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Anne-Catherine Couillard, 16 ans, fréquente le Séminaire de Chicoutimi.
Anne-Catherine Couillard, 16 ans, fréquente le Séminaire de Chicoutimi.

Lettre d’une élève à François Legault

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
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OPINION / Anne-Catherine Couillard est une élève de quatrième secondaire au Séminaire de Chicoutimi. Elle a écrit une lettre au premier ministre François Legault que nous vous partageons aujourd’hui.

Bonjour Monsieur le Premier Ministre,

Je m’appelle Anne-Catherine Couillard et j’ai 16 ans. Je suis en quatrième secondaire et je fréquente le Séminaire de Chicoutimi. Je vous écris aujourd’hui pour exposer mon point de vue, mes opinions et mes revendications vis-à-vis la situation actuelle, soit la pandémie de la COVID-19.

Je m’adresse à vous en mon nom. Toutefois, je pense que d’autres adolescents de ma région et de l’ensemble du Québec pourraient partager mon opinion. Le vendredi 13 mars dernier marquait l’effondrement d’un monde routinier pour faire place au début d’une nouvelle ère d’incertitude. Depuis cette date, la société a prouvé ses capacités d’adaptation. Comme la majorité des Québécois, j’ai respecté les consignes pour ma sécurité et celle de ma famille. Nous nous disions que la situation serait de courte durée, que nous recommencerions à vivre normalement dans les semaines qui suivraient. La société a profité de cet arrêt forcé, en accordant de l’attention aux simplicités de leurs vies. Certains se sont découvert une passion, d’autres ont pris le temps de lire un livre, d’exprimer leur créativité. De toute façon, il n’y avait que cela à faire, donc valait mieux en tirer parti du mieux que nous pouvions. Avec tout cela, le temps passait et la situation semblait n’aller qu’en s’améliorant avec le beau temps qui pointait son nez. Deux semaines se sont écoulées... puis deux mois... et puis, plus de la moitié de l’année.

Rendus à ce point, nous avions arrêté de compter les jours, les semaines, voire les mois qui défilaient sous nos yeux.

Comme vous devez vous en douter, la pandémie affecte beaucoup les adolescents. Depuis mars dernier, tout a changé pour nous. Du jour au lendemain, nous avons dû arrêter de voir nos amis et de nous rassembler. Cette coupure drastique de notre univers quotidien n’a pas été facile, puisque nous avons besoin d’interactions sociales pour évoluer et grandir en tant que personne. Avec le temps qui défilait, nous avions de plus en plus l’impression de passer à côté de notre adolescence. Notre identité est tranquillement en train de se construire, mais comment pouvons-nous faire sans la présence de nos amis? La période actuelle et les difficultés auxquelles nous faisons face auront un grand impact sur notre futur.

Depuis la rentrée scolaire, nous, adolescents, faisons face à la seconde partie d’un film à faible budget, une suite de piètre qualité. Les concepts sont usés et les acteurs, morts de fatigues. Avec toutes les restrictions mises en place, nous fréquentons des établissements dépourvus d’humanité, ou du moins ce qui en reste. La motivation diminue petit à petit et la fatigue nous gagne. Dans les médias, des articles entiers sont dédiés à la condition des enseignants. N’entendons-nous que trop peu parler de notre condition à nous, les jeunes? Peut-être sommes-nous autant épuisés (et peut-être même plus) que chaque professeur qui nous enseigne? Les jeunes sont les grands oubliés de cette pandémie. Nous devons suivre les règles à la lettre, sans en demander plus. Des mesures ont été mises en place pour protéger notre santé physique, mais qu’en reste-t-il de notre santé mentale? Tout autour de moi, des adolescents sont en détresse psychologique.

La jeunesse souffre. L’immense pression exercée par l’école et nos si précieux apprentissages créent des problèmes collatéraux encore plus graves que le virus lui-même! La jeunesse québécoise va mal. Oui, elle va mal. Nous sommes prêts à faire beaucoup de concessions et de compromis, c’est bien cela que nous faisons depuis mars dernier, mais sans laisser notre santé mentale se dégrader.

Bien que les jeunes soient très affectés par la situation, je ne dénigre en rien la condition difficile dans laquelle se trouvent le personnel hospitalier, les enseignants, les directeurs d’école et le reste de la société. Si toutes ces personnes vaillantes et courageuses n’existaient pas, nous aurions droit à une immense catastrophe. Je ne peux que les remercier de leur laborieux travail. Cette période est pénible et éprouvante pour tout le monde. Seulement, en vous écrivant aujourd’hui cette lettre, je souhaite vous présenter ma vision de la jeunesse.

Tout cela m’amène à ma revendication. Je vous demande de revoir l’organisation des cours en ligne pour diminuer l’immense pression que ceux-ci exercent sur les épaules des étudiants du secondaire. Pour vous donner une idée, je passe en moyenne cinq heures sur mon écran, et puis, à la fin de la journée, je dois faire mes travaux et mes devoirs pendant toute la soirée. Mes journées ne se résument qu’à l’école. Le soir, je n’ai plus d’énergie pour d’autres d’activités. Peut-être que ma situation n’est pas celle de tous les étudiants du secondaire du Québec, mais nous pouvons sans nul doute dire que les cours en ligne sont beaucoup plus épuisants que l’école en présentiel. D’ailleurs, l’horaire « un jour sur deux » n’est pas optimal, parce qu’il ne permet pas aux étudiants de construire une routine à la maison.

Nous sommes continuellement en changement, donc il est plus difficile de se créer des repaires.

Alors voici ma proposition. Il est certain que vous ne pouvez pas diminuer le nombre d’heures de cours par jour, parce que les notions au programme des différentes matières doivent être vues, que les cours soient en présentiel ou à la maison. Comme compromis réaliste, je suggère donc de modifier l’horaire « un jour sur deux ». Il serait plus profitable pour les étudiants d’aller à l’école une semaine sur deux. Nous faisons face à du jamais-vu, donc il est normal d’avec le temps, certaines mesures s’avèrent plus efficaces et efficientes que d’autres.

L’horaire actuel en est un exemple.

Pour revenir sur le point de la santé mentale, si les cours en présentiel se déroulent au cours d’une semaine complète, cela permettra aux étudiants de faire le plein d’énergie en fréquentant leurs amis. À l’inverse, une semaine complète de cours en ligne permet d’établir une routine solide. Il est primordial pour nous, adolescents, d’avoir de la stabilité dans nos vies. Cela a un grand impact sur notre santé mentale.

Il faut savoir que j’ai commencé la rédaction de cette lettre au début du mois de décembre. Évidemment, la situation et les mesures ont changé depuis. À la suite de votre conférence de presse du mercredi 6 janvier, je dois vous remercier du plus profond de mon coeur d’avoir appliqué des mesures pour aider les adolescents.

Les écoles sont les derniers endroits où les jeunes peuvent socialiser, donc il était primordial qu’elles restent ouvertes. De plus, je me réjouis de l’ouverture des bibliothèques! Il s’agit d’un endroit de plus où nous pourrons suivre nos cours en ligne. Ça fera changement d’être enfermé toute la journée dans nos chambres!

Je souhaite terminer cette lettre sur une note positive. L’an dernier a été très difficile sur certains points, mais je ne peux pas dire qu’elle ne m’a rien appris. En 2020, comme bien d’autres, j’ai grandement gagné en autonomie et en organisation. Ces nouveaux atouts me seront très utiles pour mes études postsecondaires. J’ai appris beaucoup sur moi-même, j’ai développé ma créativité et j’ai réalisé à quel point le temps passe vite et qu’il faut profiter de chaque instant.

L’année qui vient de passer nous a fait réaliser qu’il existe toujours des solutions à nos problèmes et que nous avons une très bonne capacité d’adaptation et de résilience. Comme l’a déjà dit mon enseignant de mathématiques, ma génération n’est pas perdue. De la même manière que les générations de la guerre ont su le faire, nous bâtirons le monde de demain et nous saurons nous relever des épisodes difficiles de la vie. Nous en sortirons plus fort et unis en temps que société.

Mais pour tout cela, il faut continuer nos efforts pour mettre un frein à la propagation du virus. J’espère grandement qu’en 2021, nous pourrons recommencer à vivre en société. Il faut garder espoir!

Anne-Catherine Couillard, 16 ans