des manifestations du 27 à proprement parler, la présence du ministre québécois de l’Environnement, d’autres ministres et de députés suffira largement pour la représentation gouvernementale québécoise. Plus que cela, c’est-à-dire en présence du premier ministre Legault lui-même, on glisserait dans une manœuvre politicienne.

La caricature de Côté

La caricature de Côté

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Opinions

L'éducation au privé : travail sous pression

Il a beaucoup été question au cours des derniers jours de la rentrée scolaire et collégiale dans le réseau public et des défis qui attendent le personnel.

Cependant, on a bien peu parlé de l’autre rentrée, celle qui se déroule dans le réseau des écoles et collèges privés. Pourtant, là aussi, l’année risque d’être exigeante pour le personnel.

Parce que l’idée que ça irait mieux au privé qu’au public est certainement un mythe en ce qui concerne le personnel. Vu de l’intérieur, les conditions de travail des enseignantes et enseignants, du personnel professionnel, comme du personnel de soutien sont aussi très exigeantes.

Des maux malheureusement partagés

Travailler dans un établissement privé ne vous met malheureusement pas à l’abri des maux qui accablent trop de collègues du secteur public. La pénurie de personnel, la surcharge de travail, la détresse vécue au quotidien, les emplois précaires, le manque de valorisation et de reconnaissance sont également le lot d’une bonne part de celles et ceux qui œuvrent dans le secteur privé.

Les travailleuses et travailleurs du privé subissent même une pression supplémentaire en raison de la concurrence à laquelle ils doivent faire face dans le milieu où ils évoluent. La clientèle étudiante d’un établissement privé n’est jamais assurée. Les enseignantes et enseignants sont constamment incités à être plus performants et innovants puisque l’on fait retomber sur leurs épaules une partie du fardeau de l’attractivité de l’institution.

Un dilemme supplémentaire

Le dilemme des travailleuses et travailleurs du privé est d’autant plus difficile qu’ils doivent subir en silence le poids de leurs conditions de travail, de peur de nuire à la réputation de l’établissement, et donc à leur gagne-pain. Malgré ces exigences importantes, ces enseignantes et enseignants, ces professionnelles et professionnels, ainsi que ces membres du personnel de soutien assument avec compétence et loyauté leurs tâches parce qu’ils ont à cœur la réussite des élèves et des étudiantes et étudiants.

Comme leurs collègues du secteur public, ces acteurs de l’éducation du privé méritent grandement, eux aussi, notre respect et notre appui. Ils accomplissent chaque jour leur importante mission éducative auprès de nos jeunes. Ils font la différence dans la vie de milliers d’élèves et d’étudiantes et étudiants.

Ils peuvent être fiers de ce qu’ils réalisent.

Souhaitons-leur une bonne année professionnelle!


Stéphane Lapointe 
Président de la Fédération du personnel de l’enseignement privé (FPEP-CSQ)

Opinions

Enjeux régionaux

ÉDITORIAL / D’ici le scrutin du 21 octobre, les chefs des principaux partis politiques fédéraux se prononceront sur de nombreux dossiers nationaux et régionaux.

La région de l’Estrie attend des positions claires sur plusieurs enjeux qui la touchent au quotidien, notamment la sécurité ferroviaire, le logement social, l’environnement et la pénurie de main-d’œuvre.

Depuis la tragédie de Lac-Mégantic, en juillet 2013, la sécurité ferroviaire et le mauvais état des voies ferrées entre Farnham et Lac-Mégantic sont source d’inquiétude –

et bien souvent de colère — au sein de la population et chez plusieurs élus en raison d’une impression de laisser-aller de la part de Transports Canada et des compagnies ferroviaires.

Il est anormal que des citoyens sentent le besoin de procéder eux-mêmes à l’inspection des voies ferrées pour ensuite alerter les autorités lorsqu’ils observent des anomalies.

Et, preuve que rien ne bouge, ou si peu, la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic, avec l’appui subséquent de la municipalité de Nantes et du comité de citoyens de Deauville-Magog, a acheminé une mise en demeure au ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, pour que cesse immédiatement le transport de matières dangereuses sur le tronçon Farnham/Lac-Mégantic tant que des réparations ne seront pas effectuées.

Un récent rapport d’inspection de Transports Canada faisant état de risques pour la sécurité sur cette voie ferrée, suivi du déraillement partiel d’un convoi, à Nantes en août, ont eu raison de la patience des citoyens.

Il est impératif que les chefs politiques disent clairement ce qu’ils entendent faire pour améliorer l’entretien des voies ferrées et responsabiliser les compagnies ferroviaires.

Le logement social est également un domaine où les choses semblent traîner en longueur : malgré les besoins criants dans plusieurs régions, Québec et Ottawa n’ont toujours pas conclu d’entente bilatérale sur le logement alors que les fonds ont été annoncés il y plus de 20 mois.

L’Association des locataires de Sherbrooke et l’Office municipal d’habitation plaident pour un réinvestissement dans le logement social alors que 800 ménages sont sur une liste d’attente à Sherbrooke.

Les chefs de partis devront démontrer qu’ils prennent la chose au sérieux et s’engager à régler le dossier avec Québec.

Les politiciens ne pourront pas non plus faire l’économie du dossier de la pénurie de main-d’œuvre, un phénomène complexe qui touche l’ensemble des régions.

La lutte au décrochage scolaire, le perfectionnement de la main-d’œuvre, la formation et la francisation des immigrants et la rétention des travailleurs expérimentés font partie de la solution.

Il y a urgence : des milliers de postes sont à pourvoir uniquement en Estrie et nombre d’employeurs doivent refuser des contrats ou ralentir leurs projets d’expansion.

Autre dossier majeur pour la région : le projet de liaison ferroviaire pour passagers Montréal-Sherbrooke de l’homme d’affaires François Rebello.

Ce dossier, loin d’être ficelé et nécessitant la réfection complète des voies ferrées, permettrait de réduire la circulation automobile sur l’autoroute 10 et les émissions de gaz à effet de serre.

La Ville de Sherbrooke a récemment appuyé le dépôt d’un projet de mise à niveau de la voie ferrée de 300 millions $ au Fonds national des corridors commerciaux de Transports Canada. C’est un premier pas.

Jusqu’ici, seul le Nouveau Parti démocratique (NPD) s’est dit en faveur d’une contribution fédérale au projet de train de passagers. On aimerait donc entendre les autres partis politiques se prononcer.

La crise financière que traversent les six quotidiens membres du Groupe Capitales Médias (GCM), qui voient leurs revenus publicitaires péricliter au profit des géants du web, nécessite une solution rapide impliquant les gens des régions.

Cela doit interpeller les candidats des différents partis politiques.

Ce ne sont pas seulement des entreprises qui sont en péril, mais la survie même de l’information régionale.  

Point de vue

Des moteurs de croissance: pour assurer notre vitalité

POINT DE VUE / En prévision des élections fédérales qui se tiendront le 21 octobre, le Conseil du patronat du Québec partage ses priorités et ses réflexions sur divers enjeux dans une série de lettres ouvertes.

Alors que les élections fédérales sont officiellement lancées, le CPQ tient à rappeler aux partis l’importance de s’engager à mettre en place les mesures nécessaires pour assurer des conditions qui permettront une accélération tangible des moteurs de croissance, que sont l’entrepreneuriat, l’innovation, l’internationalisation, la diversification et une meilleure intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Dans le contexte d’une économie mondiale à la trajectoire incertaine au cours des prochaines années, il est nécessaire de donner à l’ensemble de nos entreprises la capacité de se développer et de s’adapter pour assurer une croissance économique durable. 

À ce chapitre, le CPQ souligne certains domaines qui doivent bénéficier d’une attention particulière : 

Innovation et recherche

Il est indéniable que les entreprises doivent tout mettre en œuvre pour améliorer leur productivité et leur compétitivité. Ceci passe, entre autres, par de l’innovation et des investissements en R-D. Les grandes entreprises jouent un rôle de premier plan à ces égards. Une étude du CPQ a démontré qu’entre 2015 et 2017, 75% des grandes entreprises canadiennes ont introduit une innovation en matière de produits ou procédés, basée sur des données de Statistique Canada. Ainsi, plus il y a de ressources consacrées en R-D, plus grande sera la probabilité d’observer des percées technologiques dont les retombées bénéficieront à l’économie dans son ensemble. Or, les dépenses en R-D ont diminué considérablement au cours des dernières années. Pour renverser la vapeur, le gouvernement fédéral doit, par exemple, renforcer le crédit d’impôt pour la R-D, en le rendant remboursable pour les grandes entreprises. Ces crédits d’impôt pourraient aussi être renforcés pour fournir les incitatifs à la R-D en environnement, dans les technologies propres et dans les énergies renouvelables. Il faut aussi simplifier et accélérer les processus administratifs reliés à ces crédits d’impôt. 

Productivité

Un des défis majeurs pour notre économie, dans un contexte de mondialisation, est celui d’accroître la productivité de nos entreprises, ce qui passe par des investissements majeurs et des mesures d’accompagnement pour les employeurs. L’amélioration de l’accessibilité à un service Internet haute vitesse et la création de supergrappes, annoncées par le fédéral, sont de bonnes initiatives, mais il faut aller au-delà et s’assurer la mise en œuvre de stratégies plus concrètes au bénéfice de la productivité. Tout ceci passe aussi par l’accessibilité à une main-d’œuvre en quantité suffisante et adaptée aux besoins du marché de l’emploi, qui soit dotée des compétences nécessaires de base en numératie et littératie. 

De toutes tailles

Afin de renforcer les assises de l’économie nationale, il faut valoriser autant les petites et moyennes entreprises, qui représentent la très grande majorité de notre tissu économique, que les grandes. Ainsi, le CPQ considère que les partis doivent s’engager à mettre en place les conditions nécessaires pour attirer ces grandes entreprises, les garder et assurer leur compétitivité, et ce pour attirer des filiales étrangères qui investissent de manière tangible au pays, pour encourager le développement de coopératives, ou, et surtout, pour s’assurer de maintenir ici les sièges sociaux de grandes entreprises créatrices d’emplois bien rémunérés. De plus, la présence des grandes entreprises permet de favoriser l’émergence et la croissance de petites entreprises. Celles-ci, en retour, peuvent permettre aux grandes entreprises de diversifier leurs sources d’approvisionnement et d’innovation.

Commerce extérieur

La diversification des marchés internationaux est devenue un facteur fondamental de la stabilité économique du Canada, notamment dans le contexte actuel de protectionnisme croissant, surtout du côté américain. Il faut toutefois admettre que les États-Unis demeureront un partenaire commercial majeur. Il faudrait par ailleurs accompagner les entreprises afin qu’elles puissent tirer profit des débouchés découlant des nouveaux accords de libre-échange. Ceci passe entre autres par l’information et par une cohérence et une coordination de la présence des ressources gouvernementales à l’étranger. Aussi les associations qui représentent les entreprises et qui connaissent bien leurs réalités doivent avoir les ressources nécessaires pour les accompagner.

Si on apprécie les mesures adoptées dans le secteur de l’acier et de l’aluminium, il demeure que le secteur des produits forestiers nécessite quant à lui des actions urgentes. Le prochain gouvernement devrait les mettre en haut de sa liste de priorités. 

Conclusion

Se doter de bases solides pour assurer la vitalité économique du pays demande des actions concrètes et ce, dès maintenant. En s’engageant à agir rapidement pour permettre l’accélération des moteurs de croissance, les partis feront la démonstration qu’ils ont le bien-être de l’ensemble des citoyens à cœur.

Jean-Marc Salvet

L’imprévu, roi des campagnes

CHRONIQUE / Malgré tous les beaux plans de départ, une campagne électorale, c’est toujours le règne de l’imprévu. Voilà que les chefs fédéraux devront se commettre d’ici le jour des élections sur une question on ne peut plus délicate, celle d’un véritable élargissement de l’aide médicale à mourir. Ou balayer par devant. Ce dossier ne figurait pas sur leur table de travail.

Mercredi, la Cour supérieure du Québec a déclaré trop restrictifs et discriminatoires les critères d’admissibilité des lois fédérale et provinciale sur l’aide médicale à mourir. Les critères visés sont fondés sur une mort «raisonnablement prévisible» dans le Code criminel canadien et sur le fait d’être en «fin de vie» dans la loi québécoise.

Si l’éventuel élargissement des conditions d’admissibilité est une question délicate, c’est d’abord parce qu’elle a des implications majeures. Elle touche au rapport intime que nous entretenons, chacun de notre côté, avec la vie et la mort. «Chacun de notre côté» comprend bien évidemment nos responsables politiques.

Délicate, ensuite, parce que sur un sujet comme celui-là, les états-majors des partis peuvent difficilement — et c’est tant mieux — s’en remettre à un simple calcul d’«opportunité politique». Autrement dit, leur évaluation ne peut pas et ne pourra pas se baser avant tout, comme c’est malheureusement trop souvent le cas, sur les points qu’ils espéreraient récolter ou ceux qu’ils craindraient de perdre dans l’opinion publique.

Ça ne sera pas possible, puisque chaque parti, sur une question comme celle-là, n’a pas le choix de prendre le pouls de ses députés, de faire entendre une sorte de consensus interne — même si les votes sur ces sujets sont généralement «libres» au bout du compte.

En pleine campagne électorale, il faudrait pouvoir idéalement y ajouter les candidats qui parcourent les circonscriptions. Mais les directions des formations politiques ne pourront pas aller jusque-là.

Cela pour dire que les états-majors des partis sont et seront bien loin ici du simple calcul d’opportunité politique.

Évolution à venir

Pour le gouvernement du Canada, comme pour celui du Québec, la tentation d’interjeter appel est très forte, il faut le savoir. Pas nécessairement pour refuser toute évolution future, mais pour gagner du temps; pour lancer une réflexion de fond — quitte à laisser tomber la procédure d’appel en cours de route.

Au Québec, une réflexion a déjà été lancée, mais à partir du seul angle d’un élargissement de l’aide médicale à mourir aux personnes atteintes de maladies dégénératives du cerveau, parmi lesquelles l’alzheimer.

Sur le plan canadien, et puisqu’il a jusqu’au 10 octobre pour décider s’il interjette appel ou pas, le gouvernement sortant de Justin Trudeau n’aura pas le choix de se commettre d’une façon ou d’une autre en pleine campagne électorale. Même si les décisions de fond ne seront pas prises à partir d’un simple calcul d’opportunité politique, les intérêts politiques ne sont jamais totalement absents. En interjetant appel, le gouvernement libéral sortant repousserait à court terme des choix difficiles à arrêter. Il soulagerait très certainement son groupe parlementaire et son parti. Ainsi, d’ailleurs, que plusieurs de ses adversaires politiques, parmi lesquels les conservateurs d’Andrew Scheer.

La caricature de Côté

La caricature de Côté
André-Philippe Côté

Chronique

Le choc Trudeau-Legault

CHRONIQUE / Cette campagne fédérale a démarré sur les chapeaux de roue. Le premier ministre sortant, Justin Trudeau, n’a pas caché qu’il pourrait intervenir dans une contestation de la loi sur la laïcité du gouvernement Legault. Justin Trudeau contre François Legault? Oui. Et vice versa.

«Pour l’instant», le chef du Parti libéral du Canada n’interviendra pas dans une contestation judiciaire de la loi sur la laïcité. Ce qui veut dire qu’il pourrait le faire si son équipe est réélue le 21 octobre.

Pourquoi M. Trudeau ne veut-il pas intervenir directement «pour l’instant»? Parce que cela serait «contre-productif», a-t-il admis. Autrement dit, parce qu’il pourrait perdre des votes au Québec et trouver le gouvernement Legault sur son chemin.

Le terme «contre-productif» est un aveu. Il est une reconnaissance par Justin Trudeau du fort appui populaire dont bénéficie la loi sur la laïcité au Québec. Le premier ministre sortant sait qu’il n’a pas beaucoup d’intérêt politique à alimenter cet enjeu au Québec d’ici le jour du scrutin.

Ce qu’il n’avait pas prévu en ce premier jour de campagne est que François Legault allait estimer, à peine quelques heures après ses déclarations, qu’il était allé beaucoup trop loin en disant ce qu’il a dit. M. Trudeau ne s’attendait pas à ce que M. Legault le somme de s’engager à n’intervenir ni pour l’instant ni à aucun autre moment.

Visions irréconciliables

Derrière cette affaire s’affrontent deux manières de voir la société et le vivre-ensemble; deux visions du Canada aussi; deux façons de dessiner la voilure de la «société distincte».

Pour Justin Trudeau, la loi sur les signes religieux enfreint des règles inviolables, des règles qui doivent prévaloir d’un océan à l’autre. Pour François Legault, cette législation correspond ni plus ni moins qu’au modèle du vivre-ensemble que le Québec attendait.

Même s’il a pris des précautions oratoires sur ce sujet en lançant sa campagne, Justin Trudeau a été honnête avec lui-même et avec les citoyens. Il aurait été malhonnête de sa part de faire comme s’il ne plaçait pas la Charte canadienne des droits et libertés au-dessus de tout. Elle est inscrite dans son ADN.

En même temps, c’est bien là tout le problème d’un point de vue politique. Électoralement parlant, au Québec, M. Trudeau aurait été mieux avisé de faire sienne depuis longtemps l’idée selon laquelle Ottawa n’a pas à intervenir dans les lois votées par l’Assemblée nationale.

Aujourd’hui, il est trop tard pour cela.

Un jour?

La loi adoptée va plus loin que les recommandations de la commission Bouchard-Taylor en raison de l’inclusion des enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public. Mais elle est modérée par rapport à ce qu’elle aurait pu être.

Si elle est plus modérée, c’est en raison de la disposition de droit acquis qu’elle contient. Cette législation ne fait pas l’unanimité, mais elle correspond à un consensus au Québec.

Voilà pourquoi les mots de Justin Trudeau sont comme de la musique aux oreilles pour le Bloc québécois d’Yves-François Blanchet. Ils lui serviront d’argumentaire nationaliste.

Une interrogation à laquelle personne ne peut pour l’instant répondre en terminant : est-ce à travers une pomme de discorde comme celle sur les symboles de foi que l’idée de la souveraineté reprendra de la vigueur, si tant est qu’elle devait revenir un jour à l’avant-scène des débats? Yves-François Blanchet et d’autres espèrent qu’elle mènera jusque-là à un moment ou l’autre.

La caricature de Côté

La caricature de Côté