Derrière le président Donald Trump qui venait de terminer son discours sur l’état de l’Union, Nancy Pelosi, par quatre fois, déchire les feuilles de ce discours honni par les démocrates.

Les É.-U. divisés comme jamais

ÉDITORIAL / La scène était irréelle. Derrière le président Donald Trump qui venait de terminer son discours sur l’état de l’Union, Nancy Pelosi, par quatre fois, déchire les feuilles de ce discours honni par les démocrates. C’était évidemment un acte prémédité. M. Trump avait refusé de lui serrer la main à l’entrée, la leader de la Chambre des représentants l’avait présenté le plus sommairement du monde, faisant fi des fioritures habituelles de courtoisie.

Pire, la scène était disgracieuse, car Mme Pelosi s’est abaissée à faire montre d’une exaspération qu’elle aurait dû dissimuler. En traitant le papier sur lequel était imprimé le discours comme du vulgaire papier-mouchoir usagé, elle a cédé à ses instincts les plus vils.

Évidemment, M. Trump l’a cherché. Le discours sur l’état de l’Union s’avère une occasion pour le président de se péter les bretelles, de faire quelques remontrances parfois, mais surtout de prétendre comment les États-Unis sont un grand pays, beau et plein de belles réussites. Chaque président le fait à sa manière, mais de façon un peu similaire : en montrant quelques exemples du génie et de la résilience américaine. Certes, M. Trump le fait un peu plus que les autres. L’ancienne vedette de la téléréalité a le sens du spectacle, après tout. Il a entre autres remis la Médaille présidentielle de la liberté à Rush Limbaugh, un animateur de radio hyper-conservateur qui souffre d’un grave cancer.

Barack Obama, le prédécesseur de Donald Trump, l’avait remise à son vice-président Joe Biden, lui. Mais pas à l’occasion du discours sur l’état de l’Union. Chacun récompense donc quelqu’un de son clan.

Ce même M. Trump n’en a pas fait mention, et ç’aurait été trop incongru de le faire, de la procédure de destitution qu’il a fini par abattre dans les heures qui ont suivi son discours. Qu’il était coupable des deux chefs d’accusation ne faisait aucun doute, mais par un calcul habile des voix républicaines au Congrès, il a évité l’impeachment. Il y avait de la frustration de cette procédure ratée chez Mme Pelosi.

S’en tenant à son téléscripteur, Donald Trump a coché plusieurs autres cases dans son parcours. Il a salué les forces armées, décrié la violence par les armes à feu, conforté sa relation avec la minorité noire qu’il a honnie tellement souvent depuis quatre ans. Il a vanté son mur à la frontière du Mexique, même s’il se construit à pas de tortue. Il a attaqué « la mainmise socialiste » des soins de santé par les démocrates, un thème cher à sa base de la droite. Il a salué la nouvelle version de l’ALENA, le traité de libre-échange avec le Canada et le Mexique, et surtout, vanté que l’économie américaine va assez bien. Il s’agit d’ordinaire d’un indicateur solide des chances de réélection du président sortant, lui qui doit faire face à l’électorat en novembre.

Ces éléments, pris tous ensemble, ont fait grimper son taux d’approbation à 49 %, alors qu’il se tenait autour de 42, 43 % auparavant. Sa réélection fait de moins en moins de doute, peu importe qui sera le candidat qui lui fera face. Les démocrates n’avaient pas le goût de pavoiser, par ailleurs, devant les ratés de la primaire en Iowa, toujours incapables de couronner un gagnant 48 heures après le vote.

Donald Trump y est somme toute allé d’un discours typique, sans nuances, fort en vantardises et en coups de gueule, accueillis par le chant mal placé de « Four More Years » de ses élus républicains. Mais c’est Nancy Pelosi, par son geste anodin, qui a tout autant retenu l’attention.

Comme pour illustrer que les États-Unis sont divisés comme jamais.