Le mouvement Tous ruraux a réuni la semaine dernière à Québec les principaux acteurs du monde rural.

Les ruraux veulent avancer

Le mouvement Tous ruraux a réuni la semaine dernière à Québec les principaux acteurs du monde rural. Le message de ces leaders à l’endroit des différentes formations politiques est particulièrement clair; le prochain gouvernement devra mettre fin au « Québec à deux vitesses ».

Cette image d’un Québec à deux vitesses traduit bien la réalité de ces régions rurales. En 2017, plus de 300 000 ménages n’avaient toujours pas accès à Internet haute vitesse. Même portrait en téléphonie cellulaire, alors que ce service essentiel, facile d’accès en ville, n’est pas disponible partout en région. On reproche d’ailleurs aux entreprises de téléphonie d’écrémer les marchés les plus lucratifs tout en délaissant les moins payants, c’est-à-dire les régions rurales. À la ferme, le téléphone cellulaire est devenu un outil indispensable… évidemment lorsqu’il est disponible.

Dans le portrait des milieux ruraux réalisé par CoopCarbone 2018 pour l’occasion, on note que les trois quarts de la production laitière proviennent des régions, tandis que la moitié du lait transformé origine de Montréal. De même, si la majorité des emplois et des recettes du secteur agricole est située en région, 66 % de la transformation alimentaire sortent de Montréal. L’interdépendance entre la ville et la campagne ne peut être mieux illustrée.

Messagère du mouvement, la mairesse de Montréal, Valérie Plante affirme d’ailleurs que le dynamisme de la métropole s’explique par le lien tissé entre nos zones urbaines et rurales.

Président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) et de Solidarité rurale du Québec (SRQ), Marcel Groleau était l’une des têtes d’affiche de la rencontre. La campagne, a-t-on compris depuis longtemps en région, c’est plus que l’agriculture. Voilà sans doute pourquoi l’UPA a jugé bon de maintenir à bout de bras SRQ depuis son arrêt de mort. En 2014 et pour moins d’un million de dollars, le gouvernement de Philippe Couillard a sacrifié cette initiative exceptionnelle du monde rural québécois. Créée en 1991à la suite d’états généraux et dont le président fondateur était Jacques Proulx de Saint-Camille, elle a donné naissance à une multitude de réalisations propres à la ruralité. Elle a surtout permis au monde rural de se parler, d’échanger ses bons coups et de s’organiser. L’organisme était-il trop dérangeant pour un gouvernement dont les ténors du conseil des ministres provenaient majoritairement de Montréal?

Marcel Groleau a d’ailleurs noté que bon nombre de producteurs laitiers ne parvenaient pas à tirer le maximum de leur robot de traite faute d’un service téléphonique adéquat. Un robot de traite est entre autres ce qui permet à un producteur de lait de se libérer de l’esclavage de la traite des vaches 365 jours par année. Au Centre du Québec, la MRC de Bécancour a pour ainsi dire pris le taureau par les cornes. Les maires n’ont pas attendu l’aval de Québec pour agir. Ils ont investi pas moins de 15 M$ pour déployer un réseau de fibre optique partout sur leur territoire. Leur projet est devenu un modèle au Québec.

Les ruraux doivent se faire entendre à la veille d’un scrutin général en exigeant une vitesse « rapide », autant en région qu’en ville. Ils doivent réclamer le retour du financement permanent de Solidarité rurale du Québec et surtout les fonds garantis afin d’appliquer la Politique nationale de la ruralité avec ses agents ruraux de développement, ses pactes ruraux et ses laboratoires de développement rural.

À noter que Pierre-Yvon Bégin, nouveau retraité, prend une pause de l’éditorial au cours des prochains mois.