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«Quand je lis les commentaires sur les réseaux sociaux [Je sais… Je ne devrais pas…], je ne peux que constater la violence des propos, que le sentiment de vérité de l’argumentaire est suffisamment crédible pour vouloir battre l’autre!» écrit Isabelle Morin, professeur de sociologie au Cégep Limoilou.
«Quand je lis les commentaires sur les réseaux sociaux [Je sais… Je ne devrais pas…], je ne peux que constater la violence des propos, que le sentiment de vérité de l’argumentaire est suffisamment crédible pour vouloir battre l’autre!» écrit Isabelle Morin, professeur de sociologie au Cégep Limoilou.

Le temps des nuances et de la douceur

Isabelle Morin
Isabelle Morin
Professeure de sociologie au Cégep Limoilou
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POINT DE VUE / Il y a des personnes qui croisent nos vies et marquent les chemins que nous décidons d’emprunter. Elles laissent sur leur passage des traces indélébiles, invisibles et qui au fil du temps se manifestent par des nouveaux comportements, des nouvelles manières de penser, de réagir, d’être. Souvent pour le mieux, parfois pour le pire.

Lorsque j’étais plus jeune, au secondaire, je me souviens qu’une de mes enseignantes préférées nous permettait de débattre d’enjeux d’actualité. À cette époque, j’étais persuadée que débattre visait un gagnant et un perdant, que la force mon argumentaire se mesurait par le silence des autres, comme un K.O.

En fait, je pensais que la classe était un ring de boxe où la force de frappe des arguments avait comme finalité de me battre et de gagner!

Et ces personnes, ces femmes qui ont changé ma vie m’ont montré, à travers leurs choix, à travers leurs stratégies de communication que s’affirmer pouvait se faire dans la douceur, sans agressivité, mais sans mollesse voire avec force! J’ai donc appris, et je le fais encore, que la force tranquille et la douceur ne sont pas des faiblesses, ne sont pas corollaires d’une faible estime de soi, bien au contraire. Il faut être solide pour entendre avec ouverture les points divergents, contraires aux nôtres.

Quand je lis les commentaires sur les réseaux sociaux (Je sais… Je ne devrais pas…), je ne peux que constater la violence des propos, que le sentiment de vérité de l’argumentaire est suffisamment crédible pour vouloir battre l’autre! L’humilier, le détruire, l’intimider. Bien sûr, il est hasardeux de critiquer un tel comportement lorsque des dirigeants de pays adoptent sans gêne ce genre de propos haineux, diffamatoires, mensongers. Mais je me dis que nous devons faire mieux, collectivement et individuellement.

Et je pense à mes étudiants, à tous les jeunes qui apprennent à s’exprimer, à s’affirmer, à comprendre le monde dans lequel nous vivons. Je me demande alors si les mots choisis par ces adultes qui déferlent sur les réseaux sociaux seraient acceptés s’ils étaient tenus par leurs enfants? Que répondre à des jeunes qui utilisent eux aussi des mots pour nuire, pour détruire l’autre? Sans doute ne sont-ils pas pleinement conscients de la portée de ceux-ci, c’est alors à nous, les adultes de montrer l’exemple. N’est-il pas vrai que ça prend un village pour élever un enfant? Ce village aujourd’hui est sans frontière! Cette réalité requiert une responsabilité accrue de toutes et tous.

Bien sûr, nous sommes lassés, fatigués, frustrés, apeurés, inquiets. Les jugements hâtifs, les propos violents et sans nuances tels des exécutoires soulagent peut-être au moment de les vomir dans l’univers virtuel, mais quels impacts auront-ils ou, ont-ils, sur nos jeunes?

Je nous propose, toutes et tous, de choisir la voie des nuances et de la douceur dans l’appréciation que nous faisons de la réalité, belle comme dure.