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Les chiens ont droit de sortir à un kilomètre de leur résidence, tandis que les résidents des CHSLD ne peuvent pas sortir du stationnement de leur établissement, déplore M. Robichaud.
Les chiens ont droit de sortir à un kilomètre de leur résidence, tandis que les résidents des CHSLD ne peuvent pas sortir du stationnement de leur établissement, déplore M. Robichaud.

Les chiens seraient-ils mieux traités que nos parents?

Denis Robichaud, Ph.D.
Denis Robichaud, Ph.D.
Québec
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POINT DE VUE / D’entrée de jeu, mon propos ne vise pas à remettre en question le couvre-feu décrété par le gouvernement. Toutefois, il est révoltant de constater que les chiens bénéficient de droits qui visent à améliorer leur qualité de vie que nos aînés n’ont pas.

En effet, la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, a limité les visites des proches d’une personne confinée dans un CHSLD à une par 24 heures et leur interdit de sortir du stationnement de leur établissement pour voir autre chose que les murs de leur chambre dans laquelle elles sont confinées depuis plus de dix mois. De leur côté, les chiens ont droit de sortir à un kilomètre de leur résidence avec en prime un proche aidant pour les accompagner, et on peut se questionner sur les fondements scientifiques qui justifient cette exception. Pour ma part, je n’ai jamais vu un chien attendre un kilomètre pour faire ses besoins.

Pendant ce temps, combien de personnes âgées sont condamnées à faire leurs besoins dans une couche faute d’avoir quelqu’un pour les accompagner à la toilette qui se trouve à quelques mètres de leur chambre?

En fait, mon propos va au-delà d’une simple histoire d’excréments. Ce qui est en jeu devant ces incohérences, ce sont les mesures mises en place et l’apport des proches aidants dans la qualité de vie d’une personne âgée, qu’elle soit dans un CHSLD ou ailleurs. Pendant cette guerre, nous avons deux ennemis à vaincre: le virus d’un côté, combattu par une armée de microbiologistes et de professionnels de la santé, et de l’autre la solitude et l’ennui, que le gouvernement ne semble pas vouloir combattre, qui font des ravages aussi importants que le virus chez les jeunes et les personnes âgées.

L’armée contre la détresse et l’ennui, constituée par les proches aidants, est laissée de côté par nos gouvernements. Pourtant, avant la pandémie, cette armée était efficace et évitait des coûts substantiels devant être assumés par l’État québécois. Mais la culture actuelle des établissements les exclut au moindre problème. À preuve, le discours stratégique de messieurs Legault, Dubé, et Arruda ne comprend pas les mots «proches aidants». Celui de la ministre Blais est pareil. Elle utilise les mots gestionnaires et responsables des milieux de vie pour leur demander de multiplier les efforts pour garder contact avec les aînés, et lorsqu’elle utilise les mots «proche aidant», c’est pour diminuer leur présence auprès de leurs parents.

Selon des estimations du Vérificateur général du Québec datant de 2001, les proches aidants feraient économiser quatre à cinq milliards de dollars au système de santé québécois chaque année. À limiter l’accès des proches aidants au milieu de vie des personnes âgées, on les prive de quatre milliards$ de service qu’elles avaient avant la pandémie.

Après cette guerre, nous allons avoir à soigner tous ceux qui auront survécu à la COVID et dont la solitude et l’ennui auront tué l’esprit, créant ainsi des cohortes de «zombies» qui déambuleront dans les corridors des CHSLD et RPA.

La deuxième vague est semblable à la première. Le système craque de partout avec ceux qui attrapent la COVID. Les comités d’experts sont formés uniquement d’épidémiologistes et l’expertise des gériatres, psychologues et travailleurs sociaux est mise de côté. Les gouvernements sont incapables de gérer les proches aidants dans leurs établissements et ils choisissent de restreindre leur accès et de laisser nos parents avec leur solitude et leur ennui. Lorsqu’il est question des proches aidants, nous faisons face à un problème de gestion, pas de santé publique.

Il serait grand temps que nos décideurs et experts scientifiques tiennent compte de la première recommandation de la protectrice du citoyen qui, suite à l’analyse de la première vague, consiste à «centrer les soins et les services en CHSLD sur les besoins des usagères et des usagers en misant sur l’humanisation des soins et la valorisation des personnes proches aidantes».