Légal mais illégal

ÉDITORIAL / Permis ou pas? C’est la question que se posent sans doute nombre de citoyens et de policiers à deux jours de la légalisation du cannabis au pays alors que le gouvernement du Québec et plusieurs villes de la province ont adopté des règles plus restrictives que ce que prévoit la loi fédérale.

Permis ou pas? C’est la question que se posent sans doute nombre de citoyens et de policiers à deux jours de la légalisation du cannabis au pays alors que le gouvernement du Québec et plusieurs villes de la province ont adopté des règles plus restrictives que ce que prévoit la loi fédérale.

Un certain flou entoure donc l’encadrement de l’usage de cette drogue, particulièrement dans les endroits publics puisque les règles du jeu vont varier selon la ville où l’on réside et même, dans les grandes agglomérations comme Montréal, le quartier où l’on habite.

En voulant légaliser cette drogue « douce » afin d’en prévenir la consommation chez les moins de 18 ans et de contrecarrer le crime organisé —ce qui reste à être démontré—, le gouvernement Trudeau a refilé aux provinces et aux municipalités les enjeux reliés à la santé publique et à la sécurité.

Et c’est là que ça se complique.

Par exemple, alors que la loi fédérale dit qu’il sera légal de cultiver jusqu’à quatre plants de cannabis à la maison, la loi québécoise l’interdit.

En vertu de la loi québécoise, il sera possible de fumer du cannabis dans les parcs et sur le trottoir (mais pas dans les abribus, ni sur les pistes cyclables ou à proximité des garderies et des établissements d’enseignement et de santé, notamment), alors que plusieurs villes, dont Sherbrooke et Magog, l’interdiront.

La situation risque d’être encore plus confuse à Montréal où l’administration Plante autorisera la consommation dans les lieux publics, alors que cinq arrondissements veulent l’interdire.

Autre exemple : alors que la loi fédérale et la loi québécoise autorisent la consommation de cannabis chez les 18 et plus, le nouveau gouvernement caquiste de François Legault entend hausser l’âge légal à 21 ans.

Il veut également prohiber la consommation dans les lieux publics, donnant ainsi raison aux municipalités qui l’interdisent déjà, même si cela est en contradiction avec la position de la Santé publique qui demandait de limiter le bannissement du cannabis aux seuls endroits où il est interdit de fumer du tabac en vertu de la loi provinciale.

L’interdiction du « pot » dans les endroits publics comme les parcs et les trottoirs obligera donc les consommateurs à fumer à la maison.

Or, de plus en plus de propriétaires d’immeubles locatifs interdisent l’usage du tabac et du cannabis dans leurs immeubles.

Et puisque 42,4 % des ménages sherbrookois sont locataires (60 % à Montréal), où iront fumer les amateurs de « pot » s’ils ne peuvent le faire ni à la maison ni dans les endroits publics?

Autre bizarrerie : le « pot » récréatif sera légal à compter de mercredi, mais plusieurs villes comme Sherbrooke n’ont pas encore de succursale de la Société québécoise du cannabis (SQDC).

Les consommateurs devront donc s’approvisionner en ligne auprès de la SQDC ou sur le marché illicite.

Ils pourront donc, en principe du moins, fumer légalement du « pot » illégal!

Les policiers municipaux, eux, devront s’adapter à la nouvelle loi et aux règlements municipaux, notamment surveiller les espaces publics et réprimer la conduite automobile sous l’effet du cannabis.

De l’aveu même du directeur du Service de police de Sherbrooke, Danny McConnell, la légalisation a « généré un flou général pour les services de police et toutes les organisations ».

Bien que les policiers sherbrookois n’entendent pas se lancer à la chasse aux fumeurs de cannabis, les amendes pour les contrevenants sont salées : de 250 à 750 $.

À Magog, le montant de la contravention est de 149 $.

Un premier test pourrait se produire samedi prochain alors qu’un groupe de citoyens prévoit se rassembler au parc des Braves, à Magog, afin de célébrer la légalisation du cannabis.