Le gouvernement caquiste ne peut se traîner les pieds en environnement même s’il a réussi à obtenir une majorité d’élus en ignorant les enjeux qui s’y rattachent, écrit notre éditorialiste.

Legault rate sa classe verte

ÉDITORIAL / François Legault aurait eu tout intérêt à prendre un billet pour Katowice, en Pologne. Sa présence à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques aurait été pour lui un excellent cours de rattrapage et lui aurait permis de prouver aux Québécois qu’il était sérieux lorsqu’il a dit avoir une préoccupation «sincère» pour les défis environnementaux.

Cette préoccupation bien soudaine exprimée le 18 octobre — la Coalition avenir Québec n’avait pas brillé par ses engagements en matière d’environnement durant la campagne électorale — paraît bien éphémère et bien peu sincère quand le premier ministre rate la COP24. Celle-ci se déroulera du 3 au 14 décembre en Pologne.

Y déléguer uniquement la ministre de l’Environnement, MarieChantal Chassé, envoie le message que les défis environnementaux passent en second pour le nouveau premier ministre à un moment pourtant crucial. Le dernier rapport du GIEC rappelait l’urgence d’agir.

Le défi interpelle aussi le Québec puisque la province est encore loin d’atteindre les objectifs de réduction de gaz à effet de serre fixés pour 2020. Le gouvernement doit donc rapidement prendre des moyens concrets.

Certes, l’agenda de M. Legault est bien rempli. Des travaux parlementaires se dérouleront du 27 novembre au 7 décembre et son équipe est inexpérimentée.

Évidemment, il y a un risque à l’absence du chef, le seul, avec la ministre Marguerite Blais, à posséder une expérience ministérielle.

Mais lorsque les trois formations politiques adverses l’incitent à se déplacer au sommet de Katowice, lorsque les groupes environnementaux réclament aussi sa présence là-bas, lorsque des citoyens, particulièrement les jeunes, ciblent l’environnement comme priorité, il est bien difficile pour le premier ministre Legault de justifier qu’il reste à Québec. La rencontre en Pologne en est une plus technique? M. Legault aurait sûrement pu y faire des apprentissages.

François Legault avait pris la sage décision de participer au sommet de la Francophonie, en Arménie. Il aurait dû faire de même en environnement pour marquer que le dossier est important et que le Québec veut continuer d’être associé aux leaders en la matière.

Jean Charest et Philippe Couillard avaient participé activement aux conférences des Nations Unies sur les changements climatiques. La conférence de Paris avait même transformé M. Couillard. Al Gore avait louangé son leadership fantastique en 2015.

Même si M. Legault a déjà déclaré qu’il n’était pas porté à se draper dans un discours environnementaliste et à jouer au géant vert, en homme pragmatique, il aurait eu intérêt à voir et à s’inspirer des actions entreprises par d’autres dans le monde.

L’environnement lui tient à cœur? Il faudra bien un jour qu’il en fasse la preuve.

La présence du premier ministre du Québec aurait de plus montré à la communauté internationale que le plan climatique du Canada n’est pas en perdition parce que l’Ontario, la Saskatchewan, le Manitoba et le Nouveau-Brunswick ont rejeté la taxe sur le carbone. M. Legault a déjà indiqué qu’il était un allié de Justin Trudeau dans la défense d’une bourse du carbone.

Le gouvernement caquiste ne peut se traîner les pieds en environnement même s’il a réussi à obtenir une majorité d’élus en ignorant les enjeux qui s’y rattachent.

Le Parti libéral du Québec a déjà reconnu qu’il avait présenté trop tard ses mesures environnementales lors de la dernière campagne. Les jeunes du parti le poussent à faire plus. La députée Marwah Rizqy, qui pourrait briguer la chefferie, a déjà indiqué que le PLQ, parti de l’économie, doit devenir le parti de l’économie verte.

Les caquistes ont intérêt à faire leurs classes rapidement.