L’histoire de Stéphanie Clifford, mieux connue comme Stormy Daniels, confirme le comportement de Trump comme un prédateur sexuel.

Les dessous embarrassants de l’affaire Stormy Daniels

ANALYSE / Au-delà des allégations sexuelles émises par l’actrice porno, l’affaire Stormy Daniels est devenue un scandale majeur. Les répercussions de cette affaire affectent de manière significative et à plusieurs niveaux la présidence de Donald Trump.

Depuis deux ans, Donald Trump a nié vigoureusement les allégations d’au moins quinze femmes qui l’accusent d’inconduites sexuelles en cherchant indûment à obtenir des faveurs sexuelles. L’histoire de Stéphanie Clifford, mieux connue comme Stormy Daniels, confirme le comportement de Trump comme un prédateur sexuel.

Les révélations de Stormy Daniels s’inscrivent ainsi dans le mouvement du #MoiAussi, même si l’actrice porno refuse fermement de se positionner comme une victime. Néanmoins, elle démontre clairement comment le futur président utilisait son statut d’animateur vedette de télé-réalité et faisait miroiter la perspective d’un passage à son émission pour inciter des femmes à avoir des relations sexuelles avec lui. Cette attitude représente clairement un abus de pouvoir.

Tout en reconnaissant avoir eu une relation sexuelle consensuelle avec Trump, elle affirme que son intérêt était professionnel et non personnel. En déclarant qu’elle n’était pas attirée physiquement par le futur président, elle écorche ainsi directement l’ego de ce dernier qui se targue d’avoir un côté sexuellement irrésistible.

Plus encore, les événements révélés dans les allégations de Stormy Daniels seraient survenus en 2006, alors que Mélania Trump était enceinte. Cette infidélité conjugale est embarrassante politiquement non seulement pour les femmes républicaines, mais aussi pour la coalition chrétienne qui représente un pilier du parti républicain. D’ailleurs, un sondage récent révèle que la majorité des républicains croient à la véracité de l’histoire de Clifford.

Déjà en 2011, Clifford avait révélé son histoire à la revue In Touch Weekly contre la somme de 15 000 $. Toutefois, sous les pressions de Michael Cohen, l’avocat de Trump, non seulement le magazine n’a pas publié l’article, mais Clifford fut forcée de signer une déclaration affirmant qu’elle n’avait eu aucune relation sexuelle avec Trump. Plus encore, elle aurait reçu des menaces sur sa sécurité devant sa fille dans un stationnement de Las Vegas, l’incitant à ne pas importuner Trump avec cette histoire.

Toutefois, en octobre 2016, à onze jours de l’élection présidentielle, Clifford est revenue à la charge et a signé un contrat avec Cohen pour 130 000 $. Selon les termes de ce contrat, Clifford devait remettre tous les documents et photos relatifs à l’affaire tout en s’engageant à ne plus parler du sujet.

Le dévoilement de cette entente soulève de nombreux problèmes juridiques liés au financement de la compagne présidentielle de Trump. La commission fédérale des élections et l’avocat spécial Robert Mueller sont tous deux intéressés à vérifier si cette entente représente une contribution illégale et d’où l’argent provenait.

Or, entre-temps, l’histoire de Stormy Daniels a pris encore plus de valeur monétaire. Aussi, Clifford avait tout avantage à voir l’histoire rebondir, sans qu’on puisse l’accuser formellement d’être à l’origine de la fuite. Alors que l’équipe Trump cherche à enterrer l’histoire en la déniant et la menaçant de poursuites pouvant atteindre 20 millions de dollars, Clifford est devenue une célébrité médiatique aux États-Unis.

L’affaire Stormy Daniels est d’autant plus embarrassante pour Donald Trump que des rumeurs persistantes circulent. Selon celles-ci, des dizaines de femmes auraient signé des ententes secrètes similaires. Laisser faire Clifford signifierait ouvrir toute grande une boîte de Pandore alors que les femmes qui ont signé des ententes secrètes similaires seraient tentées de dévoiler leurs histoires.

En dépit des pressions de l’avocat de Trump, l’affaire Stormy Daniels est présentement devant les tribunaux. Clifford est déterminée à rendre publique toute l’histoire. Elle sait pertinemment qu’avec son histoire elle pourrait empocher des millions. Les chaînes de nouvelles sont avides de nouvelles révélations. Elle pourra aussi publier un livre pouvant se vendre à des millions d’exemplaires.

En ce sens, Clifford pratique une politique d’intimidation à l’égard de Trump. Elle fait ce que Trump a fait depuis quatre décennies. On signe des contrats qu’on désavoue plus tard. La partie lésée n’a pas d’autre choix que d’aller devant les tribunaux.

En juin 2016, le USA Today a comptabilisé le nombre de litiges déposés contre Trump devant les tribunaux américains. Au cours des trois dernières décennies, plus de 3500 poursuites ont été intentées contre Trump pour des factures non payées. La stratégie de Trump consistait essentiellement à épuiser les ressources financières des petits créanciers, sous-traitants ou entrepreneurs qui faisaient affaire avec lui pour les forcer à abandonner le combat ou à régler à moindre coût afin d’éviter la faillite.

Paradoxalement, devenu président, Trump ne peut plus se permettre d’intimider des adversaires comme Clifford. Non seulement il ne peut plus utiliser ses anciennes techniques d’intimidation, mais plus encore celles-ci sont maintenant utilisées contre lui. Trump est ainsi devenu victime de sa propre stratégie.
Stéphanie Clifford sait clairement ce qu’elle veut et elle est parfaitement positionnée pour l’obtenir. Plus l’histoire perdure, plus elle pourra devenir une célébrité mondiale et même super riche.

Par contre, le président Trump ne peut pas minimiser les effets de cette histoire sur sa réputation. Non seulement le scandale entourant cette affaire n’est pas près de disparaître, mais il compromet la réalisation de ses objectifs politiques. Cette histoire risque fort d’entacher irrémédiablement son administration qui est déjà perçue par beaucoup d’observateurs comme la plus corrompue de l’histoire américaine.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.