Les fantasmes de la droite

CHRONIQUE / Un texte circule ces jours-ci sur les réseaux sociaux. Je n’en connais pas l’auteur, je le prierais donc de se manifester s’il le souhaite, mais je tenais tout de même à vous en partager quelques extraits qui, à mon sens, illustrent parfaitement ce qui ne va pas avec la droite politique et idéologique. Si j’ai bien compris, ce texte prétend démontrer en quoi et pourquoi la droite serait « meilleure » que la gauche.

Je vous expliquerai brièvement pourquoi je ne suis pas d’accord, mais d’abord voici quelques extraits :

« Quand un mec de droite n’aime pas les armes, il n’en achète pas. Quand un mec de gauche n’aime pas les armes, il veut les faire interdire. »

« Quand un mec de droite est végétarien, il ne mange pas de viande. Quand un mec de gauche est végétarien, il veut faire campagne contre les produits à base de protéines animales. »

« Quand un mec de droite est homo, il vit sa vie tranquillement. Quand un mec de gauche est homo, il fait chier tout le monde pour qu’on le respecte. »

« Quand un mec de droite a loupé une job, il réfléchit au moyen de sortir de cette situation et rebondir. Quand un mec de gauche a loupé une job, il porte plainte pour discrimination. »

« Quand un mec de droite a besoin de soins, il va voir son médecin, puis s’achète des médicaments. Quand un mec de gauche a besoin de soins, il fait appel à la solidarité nationale. »

Quand l’économie va mal, le mec de droite se dit qu’il faut se retrousser les manches et bosser plus. Quand l’économie va mal, le mec de gauche se dit que ces sales patrons s’en mettent plein les fouilles et ponctionnent le pays et que les employés sont des victimes. »

Dans l’ensemble, tous ces énoncés souffrent du même problème, à savoir qu’ils réduisent abusivement le sens et la portée de nos choix individuels. Certaines problématiques sociales importantes, notamment la pauvreté et l’homophobie, sont ainsi ramenées à une simple question de choix individuels, comme si nous ne vivions pas en société. Et comme si les infortunés avaient choisi leur infortune.

La question des armes à feu, par exemple, ne saurait être réduite à une simple affaire de préférence individuelle. La question n’est pas de savoir si telle personne aime les armes à feu alors qu’une autre ne les aime pas. Le débat sur les armes à feu n’est pas qu’un enjeu de liberté individuelle, mais aussi, et surtout, un enjeu de sécurité publique. L’actualité nous le rappelle d’ailleurs trop souvent.

Le principe est simple. Puisque nous vivons en société, la plupart de nos choix individuels ont des impacts sur les autres et sur la collectivité. Pire encore, il semblerait que nos choix individuels soient, en partie ou en totalité, déterminés par la société dans laquelle nous vivons. Ce faisant, ignorer la dimension sociale de nos choix et de nos actions revient purement et simplement à nier la réalité.

Or, cette idée est non seulement fausse, mais potentiellement dangereuse, notamment parce qu’elle tend à faire porter aux individus l’entière responsabilité de leur infortune. L’assisté social, par exemple, se dira que c’est parce qu’il n’est pas assez vaillant qu’il est condamné à la pauvreté. Un parent, quant à lui, se dira que c’est parce qu’il n’a pas été assez prévoyant qu’il s’avère incapable de payer les soins de santé de son enfant malade. Tout cela, on le voit bien, est très réducteur et culpabilisant.

Pour autant, je ne suis pas contre les libertés individuelles, bien au contraire, mais force est d’admettre que celles-ci s’accompagnent de certaines responsabilités. Vivre en société implique donc de tenir compte des autres et des effets de nos choix individuels sur la collectivité. Ça exige d’essayer de faire les meilleurs choix pour soi-même, certes, mais aussi pour les autres.

Le problème de la droite, en somme, c’est qu’elle repose sur des mythes et des croyances irrationnelles. Dans la sphère économique, par exemple, elle s’accroche à des théories erronées comme celle de la main invisible et du ruissellement, en plus d’exalter la figure du self-made man, véritable symbole du rêve américain. Tout cela relève ni plus ni moins du fantasme et de la pensée magique.