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Denis Dufresne
La Tribune
Denis Dufresne
Moisson Estrie, qui a effectué plus de 26 000 dépannages alimentaires directs en 2019-2020, risque de voir ce nombre augmenter en 2020-2021.
Moisson Estrie, qui a effectué plus de 26 000 dépannages alimentaires directs en 2019-2020, risque de voir ce nombre augmenter en 2020-2021.

Les laissés-pour-compte

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ÉDITORIAL / C’est un secret de Polichinelle que la pandémie a creusé l’écart entre riches et pauvres au pays, avec pour résultat un recours accru aux banques alimentaires et des difficultés pour bien des locataires à payer le loyer.

Et il faudra sans doute des années pour voir le taux de pauvreté reculer, sans parler de la détresse psychologique et de l’isolement qui ont davantage affecté les personnes démunies.

Les programmes d’aide gouvernementaux, comme la Prestation canadienne d’urgence (PCU), ont certes soulagé les plus mal pris, mais bon nombre de bénéficiaires qui ont touché des prestations sans y avoir droit doivent aujourd’hui rembourser, ce qui aggrave leur situation financière.

Comment, en effet, remettre 120 $ par mois au gouvernement lorsque l’on touche 687 $ en aide sociale?

Moisson Estrie, un organisme qui fait notamment la redistribution de denrées auprès des personnes démunies, a bien observé une accalmie avec l’arrivée de la PCU.

Mais, par la suite, on a vu une augmentation autant chez les personnes qui demandaient de l’aide alimentaire pour la première fois que chez celles qui y avaient déjà recours avant la pandémie, indique sa directrice générale Geneviève Côté.

Moisson Estrie, qui a effectué plus de 26 000 dépannages alimentaires directs en 2019-2020, risque donc de voir ce nombre augmenter en 2020-2021. Un sondage de la Grande guignolée des médias dévoilé en mai 2020, donc au début de la première vague de la COVID-19, démontrait du reste qu’un Québécois sur dix avait eu recours à un comptoir d’aide alimentaire pour y recevoir des denrées, dont près de la moitié pour la première fois.

Il est aberrant que tant de personnes aient vécu, et vivent peut-être encore, une telle insécurité alimentaire dans une société riche comme le Québec.

La situation est aussi très difficile pour les locataires à faible revenu à Sherbrooke, où le taux d’inoccupation des logements est l’un des plus bas au Québec, à 1,3 %, alors que le taux d’équilibre est de 3 %.

Résultat : l’Association des locataires de Sherbrooke craint qu’un grand nombre de ménages se retrouvent sans toit le 1er juillet.

L’an dernier, 42 familles n’avaient pu trouver de logement à cette date. La pandémie a certes rendu plus difficiles la recherche et la visite de logements, mais l’accès à des logis abordables est de plus en plus restreint, ce qui a même incité le maire Steve Lussier à lancer un appel aux propriétaires pour qu’ils annoncent plus rapidement leurs logements disponibles. 

Mais la COVID-19 — et le net ralentissement de l’économie qu’elle a entraîné — n’est pas la seule en cause dans l’augmentation du nombre de personnes et de familles vivant dans la pauvreté.

En fait, selon une étude de Statistique Canada, déjà avant l’arrivée de la COVID-19, l’écart entre le seuil officiel de la pauvreté et les revenus des personnes vivant dans la pauvreté est passé de 31,8 % en 2015 à 33,4 % en 2018. La pandémie n’a fait qu’empirer les choses.

Ici comme ailleurs, les pertes d’emploi ont été plus prononcées chez les travailleurs peu rémunérés, les travailleurs indépendants et les jeunes travailleurs.

À l’inverse, les Canadiens à revenu élevé s’en sont bien tirés, très bien même, si on se fie aux études économiques, dont une de la Banque CIBC, qui démontrent que la plus forte baisse de l’emploi a été observée chez les salariés avec un revenu horaire inférieur à 13,91 $.

Autrement dit, les laissés-pour-compte n’ont pas vu leur situation s’améliorer. Au contraire, leur insécurité s’est aggravée.