Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
Le président des États-Unis, Donald Trump
Le président des États-Unis, Donald Trump

 Les présidentielles américaines: un contraste saisissant

CHRONIQUE / Les électeurs américains devront désigner leur président pour quatre ans le 3 novembre prochain. Entre Joe Biden et Donald Trump, les différences ne pourraient être plus grandes.. Biden incarne la décence, l’honneur, la compétence et les valeurs traditionnelles américaines, alors que Trump ne personnifie rien d’autre que son amoralité, son incompétence et sa turpitude.

Ce contraste saisissant entre les deux candidats présidentiels américains fut étalé au grand jour au cours des deux dernières semaines. Tout au long de la convention démocrate, Biden rappela avec force et sur un ton charismatique l’importance de l’élection de 2020 dans la préservation des valeurs américaines. Il démontra que la fonction présidentielle transcende la personne qui l’assume, qu’un président doit l’être pas uniquement pour sa base, mais aussi pour tous les Américains, qu’il doit gouverner non pour ses propres intérêts, mais de manière à répondre à l’ensemble des besoins des Américains.

Entre-temps, la convention républicaine se résuma à un étalage de la satisfaction personnelle de Trump. Toujours très narcissique, ce dernier n’a pu s’empêcher de dominer par sa présence les quatre jours de la convention républicaine. Comme d’habitude, lui et ses acolytes eurent recours aux mensonges dans une tentative éhontée pour présenter des échecs cuisants comme des succès spectaculaires. Son incurie dans la gestion de la pandémie du coronavirus et le plus grand recul économique de l’histoire américaine deviennent soudain des succès retentissants.

Certains lecteurs, farouches partisans de Trump, vont sûrement trouver que je déblatère encore contre Trump. Pourtant, mes propos reposent sur les témoignages de centaines d’anciens hauts fonctionnaires, d’anciens généraux et d’anciens membres du Congrès qui étaient d’allégeance républicaine. Plus d’une centaine d’entre eux ont signé une pétition affirmant que Trump n’avait pas les aptitudes pour assumer la fonction de président et que son comportement erratique mettait en danger la sécurité des États-Unis. Plus encore, certains ont livré un témoignage vibrant en ce sens lors de la convention démocrate. 

Maryanne Trump Barry, la sœur aînée du président, confirme d’ailleurs cette perception. Dans un long échange, enregistré à son insu par sa nièce, Maryanne déclara candidement que son frère est complètement incompétent, qu’il est un menteur invétéré, qu’il n’a pas de principes, qu’il est cruel, qu’il refuse de lire tout document, qu’il est imbu de lui-même, qu’il a payé quelqu’un pour passer l’examen d’admission à l’université, etc. Or, Maryanne Trump est une ancienne juge fédérale très respectée qui siégea pendant 30 ans à la cour d’appel des États-Unis.

Les propos de Maryanne Trump ne font que confirmer les analyses publiées par une pléiade d’auteurs concernant l’isolement, le narcissisme, le comportement erratique, l’inculture, le népotisme, la recherche constante de ses intérêts personnels et les sorties intempestives du président dans sa gestion quotidienne de la présidence américaine. Or, un livre de Bob Woodward et un autre de Michael Cohen promettent d’être encore plus révélateurs sur la véritable nature de Donald Trump.

Aussi, comme Barack Obama l’a déclaré lors des funérailles de John Lewis le 30 juillet dernier et de nouveau lors de la convention démocrate, 2020 est une année charnière dans l’histoire des États-Unis. Les Américains sont appelés non seulement à choisir entre Biden et Trump, mais aussi à affirmer ou non si leur système démocrate mérite d’être préservé. Trump a déjà ouvertement affirmé son intention de contester les résultats de l’élection. Selon ses dires, les présidentielles de 2020 sont déjà les élections les plus corrompues de l’histoire américaine.

Trump nous a habitués à accuser ses adversaires de ses propres turpitudes. Ici, il accuse les démocrates de vouloir remporter les élections par la fraude, alors que c’est justement ce qu’il veut faire en cherchant par tous les moyens à réduire la participation électorale des minorités raciales, des étudiants et des électeurs démocrates dans les grandes villes.

Pour ce faire, en plus d’avoir 75000 officiers fédéraux et de menacer d’ordonner aux shérifs d’aller superviser les bureaux de scrutin comme moyens d’intimidation rappelant l’époque de Jim Crow (ségrégation raciale), il s’est attaqué au fonctionnement du système postal américain. 

Les mesures mises en place par l’administration Trump concernant le service postal depuis le mois de juin ont clairement un objectif électoraliste. En enlevant 15 % des machines de triage automatique du courrier, en réduisant d’autant le nombre de boîtes postales, en éliminant les heures supplémentaires et en ne remplaçant pas le personnel en congé de maladie, l’objectif est clair. L’administration veut ralentir la collecte du courrier, même si cela signifie que des millions de personnes recevront en retard leurs chèques du gouvernement.

La raison est toute simple. Dans la foulée de la pandémie, 55 % des démocrates veulent voter par la poste, alors que seulement 15 % des républicains privilégient un tel mode de votation. Ainsi, le président pervertit à la fois la démocratie américaine et la plus vieille institution des États-Unis. En effet, la poste américaine est au cœur de la naissance de la nation. Benjamin Franklin fut le premier maître poste national. D’ailleurs, les Américains peuvent voter par la poste depuis la guerre de Sécession, sans qu’il y ait eu de fraude.

Heureusement, la convention démocrate et Joe Biden offrent une véritable alternative aux Américains. Ceux-ci ont évité de tenir une convention acrimonieuse anti-Trump. Ils ont projeté essentiellement une vision positive et inspirante orientée vers le futur. Biden et les démocrates ne demandent pas aux Américains simplement de voter contre Trump. Ils proposent la mise en place d’un vaste programme économique et social pour relever l’économie américaine, contrer la pandémie, affronter les changements climatiques et renouveler les infrastructures du pays.

L’avenir de la démocratie américaine sera clairement en jeu le 3 novembre. Les deux options ne peuvent pas être plus claires. Pour éviter toute contestation, les démocrates ont vraiment besoin d’un balayage tant dans le vote populaire qu’au collège électoral. En 2020, tous les votes comptent, même dans les États largement démocrates.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.