Nous sommes dans les premières semaines de 2018 et déjà, nous pouvons constater que cette année sera faste en annonces et en propositions de toute sorte en éducation, entre autres pour séduire l’électorat en prévision de l’automne prochain.

L’éducation en mode électoral (1)

ANALYSE / Nous sommes dans les premières semaines de 2018 et déjà, nous pouvons constater que cette année sera faste en annonces et en propositions de toute sorte en éducation, entre autres pour séduire l’électorat en prévision de l’automne prochain. Pour l’instant, le PLQ remporte la palme, ce qui est normal puisqu’il détient les cordons de la bourse. Néanmoins, les autres partis se lancent tour à tour dans la mêlée. Première analyse d’une série sur ces annonces et promesses.

Réfection et construction d’écoles

Parmi les sommes d’argent promises récemment, il y a celles du PLQ qui touchent la réfection/construction d’écoles. Si le gouvernement n’a pu s’empêcher d’annoncer qu’il sortait 740 M$ de son budget pour ce faire, l’ensemble des médias et des observateurs ont été prompts à préciser qu’un 724 M$ avait déjà été publiquement divulgué plus tôt cette année. C’est donc réellement un nouveau montant de 16 M$ qui était mis sur la table lors de cette conférence de presse. Quoi qu’il en soit, tout investissement est bienvenu, mais il faut toujours garder en tête deux éléments : le PLQ dirige l’État de façon presque continue depuis 15 ans et la détérioration du parc immobilier scolaire n’a jamais cessé de s’accroître durant cette période. Aussi, le gouvernement a une obligation légale de s’assurer que les élèves du Québec ont accès à des locaux en nombre suffisant et surtout qu’ils s’avèrent sécuritaires. Si les annonces font partie de la joute politique, il faut assurément relativiser la magnanimité du gouvernement.

Examens de la vue à l’école

Concernant d’autres sommes que le gouvernement libéral compte injecter en éducation, il y a celle pour les examens de vision dans les écoles. À première vue, il s’agit d’une bonne idée qui devrait permettre à plusieurs élèves de vivre une expérience scolaire — et de vie — plus plaisante, ne serait-ce que du fait d’être en mesure de bien voir le tableau ou ses manuels. Cela dit, tenter une analyse des coûts engendrés par cette initiative est difficile parce que d’un côté, l’examen de la vue est déjà couvert par la RAMQ pour les jeunes qui vont chez l’optométriste, et de l’autre, il manque des détails sur toute la logistique de l’opération. Par contre, je ne peux m’empêcher de me demander si une campagne de sensibilisation et des rappels aux parents n’auraient pas permis de hausser significativement le taux actuel de visites chez un spécialiste de la vue, à 20 % actuellement, pour possiblement beaucoup moins cher.

Abolition des commissions scolaires

La CAQ est revenue en force avec son idée d’abolir les commissions scolaires, mais cette fois en les transformant en centre de services et sans réellement en diminuer le nombre. Bien que l’idée derrière cette proposition consiste à « redonner du pouvoir aux écoles », il est quelque peu difficile de bien cerner en quoi les écoles sont systématiquement lésées par les commissions scolaires. J’ai d’ailleurs interpellé le député caquiste et porte-parole en matière d’éducation Jean-François Roberge sur sa page Facebook concernant cet aspect, toutefois sans obtenir de réponse adéquate. Par ailleurs, dans un excellent éditorial intitulé Mieux pensé... mais nécessaire? (22 janvier), Paul Journet de La Presse explique qu’en réalité, la CAQ désire tout simplement inverser les rôles actuels et faire en sorte que les CS répondent aux demandes des écoles. L’idée en soi est plaisante, mais on peut se questionner : y aura-t-il trop de patrons pour chaque centre de services et cela mènera-t-il éventuellement à des guerres de pouvoir? En d’autres mots, alors que chaque établissement fera ses requêtes au centre de services, qui sera l’arbitre? Qui s’assurera qu’une école n’est pas avantagée des autres? Et en fin de compte, où seront les économies? Je rappelle que 96 % des sommes qui entrent dans une CS ressortent en services aux élèves, le 4 % restant servant à faire fonctionner l’entité. En termes de coûts de fonctionnement, c’est extrêmement bas.

Dans un prochain texte, je traiterai d’autres promesses et investissements à venir en éducation, dont la volonté d’offrir davantage de petits déjeuners gratuits dans les écoles primaires du Québec.

Vincent Beaucher est enseignant en éducation à l’Université de Sherbrooke et à Bishop’s.