Les va-t-en-guerre

ÉDITORIAL / Guerre des mots, guerre des égos ou réelle menace de conflit armé, l'escalade verbale entre le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un  fait monter d'un cran chaque jour les tensions entre les deux pays et dans le monde, à un point tel qu'on a l'impression d'assister à un mauvais film des années 60 sur la peur atomique et la « menace soviétique ».
Malheureusement, la crise est bien réelle : la situation se dégrade depuis le printemps entre la Corée du Nord et les États-Unis, après que le régime totalitaire eut procédé avec succès à des tests de missiles de longue portée, capables de transporter une charge nucléaire selon les services de renseignements américains, et annoncé qu'il était désormais en mesure d'atteindre le territoire américain.
Devant un dictateur mégalomane, adepte des déclarations menaçantes et des démonstrations de force, malgré l'adoption de nouvelles sanctions de l'ONU, et un président intempestif et imprévisible, l'inquiétude monte tant en Europe, en Russie et en Chine, alliée de Pyongyang.
D'autant plus qu'au-delà des tweets va-t-en-guerre de Donald Trump, l'administration américaine ne semble pas avoir de politique claire ni même de message cohérent devant une situation éminemment à risque.
Alors que le président Trump a promis le « feu et la colère » à la Corée du Nord, le secrétaire d'État Rex Tillerson s'est employé à défendre une approche diplomatique, tandis que le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, a déclaré que la Corée du Nord risque «la fin de son régime et la destruction de son peuple» si elle ne fait pas marche arrière.
Et hier, le président Trump en a rajouté une couche en affirmant que les solutions militaires sont maintenant « complètement en place et prêtes à l'emploi »!
La surenchère s'est bien entendu poursuivie à Pyongyang qui estime que seule la « force absolue » aura un effet sur le président américain et que celui-ci a « perdu la raison ».
Poussant plus loin la provocation, la Corée du Nord a aussi annoncé son intention de tester à la fin du mois quatre missiles intermédiaires à proximité de l'île de Guam, un territoire américain dans le Pacifique où se trouve une base militaire, ce qui obligerait les États-Unis à réagir.
Bref, le monde se retrouve dans une situation presque inédite où on ignore si ces deux puissances évoquent le recours à des armes conventionnelles ou au feu nucléaire, ou aux deux, en cas de conflit et cela n'a rien de rassurant.
Le président Trump répète que les États-Unis n'accepteront jamais que la Corée du Nord soit une puissance nucléaire, alors qu'elle approche du but, mais ses options sont assez limitées.
Une attaque-surprise des bases de lancement de missiles nord-coréens inciterait immanquablement Kim Jong-un à user de représailles, en souhaitant que ce soit avec des armes conventionnelles, et risquerait de plonger la péninsule coréenne dans la guerre.
Et Séoul, la capitale sud-coréenne de 12 millions d'habitants, n'est située qu'à 56 kilomètres de la frontière nord-coréenne, donc facilement à portée de missiles.
La solution à la crise nucléaire nord-coréenne ne sera pas facile ni satisfaisante.
Mais Donald Trump devra accepter tôt ou tard une solution de compromis et démontrer davantage d'intelligence politique.
Il est impératif d'abaisser les tensions et d'éviter un conflit armé: la Chine propose dans un arrêt des essais de missiles balistiques et nucléaires nord-coréens contre l'interruption des manoeuvres militaires américaines et sud-coréennes en mer du Japon.
Mais persuader la Corée du Nord de renoncer à l'arme nucléaire ressemble malheureusement à un voeu pieux.
Le monde devra probablement apprendre à vivre avec une nouvelle puissance nucléaire et même s'attendre à ce que la Corée du Sud et le Japon veuillent eux aussi se doter de l'arme absolue, ce qui porterait un nouveau coup à un Traité de non-prolifération nucléaire déjà mal en point.