Le président Donald Trump n’assume tout simplement pas son rôle de leader moral de la nation américaine.

Les États-Unis frappés par une profonde crise morale

ANALYSE / Les États-Unis sont aujourd’hui confrontés à des problèmes sociopolitiques importants : des Afro-américains assassinés impunément par des policiers, la montée de groupes racistes d’extrême droite, la multiplication des tueries collectives dans des lieux publics, une avalanche de scandales sexuels, etc. Ces problèmes ne sont pas en soi nouveaux.

Mais ce qui rend ces problèmes uniques, c’est l’absence de réponses appropriées des autorités politiques. Ces problèmes se trouvent amplifiés par le vide moral qui touche le sommet même du système politique américain. Le président Donald Trump n’assume tout simplement pas son rôle de leader moral de la nation américaine.

Depuis deux siècles, les présidents américains ont tous compris l’importance d’exercer un leadership moral. L’affaire Lewinsky, la crise du Watergate ou la guerre en Irak montrent que certains présidents ont plus ou moins échoué dans cette mission. Mais au-delà des positions partisanes et des calculs politiques, ils étaient tous sensibles au prestige généré par l’autorité morale de la présidence.

Depuis janvier 2017, les Américains sont dirigés par un président qui est incapable d’être un leader moral de son pays et d’insuffler une vision morale à ses compatriotes. Le nouveau président est mal équipé pour combler le vide moral frappant les États-Unis parce qu’il n’a tout simplement pas de sens moral. Donald Trump n’est pas immoral, il est amoral.

Bien que Trump se présente comme conservateur à la manière de Ronald Reagan ou George W. Bush, on ne peut le comparer à ces deux présidents. Reagan disposait d’une boussole morale qui lui permettait de distinguer le bien du mal. Il n’hésitait pas à décrire une situation comme un mal diabolique s’il le jugeait nécessaire. De même, Bush adhérait à l’éthique moderne. Il croyait à des valeurs universelles comme les droits de la personne ou le concept égalitaire de justice.

Ce qui rend Trump amoral, c’est son incapacité à distinguer le bien du mal. Les personnes morales affichent des croyances et démontrent un sens de l’intégrité qui font en sorte que leur parole signifie quelque chose. Une personnalité amorale peut facilement devenir sociopathe, parce qu’elle ne dispose pas d’un minimum de sens moral et de respect des normes sociales.

Dans l’affaire de Charlottesville, au lieu de dénoncer d’entrée de jeu la violence des suprématistes blancs, Trump a plaidé que la violence provenait des deux côtés. Il s’est ainsi réfugié dans un relativisme moral, insistant sur le fait que ce n’est pas son rôle de déterminer qui a raison ou tort.

Trump n’est pas en soi raciste. Il ne dispose tout simplement pas d’une boussole morale l’amenant à rejeter le racisme. Son incapacité à condamner le nationalisme blanc reflète clairement son caractère amoral. En effet, condamner le racisme montrerait qu’il croit à quelque chose.

Voyant dans la justice qu’un simple problème de maintien de l’ordre, il refuse de s’indigner devant le nombre accru d’Afro-américains tués sans raison par des policiers. Muet concernant le profilage racial, il agit comme si la seule norme morale existante réside dans le port d’un insigne de police. Il ne voit pas qu’en mettant fin aux abus de quelques mauvais policiers, cela renforcerait la confiance du public dans la police.

Face aux nombreuses accusations d’avoir sollicité des relations sexuelles inappropriées avec des mineures pesant contre le juge Roy Moore, un candidat républicain au Sénat, Trump est demeuré silencieux. Ici encore, son silence reflète une incapacité morale d’agir comme président.

Dans chaque situation à laquelle il est confronté, le modus operandi de Trump est simple: il prend le crédit quand l’histoire est positive et il rejette le blâme sur quelqu’un d’autre quand elle est négative. Dans le cafouillage au Niger, dans lequel quatre soldats américains ont perdu la vie, la responsabilité revient donc non pas à lui, mais aux généraux. C’est pourquoi jamais il n’admettra qu’il avait tort ni ne s’excusera.

Devenu président, Trump continue de s’offrir en spectacle. Dans une approche basée sur son admiration personnelle, il aime se vanter d’être très intelligent, d’être allé dans une école privée pour surdoués et d’avoir su se débrouiller dans la vie. Néanmoins, il n’affiche pas son intelligence à la manière d’un homme cultivé et sophistiqué. Il ne s’intéresse pas aux livres ou à l’art.

Son aspect brillant découle de sa capacité à voir les faiblesses des autres et à les exploiter. Il accepte pour ce faire de mentir. En somme, il agit comme un rustre. Trump possède une intelligence difficile à admirer, lorsque l’on voit qu’il utilise celle-ci de manière cynique pour abuser ou écraser des gens.

Dans le monde de Trump, l’apparence est la seule chose qui compte. Toute la vie de Trump repose sur un vide moral et une imposture. C’est pourquoi les super riches Américains le considèrent comme un rustre vulgaire. Il étale de manière ostentatoire sa richesse dans un besoin de se faire reconnaître et d’impressionner les autres. Au fond, il veut simplement être accepté. Aussi, devenir président a comblé toutes ses aspirations.

La société américaine est présentement enlisée dans des sables mouvants. Les Américains ont besoin plus que jamais d’un bon leader qui sait les guider. Malheureusement, ils sont aux prises avec un président qui ne peut leur offrir qu’un vide moral. Espérons simplement que les politiques amorales de Trump ne saperont pas irrémédiablement les valeurs démocratiques américaines.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke