Les oubliés

ÉDITORIAL / Chaque période des Fêtes amène son lot de voeux de bonheur, d’amour et de santé, mais cela ne doit pas faire oublier les nombreux conflits qui déchirent la planète et les millions d’êtres humains qui souffrent en silence.

Le tout récent rapport de l’ex-premier ministre ontarien et envoyé spécial du Canada pour la crise des réfugiés rohingyas au Myanmar, Bob Rae, est le parfait exemple d’une situation humanitaire dramatique dont on réalise difficilement l’ampleur.

Décrite par les Nations unies comme une campagne de nettoyage ethnique menée par les autorités de la Birmanie contre cette minorité musulmane, la fuite de plus de 600 000 réfugiés rohingyas au Bangladesh voisin s’est traduite par des milliers de morts et des sévices perpétrés par les militaires.

Pour Bob Rae, la communauté internationale doit enquêter sur ces crimes contre l’humanité et aider les réfugiés qui souffrent de stress post-traumatique.

Le conseil des droits de l’homme demande à la Birmanie de collaborer avec les différentes agences de l’ONU en donnant un accès aux enquêteurs et aux travailleurs humanitaires, ce que les autorités birmanes refusent jusqu’ici. Comment mettre fin à cette folie?

Le Yémen vit également une situation de détresse absolue en raison d’une guerre civile qui fait rage depuis 2015 opposant les forces gouvernementales, qui sont appuyées par une coalition militaire sous le commandement de l’Arabie saoudite, et les rebelles chiites houthis.

Pas moins de 21 millions des personnes ont un besoin urgent d’aide humanitaire, dont 7 millions qui sont au bord de la famine et 1 million de victimes du choléra.

En plus d’imposer un blocus à ce pays, l’Arabie saoudite mène une coalition militaire qui bombarde épisodiquement écoles et hôpitaux, particulièrement dans la région de la capitale, Sanaa.

Pendant que l’on compte les morts, les pays occidentaux se contentent d’exprimer leurs «préoccupations», mais gardent généralement le silence, notamment le Canada, un allié et un partenaire commercial de l’Arabie saoudite, une monarchie islamique qui n’a aucun respect des droits fondamentaux.

L’ONU a certes ouvert une enquête pour crimes de guerre, mais qui osera exiger des comptes aux tout-puissants saoudiens?

Ailleurs sur le continent africain, le Soudan du Sud, indépendant depuis 2011 et riche en pétrole, est lui aussi déchiré par une guerre civile qui semble sans fin.

Résultat : des dizaines de milliers de morts, 2,5 millions de déplacés et des millions de Soudanais exposés à la famine, nouvelle arme de guerre, alors que les travailleurs humanitaires doivent négocier avec différents groupes armés et que, bien souvent, la nourriture et les médicaments n’arrivent jamais à destination.

Une grave crise humanitaire menace également la République démocratique du Congo (RDC) en raison de conflits armés dans trois régions du pays.

L’année 2018 s’annonce très mal en RDC en raison des déplacements de population, du risque de famine - déjà 400 000 enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aigüe selon l’UNICEF - et du choléra qui menace.

Très mince espoir dans ce monde de conflits et de mort: des négociations de paix pourraient démarrer en 2018 en vue de mettre fin à la guerre en Syrie, qui a fait plus de 340 000 morts depuis 2011, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, et a fait fuir la moitié de la population.

Il faut mettre fin à cette tragédie sans nom qui a détruit un pays millénaire, mené aux pires exactions de la part du groupe armé État islamique et traumatisé à jamais des dizaines de milliers d’enfants.

À l’ère du Trumpisme et du chacun pour soi, il reste à espérer que la sagesse, la compassion et le retour d’un sens moral permettront une véritable mobilisation internationale en vue de soulager la misère de ces millions d’êtres humains.