Les bâtons dans les roues

ÉDITORIAL / De plus en plus de municipalités demandent au gouvernement du Québec l'autorisation d'adopter un règlement pour porter de 500 mètres à deux kilomètres la distance minimale entre leurs sources d'eau potable et les forages pétroliers, mais le ministre de l'Environnement, David Heurtel, donne l'impression de vouloir leur mettre des bâtons dans les roues plutôt que de chercher à les aider.
L'affaire n'est pas banale : l'article 124 de la Loi sur la qualité de l'environnement permet aux municipalités de se prévaloir d'une dérogation et d'imposer des normes plus sévères que celles prévues au Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP), mais le ministre de l'Environnement a refusé en août dernier d'accéder à leur demande et a exigé que chacune d'entre elles fournisse d'abord une étude en fonction des conditions hydro-géologiques locales.
Or, cette exigence n'est pas inscrite dans la loi et de nombreuses municipalités n'ont simplement pas les moyens de se payer de telles études.
En outre, le comité de pilotage de ce dossier, formé de dix maires, dont Lisette Maillé, mairesse d'Austin, qui a l'appui d'un comité scientifique, fait valoir que la littérature scientifique démontre qu'une zone de séparation d'au moins deux kilomètres est nécessaire pour empêcher les risques de contamination par la fracturation hydraulique.
Mais le ministre Heurtel, qui refuse de rencontrer le comité de pilotage, dit non, alors que les municipalités ne demandent qu'à mieux protéger leurs sources d'eau potable... une responsabilité municipale.
Ne serait-ce pas aussi le rôle du ministre de voir à la protection de ce qui est reconnu comme un droit fondamental par les Nations unies?
Près de 300 municipalités de la province, dont plus d'une quarantaine en Estrie (incluant 12 municipalités de la MRC de Memphrémagog) ont joint le mouvement pour interdire tout forage à moins de deux kilomètres de leurs sources d'eau potable.
Devant le manque de réception de Québec, ces municipalités entendent donc maintenir la pression tout en suivant de près la révision en cours du RPEP, adopté en 2014.
« Le rôle premier (du ministre) est de protéger l'environnement et, conséquemment, le droit à l'eau potable. Mais M. Heurtel refuse de nous parler; on représente pourtant près de quatre millions de citoyens », déplore la mairesse Lisette Maillé.
En fait, on peut se demander pour qui au juste travaille le gouvernement Couillard dans le dossier de l'exploration pétrolière.
En 2014, le ministre des Affaires municipales d'alors, Pierre Moreau, avait refusé de venir en aide à la petite municipalité de Ristigouche Sud-Est, 150 habitants, sous le coup d'une poursuite de 1,5 million $ par l'entreprise Gastem, présidée par un ancien ministre libéral, Raymond Savoie, en raison de l'adoption par la municipalité en 2013 d'un règlement interdisant tout forage pétrolier à moins de deux kilomètres de sa source d'eau potable.
La municipalité gaspésienne, qui a amassé plus de 260 000 $ grâce à une campagne de souscription populaire, attend le résultat du jugement après un procès de neuf jours.
Or, Québec a annoncé il y a quelques semaines le versement de compensations totalisant près de 62 millions $ à quatre entreprises pétrolières, dont Pétrolia, pour mettre un terme à l'exploration pétrolière sur l'île d'Anticosti.
L'absence de leadership du gouvernement Couillard et de son ministre de l'Environnement dans ce dossier est incompréhensible, voire aberrante.
On a souvent reproché à l'ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper de refuser de tenir compte des études scientifiques, voire de mépriser la science, au nom du développement économique et de son parti pris pour l'industrie pétrolière.
Dans ce dossier, le gouvernement Couilard semble malheureusement nager dans les mêmes eaux et mépriser le droit des citoyens à la protection de leur eau potable.