Les appareils de Bombardier n’auront plus accès au plus grand marché de transport aérien.

Les dés sont pipés

ÉDITORIAL / Le département du Commerce des États-Unis a mis sa menace à exécution. Après avoir imposé des droits compensatoires de 219 % aux avions de la CSeries de Bombardier, il vient de rajouter un droit antidumping de 79 %. Résultat : les appareils de Bombardier n’auront plus accès au plus grand marché de transport aérien. Aucune compagnie aérienne ne sera assez stupide pour acheter un avion de Bombardier, fut-il le meilleur au monde, en devant additionner un tarif de 300 % au prix de vente.

Cette tactique des Américains a été utilisée à de multiples reprises dans le passé. Désireux de conserver le contrôle absolu de leur marché intérieur, ils emploient des barrières tarifaires qu’ils savent contraires aux règles de l’Organisation mondiale du commerce. Qu’importe, ils comptent ainsi sur l’usure de leurs concurrents qui épuiseront leurs ressources pour contester la décision. Même si Bombardier devait ultimement gagner sa cause, elle se retrouvera à genoux. Il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus, ce roi de l’Antiquité dont les pertes étaient telles, que sa victoire devant les Romains s’est transformée en défaite.

Les États-Unis ont toujours eu la prétention que les Amériques constituent leur chasse gardée. Il ne saurait donc être question de permettre à une entreprise d’y venir leur faire concurrence. Dans le secteur automobile, les GM, Fort et Chrysler ont longtemps dicté les règles. Par des barrières non tarifaires comme les systèmes antipollution, ils ont barré la route aux constructeurs européens.

Le fabricant Boeing agit donc de la même manière. Pas question à ses yeux de permettre à Bombardier de vendre des appareils de la CSeries aux transporteurs aériens américains. Galvanisée par l’élection d’un président aux visées protectionnistes, Boeing se sent pleinement justifiée et appuyée dans ses prétentions. Le plus ridicule dans cette histoire, c’est que la CSeries cible un segment de marché différent. Même si Boeing ne fabrique pas d’appareils de cette taille, elle prétend que Bombardier lui livre une concurrence déloyale. La canadienne ne devrait pas avoir de mal à en faire la démonstration, sauf qu’elle y aura laissé plusieurs plumes dans l’intervalle.

Boeing fait notamment valoir que Bombardier peut vendre ses appareils au rabais en raison de subventions gouvernementales. En cette matière, le constructeur américain n’a vraiment pas de leçons à donner. Les experts sont d’avis que la réussite de Boeing dans l’aviation civile repose en grande partie sur les plus que généreuses contributions de la Défense nationale pour ses appareils militaires.

Dans l’état actuel des choses, les dés semblent pipés contre Bombardier. Jamais le département du Commerce ne lui donnera raison. Personne n’avale les déclarations de son secrétaire, Wilbur Ross, qui soutient que les États-Unis sont en faveur d’un « commerce libre ». C’est d’ailleurs pour cette raison que le gouvernement canadien tient tant au maintien d’un tribunal indépendant pour arbitrer les différents commerciaux de libre-échange.

L’attaque contre Bombarbier équivaut à une déclaration de guerre commerciale. Difficile d’imaginer comment le fleuron québécois de l’aéronautique pourra en sortir victorieux. Le Canada pourrait-il s’inspirer des ruses américaines et développer son propre programme d’avions militaires pour soutenir Bombardier?

Pour Philippe Couillard, premier ministre du Québec, plus question d’acheter un seul « boulon » de Boeing. 

Justin Trudeau remet pour sa part en question l’achat de 18 avions de chasse de Boeing. Aujourd’hui, le premier ministre canadien se rend à Washington et y rencontrera le président américain. Ce n’est pas avec un tire-pois qu’il parviendra à le convaincre de ranger son artillerie commerciale.