Les enseignants à l’heure des médias sociaux

ANALYSE / Depuis l’avènement des technologies de l’information et de communication, le monde scolaire a toujours eu comme défi de s’inscrire dans la mouvance évolutive qui en découlait. Nul doute que les pratiques enseignantes, les programmes de formation et bien sûr les différents budgets ont dû en tenir compte. Depuis quelque temps, on voit de plus en plus un nouvel effet généré par l’omniprésence de l’informatique dans notre société, et plus particulièrement lié à la grande popularité des médias sociaux, à savoir une diffusion maintenant plus facile et rapide des revendications des profs. Mais encore plus, une possibilité de réunir des gens de partout autour d’une même cause, soit la qualité du milieu scolaire. La force de frappe souvent réservée aux syndicats s’est maintenant démocratisée.

Depuis l’avènement des technologies de l’information et de communication, le monde scolaire a toujours eu comme défi de s’inscrire dans la mouvance évolutive qui en découlait. Nul doute que les pratiques enseignantes, les programmes de formation et bien sûr les différents budgets ont dû en tenir compte. Depuis quelque temps, on voit de plus en plus un nouvel effet généré par l’omniprésence de l’informatique dans notre société, et plus particulièrement lié à la grande popularité des médias sociaux, à savoir une diffusion maintenant plus facile et rapide des revendications des profs. Mais encore plus, une possibilité de réunir des gens de partout autour d’une même cause, soit la qualité du milieu scolaire. La force de frappe souvent réservée aux syndicats s’est maintenant démocratisée.

Cette nouvelle réalité n’est certainement pas à négliger. D’autant plus que nous sommes vraisemblablement entrés dans une aire de revendications qui n’est pas près de s’atténuer, surtout si on regarde ce qui se passe chez nos voisins du sud. Nonobstant la présidence actuelle et les ondes de choc qu’elle provoque encore et toujours dans plusieurs sphères sociales, il semble se développer chez le corps enseignant américain une écoeurantite aigüe liée aux conditions de travail et aux orientations prises par la classe dirigeante. Encore ces derniers jours, des dizaines de milliers d’enseignant.e.s du Colorado, de l’Arizona et de l’Oklahoma manifestaient ou faisaient la grève (plus d’une semaine en Oklahoma!) pour réclamer de meilleures conditions, à la suite de coupes majeures ou de non-investissements de la part de ces États. Ce n’est pas sans rappeler la grogne qui sévit au Québec depuis plusieurs années.

Entrent alors en jeu les médias sociaux et plus particulièrement Facebook. Si des communautés d’acteurs du monde de l’éducation existent depuis un bon moment déjà sur Facebook, un groupe en particulier a fait parler de lui récemment, à savoir « Profs en mouvement ». Réunissant plus de 6500 membres, il s’agit d’un « groupe indépendant qui représente les membres du personnel enseignant du Québec dans le but de faire entendre les besoins en éducation au gouvernement ». À ses débuts, il consistait essentiellement en un endroit où on pouvait partager ses doléances. Graduellement, des voix se sont fait entendre qui exprimaient le besoin de faire en sorte de proposer des solutions, plutôt que de simplement « chialer pour chialer » (même s’il faut convenir que les récriminations soulevées se valaient pour la plupart, malheureusement). L’appel a été entendu et c’est ainsi que certains ont pris l’initiative de proposer un projet rassembleur et tangible, soit la rédaction d’un manifeste, un recueil qui risque de connaître une certaine popularité, sinon une popularité certaine. Ce n’est pas sans rappeler le Manifeste pour une école compétente, publié par un collectif d’universitaires en 2011 pour répondre au détracteur de la réforme de l’éducation, un pamphlet encore d’actualité.

Réunissant plus de 85 témoignages, l’ouvrage collectif aura comme mandat d’exposer les lacunes du système, les conditions difficiles dans lesquelles évolue le corps enseignant et les défis que cela pose également pour nos jeunes, qui subissent les contrecoups d’un système passablement malmené, surtout avec les coupures magistrales des dernières années. Mais au-delà de cet état de la situation, le collectif s’est aussi donné comme mandat de proposer des pistes de solution. Il sera alors intéressant de voir dans quelle mesure le gouvernement, actuel et aussi à venir en octobre prochain, répondra à ces demandes, issues d’un mouvement collectif et surtout non affilié à une centrale syndicale. Et au-delà de tout ça, est-ce que cela laisse présager un nouveau rapport de force entre le gouvernement et ses corps de profession? C’est à suivre, surtout que notre système d’éducation en a pour plusieurs années à se remettre sur pied...

Vincent Beaucher est enseignant en éducation à l’Université de Sherbrooke et à Bishop’s.