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Lettre à François Legault sur les places en CPE

Daniel Gignac
Daniel Gignac
Rimouski
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POINT DE VUE / Je suis le père du petit Antoine, 15 mois, mais aussi entrepreneur/actionnaire et gestionnaire d’une PME canadienne de 170 employés en télécommunication dont les employés sont situés en Ontario, au Québec, en Roumanie et aux Philippines. Je m’adresse donc à vous, M. Legault, d’entrepreneur à entrepreneur. Dans les lignes qui suivent, je vais utiliser la situation de Rimouski comme référence, car c’est la ville où j’habite. Cependant, la situation est similaire dans plusieurs villes au Québec. 

Je demande à M. Legault de «sauter dans ses pantalons d’entrepreneur» et de mobiliser son gouvernement afin de trouver des solutions immédiates aux problèmes que vivent les parents de plus de 50 000 enfants présentement sans place dans les services de garde.

Je crois, M. Legault, que votre ministre a fait un bon bout de chemin dernièrement pour «brasser» la machine gouvernementale pour accélérer les projets de CPE. Je lui donne le mérite qui lui revient malgré que j’ai un doute sur la stratégie pour l’embauche des éducateurs dans ces belles constructions toutes neuves qui verront le jour d’ici deux à trois ans. À moyen/long terme, j’ai encore confiance que vous pourrez renverser la situation. Mon intervention vise davantage le court terme. 

Malheureusement, je ne vois pas de solution à court terme dans celles avancées par le ministre de la Famille Lacombe. Nous, les entrepreneurs, sommes reconnus pour se virer sur un dix sous et c’est pour cela que je fais appel à votre leadership d’entrepreneur pour soutenir les travailleurs du Québec qui sont aussi des parents. En tant qu’entrepreneur, je ne peux vous demander de vous impliquer sans moi-même jouer le même jeu et vous fournir des idées. Alors, je vous propose un petit constat de la situation et quelques idées.

Évidemment, les CPE de ma ville étaient déjà en trop forte demande avant la pandémie. Des mois à des années d’attente et c’est encore la même situation aujourd’hui. De nombreux parents devaient donc se tourner vers des ressources en milieu familial gérées par un bureau coordonnateur qui applique les directives du ministère. Or, à Rimouski, ces ressources sont passées de 170 à 107 selon la dernière liste. Donc 63 X 5 = 315 enfants de plus sans services qui s’ajoutent aux 200 enfants déjà sans garderie avant la pandémie. Globalement, 500 enfants seraient en attente d’une garderie à Rimouski.

Voici donc le défi des parents de ces 500 enfants. Survivre aux «Douze travaux d’Astérix» et trouver une place avant la fin du congé parental. Du moment où l’on commence ce parcours, c’est un peu comme lancer une entreprise à temps partiel. Vous devez investir des ressources importantes en temps pour essayer de trouver une place et vous n’en trouvez pas. Le congé parental est terminé et un des deux parents doit tenter de trouver des arrangements avec son employeur.

L’équivalent de la «maison des fous», ce sont les places de 0 à 5 ans. Un guichet unique pour les parents à la recherche d’une place. 

On s’inscrit et par magie… rien ne se passe. Ce site bien conçu devrait être l’endroit où l’on peut suivre la progression de notre demande dans notre parcours vers l’obtention d’une place dans une ressource familiale ou un CPE, mais ce n’en est rien. Il est impossible de savoir à quel rang nous sommes dans la course au CPE. En théorie, premier inscrit premier arrivé, mais non. Chaque CPE gère un peu comme il veut. On doit appeler chaque CPE pour obtenir notre rang dans leur CPE. En date d’aujourd’hui, j’attends depuis plus de deux mois un retour d’appel, car il semble très compliqué de me dire mon rang. Un guichet unique par le gouvernement pour gérer les CPE du gouvernement devrait pouvoir nous indiquer où nous sommes rendus et quand, en théorie, on aura une place en CPE.

On se résigne des CPE et on passe aux ressources en milieu familial, qui sont gérées par un bureau coordonnateur local. On doit évidemment être inscrit sur place 0 à 5 ans. Les ressources familiales aussi y sont inscrites. Match parfait alors, mais non… On valide avec le bureau coordonnateur, mais le bureau ne coordonne pas les assignations de place. Il nous affirme que les milieux familiaux n’ont pas l’obligation de suivre l’ordre des inscriptions 0 à 5 ans et que les parents doivent communiquer avec chaque ressource directement. 

Ici commence la folle aventure d’appeler chaque service chaque jour pour essayer d’obtenir une réponse, de se faire mettre sur une liste d’attente qui ne semble plus exister. Nos éducateurs sont devenus des téléphonistes à temps complet répondant aux parents en pleurs à longueur de journée. Pour ceux qui essaient d’utiliser des moyens différents comme envoyer une lettre, eh bien, on a fini par retirer les codes postaux des listes et même les # de portes, car on imagine que des parents désespérés se sont présentés en personne, suppliant de prendre leurs enfants. Restent les médias sociaux… la course est lancée aux mille et un groupes Facebook de service de garde.

Sur une base moyen terme, je crois que le système devrait être revu. 

Dans un système économique, l’offre et la demande font fluctuer le prix. Dans le système actuel, la recherche de l’équilibre ne se fait pas! Dans le système de garde québécois, nous avons devant nous un système payé en bonne partie par l’État, mais où les CPE sont des organismes indépendants ayant leur propre CA. Également, les ressources en milieu familial sont en théorie des entrepreneurs, mais liés par un contrat d’exclusivité avec l’État. Ces entrepreneurs peuvent décider des horaires, semaines de vacances et autres. Certaines ressources sont aussi regroupées en syndicats qui les représentent. Des entrepreneurs syndiqués travaillant exclusivement pour l’État, c’est un beau mélange. Malheureusement, ce cocktail ne répond plus aux besoins. Bien sûr, je parle ici de l’organisation de tout le système et non pas de la qualité des services offerts que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de constater. Donc, soit le système devient totalement libre ou il gère totalement, mais l’entre-deux semble mal desservir les premiers intéressés.

La réalité sur le terrain, c’est des parents dont le congé parental est terminé qui ne peuvent pas retourner au travail ou ont énormément de difficultés à le faire. Ceux qui avaient choisi le congé court pour aider leur employeur sont les premiers touchés. 

Les femmes sont souvent celles qui doivent sacrifier leur carrière, leur indépendance financière et faire les sacrifices du nombre d’heures de travail, du poste qu’elles occupent ou de laisser passer des promotions. Chaque famille a une situation particulière, mais les revenus de ces familles peuvent être parfois amputés jusqu’à 50 %. 

Évidemment, les problèmes de santé mentale s’ajoutent aux problèmes financiers, les restrictions liées à la pandémie, et le total y est. Aussi, dans nos démarches, on réalise vite que, comme la demande est plus forte que l’offre et comme le système d’assignation des places est non fonctionnel, cela devient un concours du «meilleur» bébé. Si vous avez une fille de plus de 18 mois (en bas de 18 mois, c’est quasiment impossible de trouver une place) qui est propre et qui est capable d’attacher ses souliers, alors vos chances sont meilleures. Je plains les parents dont les enfants souffrent d’allergies ou ayant des difficultés de développement. Dans le contexte actuel, la sélection peut devenir très discriminatoire.

M. Legault, je ne vous laisse pas tomber. Je sais que les budgets de l’État sont serrés, que nous avons le «meilleur» système de garderie universel au pays, mais il doit bien y avoir des moyens pour aider les parents rapidement. Quelques idées…

1. Il y a des budgets d’exploitation accordés pour des places en milieu familial (environ 300 à Rimouski) pour lesquels le bureau coordonnateur ne trouve pas de responsable pour ouvrir un centre à la maison. Il y a aussi des CPE qui ont été approuvés pour lesquels des budgets d’exploitation existent et qui ne sont pas construits. Alors, le gouvernement devrait reconnaitre ces fonds d’opération par MRC ou par région administrative et créer une prestation spéciale pour les enfants sans service pour les MRC ou régions où il y a des pénuries. Le budget disponible serait divisé entre les enfants inscrits sur une base mensuelle qui n’ont pas trouvé de place. Plus des places sont créées, plus le budget diminue. Probablement que cela ne fera que quelques centaines de dollars par mois par enfant, mais c’est mieux que rien pour les parents qui essaient de s’en sortir et doivent trouver des solutions alternatives sans laisser leur emploi.

Difficile à mettre en place, ils vont dire… ma suggestion est d’utiliser le système informatique du (RQAP) https://www.rqap.gouv.qc.ca/fr/accueil. 

En un ou deux mois, ils peuvent mettre cela en place, j’en suis convaincu! Utilisation de budget disponible, gestion par le site RQAP ou le bureau coordonnateur. Recette simple pour aider les parents qui ont payé des impôts toute leur vie, mais qui malheureusement sont tombés dans une pénurie de places causée en partie par la pandémie! En résumé, donner aux parents les $ que le provincial aurait payé pour votre enfant étant donné que le système n’est pas capable de fournir des places!

2. Être plus permissif sur des règles temporaires. Exemple: dans une ressource familiale, les enfants qui sont à l’école et qui viennent diner comptent comme une place prise pour la journée. Changer cette simple règle va créer un nombre x de places demain dans le réseau. Une alternative dans la situation de l’enfant qui vient diner serait qu’un enfant est admis pour l’avant-midi seulement et quitte quand l’autre enfant arrive diner. Une demi-place, c’est mieux que rien pour nous, les parents, je la prends demain! Mais pour avoir du financement, l’enfant doit prendre un repas! Je suis spécialiste en télécommunications et non en service de garde, mais ces deux exemples ne sont que le départ de mesures d’allégement qui pourraient être mises en place dans des régions en forte pénurie.

3. Il semble que depuis deux ou trois ans, les exigences des services de garde en milieu familial sont devenues de plus en plus lourdes. La pandémie ne serait pas le seul facteur à la fermeture de centaines de places en milieu familial depuis un an. Revoir les exigences et démarrer ensuite un beau programme de recrutement pour trouver 10 000 responsables de service, ça fait 50 000 places pour le Québec. 10 000, c’est un objectif qui sonne bien et que nous avons vu dans un autre secteur d’activité dernièrement.

M. Legault, quelqu’un doit travailler au nom des parents. Et malheureusement, les parents sans place n’ont pas de porte-parole. Ceux qui portent les messages sont ceux qui gèrent le système, alors que celui-ci doit être ajusté pour répondre aux besoins des utilisateurs du système!