Les conséquences de l'élargissement de l'enquête de Robert Mueller

CHRONIQUE / Après que les agences de renseignements américaines eurent remarqué de nombreux et curieux contacts des associés de Donald Trump avec les renseignements russes, le FBI a ouvert une enquête en juillet 2016 pour explorer l'implication russe dans la campagne présidentielle américaine.
En dépit du renvoi de James Comey, le FBI fut en mesure d'établir un vaste dossier sur les nombreuses interactions financières liant à des partenaires russes Trump lui-même, des membres de sa famille et des associés de sa campagne. Les enquêteurs ont aussi intercepté des communications montrant des efforts concertés d'agents russes pour coordonner leurs activités avec les associés de Trump, dont Paul Manafort, qui dirigeait pendant quelques mois la campagne du candidat républicain.
Au fil des décennies, les relations financières de l'empire immobilier de Trump ont été soumises à un examen minutieux et régulier par le FBI et le département de la Justice américaine. Le département de la Justice américaine a déjà dans le passé poursuivi des criminels russes qui avaient été des liens étroits avec l'empire Trump. Aussi, le Russiangate soulève une série de questions concernant la nature du flux financier russe à New York et ses liens éventuels avec l'empire Trump.
Depuis mai dernier, le procureur spécial Robert Mueller a tranquillement constitué une équipe d'une quarantaine d'avocats et d'enquêteurs qui travaillent étroitement avec des agents du FBI et des procureurs pour examiner différents aspects du dossier. L'équipe de Mueller a examiné la liste des entreprises liées à l'empire immobilier de Trump, les acheteurs et les locateurs de ses propriétés depuis 2010. Plus encore, elle s'est penchée sur les antécédents des partenaires russes de Trump.
Or, ce sont les liens financiers de Trump, non les questions d'une éventuelle collusion de la campagne de Trump avec les Russes, qui offrent présentement plus de possibilités concrètes de poursuites criminelles. D'ailleurs, au début d'août 2017, le procureur Mueller a élargi cette enquête en portant une attention particulière sur les liens financiers d'associés de Donald Trump avec la Russie.
L'équipe de Mueller doit déterminer si les lois financières américaines ont été violées et si le président Trump ou certains de ses associés auraient été compromis par des transactions qui pourraient les exposer à un chantage russe. Même si des soupçons pèsent sur plusieurs anciens collaborateurs de Trump, dont Paul Manafort, Carter Page, Roger Stone et Michael Flynn, aucune accusation n'a encore été déposée.
Si plusieurs partenaires et associés de Trump ne croient pas que l'équipe de Mueller soit en mesure de démontrer hors de tout doute une collusion de l'organisation Trump avec les agents russes, ils craignent par contre que Mueller finisse par dévoiler les transactions douteuses passées de Trump.
D'ailleurs, une nouvelle étape importante a été franchie dans ce sens avec l'annonce de la formation d'un grand jury. Avec la constitution d'un grand jury, Mueller et son équipe seront en mesure de voir plus clair dans la participation de la Russie et de vérifier si des actes criminels ou non ont été commis ou si des membres de l'organisation Trump ont été de connivence avec les Russes. Cependant, la formation d'un grand jury ne signifie pas nécessairement que l'enquête de l'équipe de Mueller va aboutir à des conclusions fructueuses.
Depuis le début de sa présidence, Donald Trump cherche par tous les moyens d'entraver toute enquête pouvant démontrer des liens entre ses associés où les membres rapprochés de sa campagne et des agents russes. Néanmoins, l'étau judiciaire se resserre graduellement sur Donald Trump.
Aussi, la semaine dernière, Trump a tracé une ligne rouge que le procureur spécial ne devrait pas traverser : l'examen de ses transactions financières. La menace de Trump est réelle. Mais tout renvoi de Mueller déclencherait une véritable crise politique, une sorte de nouveau Watergate. D'ailleurs, une résistance s'organise au sein même du Congrès pour empêcher un tel renvoi.
La sénatrice républicaine du Maine, Susan Collins, s'empressa de contredire le président en affirmant que ce dernier ne peut pas définir de lignes rouges pour Bob Mueller. De plus, elle ajouta que Mueller devrait suivre toutes les pistes pour clarifier totalement le dossier. Cette approche fut immédiatement soutenue par Lisa Murkowski, la sénatrice républicaine de l'Alaska.
Plus encore. Deux sénateurs, Thom Tillis, un républicain de la Caroline du Nord, et Chris Coons, un démocrate du Delaware, ont déposé un projet de loi visant à empêcher Trump de congédier Robert Mueller comme procureur spécial.
Plus encore, la présidence Trump est menacée par un problème plus grave : une fronde au sein du Parti républicain. En effet, de plus en plus de donateurs républicains et d'opposants conservateurs militent pour empêcher Trump d'être renommé en 2020 comme candidat républicain.
D'ailleurs, cinq dirigeants républicains explorent la possibilité de contester une éventuelle candidature de Trump en se portant eux-mêmes candidats. Parmi ceux-ci, on retrouve même le vice-président Mike Pense, qui semblait prêt à prendre la relève du président Trump.
Le Russiangate a définitivement empoisonné toute la présidence de Donald Trump. Et ce scandale n'a pas fini de faire des remous. Ainsi, six mois après son accession à la présidence, l'administration Trump a échoué dans toutes ses tentatives pour faire adopter un projet de loi majeur. Si, vraisemblablement, Trump ne sera pas destitué, il apparaît néanmoins de plus en plus comme un canard boiteux.
Gilles Vandal est professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'UdeS