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Les leçons de la pandémie

Gaston Déry
Gaston Déry
Québec
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POINT DE VUE / La chronique de François Bourque «La pandémie nous a-t-elle rendus plus sensibles au bruit ?»  parue le 20 février débute par ces mots : «Le silence de la pandémie nous aura-t-il rendus plus sensibles au bruit ?» Un fort consensus se dégage actuellement : le monde ne sera plus jamais le même et notre société modifiera sa perception des choses.

Les propos du chroniqueur sont forts, car ils suggèrent une réflexion sur ce que la pandémie nous apprendra sur les plans économique, social, culturel et patrimonial, environnemental et familial.

Une économie basée sur la mondialisation des marchés peut laisser présager l’ouverture d’opportunités nouvelles et fort intéressantes pour les entreprises, mais depuis que la pandémie frappe de plein fouet nos différents secteurs économiques et directement les entreprises, le consommateur adopte le réflexe d’acheter local afin de favoriser l’auto-indépendance, quitte à payer plus cher. Ce sont les petits producteurs québécois et les PME qui en bénéficieront.

Sur le plan social, on manifeste le besoin de prioriser des actions nécessaires que l’on reportait sine die… Les conditions de travail de «nos anges gardiens», le traitement de nos aînés, une meilleure répartition de la richesse et le désir de «donner au suivant» occupent désormais une place prépondérante. Et le confinement aura démontré à nos jeunes les bienfaits de voir ses amis, de jouer dehors et que cette amitié entre les humains constitue une grande richesse.

La culture a aussi pris toute son importance. La culture crée cette âme qui fait d’une ville un endroit où il fait bon vivre, un endroit qui fait l’envie de bien des nations, un endroit qui attire des millions de touristes, essentiels à l’apport économique. Les salles de spectacles fermées depuis près d’une année et les divers festivals manquent aux citoyens. Quand on est privé de quelque chose, on comprend alors toute sa nécessité pour notre bien-être physique et mental.

Et la protection de notre patrimoine bâti et naturel prend aussi tout son sens, car c’est le témoin de nos origines. Le projet de loi 69 sur le patrimoine fait dire à la ministre québécoise de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, que «Pour la première fois, la protection du patrimoine va entrer dans la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme. Ça deviendra obligatoire. Les villes auront des obligations à l’égard du patrimoine et devront adopter des règlements d’entretien des bâtiments. Pour éviter la démolition par abandon, entre autres.» Enfin !

Quant à l’environnement, la pandémie aura aussi fait comprendre qu’au-delà de la crise climatique, l’avenue à privilégier demeure la protection de la biodiversité, car la perte de la biodiversité demeurera l’enjeu écologique le plus grave de notre siècle, celui dont pourtant on parlait trop peu. Les médias publient désormais fréquemment des textes illustrant que la biodiversité favorise les conditions d’une meilleure santé. D’abord par l’alimentation puisqu’en augmentant la diversité de celle-ci, on augmente la diversité des sources de nutriments. Mais la biodiversité affecte aussi les risques sanitaires. En effet, les études montrent que plus un écosystème est riche en biodiversité, moins la diffusion des virus ou bactéries pathogènes est favorisée.

Puis la famille… En ce temps de pandémie, nous sommes privés des contacts de proximité avec notre famille, nos parents et grands-parents, frères, sœurs, enfants et petits-enfants, etc. La famille constitue le berceau de notre «soi». Rien n’est plus beau qu’une famille réunie et on se rend compte plus que jamais que l’endroit où l’on se sent le mieux, c’est au sein de sa famille.

Quand on pense qu’habituellement, le développement d’un vaccin nécessite plusieurs années, alors qu’il n’aura fallu que quelques mois pour en arriver avec plusieurs souches de vaccins disponibles et efficaces dû à une mobilisation mondiale. Cet exploit aurait été impensable avant le 11 mars 2020.

La pandémie contribue dans le même sens, alors que nous sommes collectivement en pause, à faire évoluer à vitesse grand V la perception de la population sur les principaux enjeux de notre société, suggérant un repositionnement des valeurs non pas monétaires, mais humaines.