Gabriel Nadeau-Dubois

Le sauveur

ÉDITORIAL / La nette victoire du solidaire Gabriel Nadeau-Dubois lors de l'élection partielle de lundi dans la circonscription de Gouin, où le Parti québécois (PQ) ne présentait pas de candidat, risque fort de changer la dynamique à l'Assemblée nationale en raison de l'aplomb de l'ex-leader du « Printemps érable » et de son sens de la formule.
Charismatique, intelligent et un brin impertinent, le nouveau député de Québec solidaire (QS) suscite beaucoup d'attente chez les militants de ce parti de gauche.
Du reste, Québec solidaire a accueilli 6000 nouveaux membres depuis son arrivée au parti, en mars dernier.
« GND » saura-t-il consolider le vote de la génération « Y », dont une bonne partie a vécu le « Printemps érable » et est réputée plus à gauche que celle qui l'a précédée? Après avoir bénéficié d'une grande couverture médiatique depuis l'annonce de sa candidature dans Gouin, le politicien de 27 ans doit maintenant subir l'épreuve de la réalité.
Le « sauveur » de QS est d'ailleurs attendu de pied ferme par ses nouveaux collègues de l'Assemblée nationale.
Car, accuser l'ensemble de la classe politique d'avoir trahi les Québécois depuis 30 ans, comme il l'a fait lors de son entrée en scène de mars dernier, est méprisant et un peu facile.
Oui, les Québécois sont déçus et même désillusionnés de la politique et des politiciens, avec raison, mais ils ont été trahis depuis 30 ans?
En outre, bon nombre de députés et ministres libéraux qui ont vécu l'affrontement entre l'ancien gouvernement Charest et les « carrés rouges », en 2012, ne feront probablement pas de cadeau au député de Gouin.
Parallèlement, le rejet massif par les militants de Québec solidaire de toute convergence avec le PQ a laissé des cicatrices chez les péquistes, tellement que leur chef, Jean-François Lisée, a qualifié hier ce parti « d'allié objectif du Parti libéral ».
Et il n'est pas le seul : de nombreux citoyens, jeunes et moins jeunes, estimaient qu'un pacte électoral entre les deux formations aurait permis d'éviter la réélection du Parti libéral du Québec pour un cinquième mandat en 2018.
À cela s'ajoute la curieuse décision de la direction de Québec solidaire de ne pas avoir informé les délégués à son récent congrès d'une entente sur une feuille de route commune (PQ, QS, Option nationale et Bloc québécois) en vue d'accéder à la souveraineté, avant que ces derniers se prononcent sur une possible alliance électorale avec le PQ.
Un sabotage aux yeux de plusieurs.
De plus, les accusations de racisme et de xénophobie portées par des militants solidaires contre le PQ pour ses positions sur la laïcité ont soulevé l'ire des péquistes.
Hier, la porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé a reconnu que le parti souverainiste n'est pas raciste, ajoutant toutefois qu'il devait faire une « introspection » au sujet de la charte de valeurs.
Il est vrai que cette fameuse charte a contribué à stigmatiser les membres de certaines communautés culturelles et que le dossier a été mené de façon malhabile par le PQ.
Mais il est injuste d'associer ce parti, et indirectement bon nombre de Québécois, au racisme et à la xénophobie.
Le Parti québécois a certes beaucoup de difficultés à se remettre en question et a tout un travail à faire pour se rapprocher des communautés culturelles, mais défendre la laïcité de l'État et vouloir baliser les accommodements religieux n'a rien de raciste.
Cela dit, il est temps que solidaires et péquistes enterrent la hache de guerre.
L'avenir dira comment les péquistes, libéraux et caquistes composeront avec ce nouveau député - et adversaire - flamboyant.
Mais Québec solidaire n'a que trois députés à l'Assemblée nationale, et Gabriel Nadeau-Dubois ne pourra tout changer à lui seul.
Le parti doit sortir de la marginalité et, surtout, essaimer en région s'il veut faire une différence.