Donald Trump

Les «nouveaux» républicains

ÉDITORIAL / Les sorties virulentes de deux sénateurs républicains, Jeff Flake et Bob Corker, contre le président Donald Trump ne traduisent sans doute pas un mouvement de dissidence au sein du Parti républicain, mais témoignent à tout le moins d’une lutte entre l’aile traditionnelle du «Grand Old Party» et le mouvement populiste qui le traverse.

Mardi, Jeff Flake, sénateur de l’Arizona, a dénoncé la façon «irréfléchie, outrancière et indigne» de gouverner du président Trump, lui reprochant de miner les idéaux démocratiques des États-Unis et son irrespect pour la «vérité et la décence».

Bob Corker,  sénateur du Tennessee et président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, n’a pas été plus tendre estimant que M. Trump «a un gros problème avec la vérité» et qu’il détruit «intentionnellement» les relations des États-Unis avec le monde et isole le pays.

L’autre sénateur de l’Arizona, John McCain, a souvent critiqué le président et l’a défié à deux reprises en s’opposant à l’abrogation de l’Obama Care.

La semaine dernière, c’est l’ancien président George W. Bush qui a fait une critique à peine voilée du président Trump, évoquant l’intimidation et la discrimination.

Fidèle à lui-même, Donald Trump a riposté dans une série de messages sur Twitter affirmant que les sénateurs Flake et Corker, qui ont décidé de ne pas se représenter, s’en vont non pas en raison de leur désaccord avec lui, mais parce qu’ils savent qu’ils ne seront pas réélus lors des élections de mi-mandat.

Malgré leur gravité, les reproches de MM. Flake et Corker à l’endroit du président ne semblent pas ébranler le Parti républicain ni inciter d’autres sénateurs mécontents - et il y en a - à emboîter le pas.

En fait, loin d’être plongées dans une crise existentielle, comme on pourrait s’y attendre, les troupes républicaines se rangent derrière un président qui mène de plus en plus son parti avec une poigne de fer.

Comme si les républicains, sous prétexte de maintenir l’unité du parti, en particulier au moment où celui-ci a désespérément besoin de faire passer la réforme fiscale, première mesure significative du gouvernement Trump, ignoraient les risques que pose ce président pour la démocratie américaine et  l’image du pays à l’étranger.

Le «mouvement» Trump ne supporte pas la dissidence et poursuit sa redéfinition du Parti républicain avec l’aide bienveillante de Steve Bannon, l’ancien conseiller de Donald Trump, qui a repris du service chez Breitbart News, un site de nouvelles proche de l’extrême droite.

M. Bannon, un pourfendeur des «élites» qui s’est engagé à continuer de «protéger» Donald Trump et à attaquer ses opposants du Congrès, s’en donne d’ailleurs à coeur joie pour dénigrer les rares républicains qui ont le courage de dénoncer le comportement ou les décisions du président.

Pourtant, l’arrogance du président Trump, son irrespect des institutions, son attitude face aux tensions raciales et sa conduite destructrice des affaires étrangères, lui valent la désapprobation de plus de 60 pour cent Américains selon un sondage commandé récemment par l’Associated Press.

En juin dernier, une enquête du Pew Research Center réalisé dans 37 pays avait démontré que le taux de confiance envers M. Trump avait chuté dramatiquement, particulièrement dans les pays alliés des États-Unis en Europe, au Mexique et au Canada.

En dénonçant leur président, les sénateurs Flake et Corker ont démontré beaucoup de courage, mais ont surtout souligné que Donald Trump est en train d’empoisonner la politique américaine et de miner la crédibilité des États-Unis.

Mais cela, le  «nouveau» Parti républicain ne veut pas le voir.