La conseillère Annie Godbout se sent visée par la recommandation du comité de la gouvernance de Sherbrooke Innopole de revoir la pertinence de la présence des élus au C.A. de l'organisme paramunicipal.

Les administrateurs sont imputables

Depuis plusieurs années, dans le cadre de tâches d'enseignement occasionnelles, je tente par tous les moyens de former des professionnels qui seront en mesure d'avoir le recul nécessaire et la capacité de cerner le risque ou l'absence de risque de conflits d'intérêts et capables aussi d'évaluer s'il y a ou s'il pourrait y avoir un accroc à la saine gouvernance d'une organisation ou d'une entreprise. Les échanges que je lis dans La Tribune depuis quelques jours m'agacent profondément, mais c'est plutôt la sortie d'Annie Godbout qui me fait frissonner au plus haut point.
Un C.A. est un organe suprême qui a tous les pouvoirs décisionnels pour assurer la pérennité d'un organisme. Il importe par-dessus tout de bien choisir les administrateurs. Les administrateurs doivent d'ailleurs être dépourvus d'émotions lorsqu'ils siègent et leurs intentions ne doivent viser qu'à assurer la pérennité de l'organisation et sa saine gestion. C'est à la direction générale que revient le rôle de proposer les orientations, guider le C.A. dans la livraison de la mission de l'organisme et suggérer les actions, mais c'est au C.A. que revient la tâche d'épauler la direction qu'il a choisie. S'il y a un problème avec la direction, cela devient un problème de C.A. Le C.A. fait exécuter la gestion quotidienne par une direction générale qu'il a embauchée selon des critères précis et cette direction doit rendre compte de façon pointue souvent mensuelle sur l'utilisation des ressources dont l'organisation dispose pour réaliser sa mission.
Le C.A. est composé idéalement de personnes externes et surtout de personnes non liées par des intérêts quelconques dans l'organisme. Il peut (et devrait) y avoir des observateurs (souvent les bailleurs de fonds), mais ces observateurs n'ont pas droit de vote. Bien sûr ils ont accès aux documents, aux réunions aux rapports financiers et narratifs, mais ce sont les administrateurs indépendants qui sont imputables devant la loi. À mon sens, l'élu qui deviendrait observateur au C.A. de Sherbrooke Innopole disposerait de suffisamment d'informations pour éclairer sa lanterne et décider l'année suivante, s'il suggère que la Ville retire ses billes pour telle ou telle raison qu'il aura à justifier au C.A. et dans ce cas-ci au conseil municipal.
Dans le cas qui nous occupe, si c'était moi qui conseillais l'organisation, les rôles de président, vice-président et trésorier ne seraient jamais comblés par des élus et les élus ne seraient qu'observateurs. Il faudrait modifier la charte en conséquence. D'ailleurs, pour moi, l'élu peut même parfois devenir un irritant. Pourquoi ? Parce que la plupart du temps l'élu ne connaît pas son rôle, tout comme souvent les administrateurs qui ont peu ou pas d'expériences sur des C.A. d'envergure.
L'élu se croit souvent investi d'une mission divine visant à protéger le pécule fourni par la Ville qui provient des taxes de citoyens qui l'ont élu. Erreur. Les fonds sont alloués par le conseil municipal à un organisme disposant d'un C.A. formel qui a de sérieux comptes à rendre. Le conseil transfère sa confiance au C.A. de l'organisme. C'est pour cela qu'il serait même souhaitable qu'aucun élu ne siège à ce type d'organisme. Après tout, chaque membre d'un C.A. est imputable devant la loi et est même responsable personnellement de tout geste ou situation qui pourrait entraîner des poursuites ou des actions quelconques. Je pense que c'est suffisant pour assurer la saine gouvernance.
Je préfère donc de loin avoir des entrepreneurs indépendants qui mettent leur tête sur la bûche comme administrateurs d'un organisme de développement économique plutôt que d'avoir des élus qui ont besoin de visibilité et utilisent toutes les tribunes possibles pour en avoir.
Je donne souvent cet exemple en terminant une intervention : on enseigne aux parents membres du C.A. d'une école privée qu'ils ne sont plus des parents une fois élus au C.A...
Ils sont des administrateurs indépendants imputables devant la loi. C'est l'équipe-école avec la direction qui s'occupe des enfants et de la pédagogie, pas les membres du C.A.
Pierre Harvey, M.Sc
Harvey International Inc., Sherbrooke