L’espoir fait vivre

ÉDITORIAL / Alors que rien ou si peu ne semble bouger dans le dossier du blogueur Raif Badawi, emprisonné depuis cinq ans et demi en Arabie saoudite, la possibilité qu’il soit admissible à un pardon royal ravive les espoirs de sa famille établie à Sherbrooke et des militants des droits de la personne.

La femme du jeune homme de 33 ans, Ensaf Haidar, qui vit à Sherbrooke avec les trois enfants du couple, dit avoir reçu une information en ce sens d’une délégation du Parlement européen qui s’est rendue dans ce pays pour discuter des droits de la personne.

Il faut toutefois accueillir cela avec prudence : le prince héritier Mohammed Ben Salman, nouvellement arrivé au pouvoir, a certes promis une Arabie saoudite plus modérée et tolérante, mais on peut penser que l’on ne transforme pas en quelques mois une monarchie islamique où le droit est basé sur la charia et où l’élite religieuse est très puissante.

Hier, le vice-président de la sous-commission des droits de l’homme au Parlement européen, Cristian Dan Preda, a indiqué à Radio-Canada Estrie qu’il avait reçu des informations contradictoires : « certaines disaient que cette libération n’est pas possible parce qu’une demande officielle de sa part n’a pas été faite. D’autres nous ont assuré que cette libération était possible. Une autre réponse nous a aussi été donnée qu’il pourrait être sur une liste que le roi pourrait signer ». Bref, il ne semble pas facile d’avoir l’heure juste.

Ce serait la première fois que Raif Badawi apparaîtrait sur une telle liste, lui qui a été condamné en 2012 à une peine de 10 ans de prison, à une amende d’environ 300 000 $ et à 1000 coups de fouet pour avoir prôné une plus grande ouverture du régime saoudien sur son site « Free Saudi Liberals ».

Amnistie internationale, qui accueille cette nouvelle avec prudence, est à effectuer des vérifications.

Le Parlement européen a été très actif en réclamant dès 2015 la libération immédiate de ce prisonnier d’opinion, une démarche suivie par l’Asemblée nationale du Québec, qui a émis un Certificat de sélection du Québec pour motif humanitaire au nom de Raif Badawi, et par le Parlement fédéral.

Depuis l’élection des libéraux à Ottawa, en 2015, qui avaient maintes fois reproché au gouvernement Harper de se traîner les pieds dans ce dossier, les actions, s’il y en a eu, ont été plutôt discrètes à l’exception de quelques déclarations où le premier ministre Justin Trudeau a exprimé ses « préoccupations ».

Ottawa a aussi toujours soutenu que le cas du jeune blogueur est abordé avec les autorités saoudiennes à chaque occasion qui lui est donnée. Mais sans plus.

Le gouvernement Trudeau entretient des relations commerciales et diplomatiques avec l’Arabie saoudite, qui est aussi un allié stratégique de l’Occident.

À la suite des informations voulant que M. Badawi puisse bénéficier d’un pardon royal, la moindre des choses serait qu’Ottawa relance de façon plus active le dossier auprès des autorités saoudiennes. L’espoir fait vivre!

Un autre cadeau

Pour faire oublier les dommages causés aux services publics durant les années d’austérité, qui lui ont permis de réaliser de généreux surplus, le gouvernement Couillard a annoncé en novembre une baisse d’impôt et une allocation scolaire de 100 $ par enfants.

Et voilà qu’il propose une harmonisation et une diminution de la taxe scolaire pour les contribuables, qui sera compensée par une subvention annuelle de 670 millions $ aux commissions scolaires puisée à même les surplus accumulés de l’État.
On peut penser que le gouvernement agit par souci d’équité, mais c’est aussi et surtout un autre cadeau en vue des élections de 2018.

Et ce n’est pas nécessairement une bonne affaire pour les contribuables puisque les surplus ne sont pas éternels et que tôt ou tard, lorsque l’économie ralentira, Québec devra se serrer la ceinture et probablement sabrer à nouveau les dépenses de services. Ou hausser les impôts.