Rudy Giuliani, l’avocat du président américain Donald Trump

Le Russiagate, nouveau cachemar national aux États-Unis

Gerald Ford entama son discours inaugural en août 1974 par ces mots : « Mes compatriotes américains, notre long cauchemar national est terminé ».

En effet, le président Richard Nixon venait de démissionner dans la foulée du scandale du Watergate qui avait déchiré la société américaine durant deux ans. 

Depuis ce temps, l’enquête sur le Watergate représente le modèle pour étudier les scandales politiques aux États-Unis. Toute enquête majeure est comparée à celle du Watergate. Son analogie sert de balise pour analyser la gestion de crises ou de scandales, comme l’Irangate sous Reagan ou ceux de Whitewater et de Lewinsky sous Clinton.

Comme la crise du Watergate aboutit à la démission de Nixon, elle représente la référence morale selon laquelle l’inconduite politique aux États-Unis doit être traitée. Or, selon Carl Bernstein, un des deux journalistes ayant révélé les dessous de la crise du Watergate, et pour bien d’autres observateurs, la présente crise du Russiagate est pire que celle du Watergate.

De prime abord, les deux crises sont assez similaires. Dans le Watergate comme dans le Russiagate, l’objectif est de subvertir le processus électoral. Dans le Watergate, un cambriolage de troisième ordre visant à espionner les démocrates en plaçant des micros dans leurs bureaux de campagne, fut l’ingrédient majeur d’une stratégie de sabotage politique afin d’influencer l’élection présidentielle de 1972. Dans celui du Russiagate, l’ingérence étrangère devint le moyen d’influencer l’élection grâce au dévoilement des courriels démocrates qui ont inondé les médias sociaux dans des États clés. 

Dans les deux cas, les enquêtes révèlent une série d’espionnage, de parjures, d’entraves à la justice, de complots, de dissimulations de preuves, d’abus de pouvoir, etc. Par ailleurs, le Russiagate est marqué par des problèmes de blanchiment d’argent, de trafics d’influence et de fraudes fiscales.

Une première raison majeure expliquant comment la crise du Russiagate est pire que celle du Watergate découle de l’attitude des républicains. Dans la crise du Watergate, les vrais héros furent les dirigeants républicains au Congrès. Pourtant très conservateurs, ils choisirent leur pays avant leur parti. Se tenant debout, ils ont exigé que le président Nixon soit transparent et rende des comptes.

Or, dans le cas du Russiagate, les républicains ont lamentablement échoué. Loin de soutenir des enquêtes bipartisanes et d’exiger du président Trump de révéler ce qu’il sait, les républicains au Congrès se sont montrés complices du président pour saper les enquêtes à la Chambre des représentants et entraver toute enquête entreprise par le FBI ou l’avocat spécial Mueller.

Plus encore, ces derniers ont accueilli avec enthousiasme l’aide russe. En 2016, Mitch McConnell, le chef de la majorité républicaine au Sénat, a empêché le président Obama de dénoncer publiquement l’espionnage russe dans la campagne présidentielle, le menaçant même d’une contre-accusation d’intervention partisane dans la campagne. 

Décidément, McConnell, craignant de perdre sa majorité au Sénat, était « heureux de profiter des avantages de l’ingérence russe ». Ainsi, pour des fins partisanes, les républicains sont devenus si corrompus qu’ils sont prêts à accepter l’ingérence étrangère dans le processus électoral américain. L’intérêt de classes et de parti l’emporte sur les valeurs démocratiques.

La deuxième grande raison rendant le Russiagate pire que le Watergate découle de l’attitude du président Trump. Richard Nixon était peut-être un escroc paranoïaque, mais il était aussi un président avisé, très compétent et à certains égards très progressiste (parrain de la loi sur l’environnement).

Nixon respectait aussi certaines normes éthiques de base. Même acculé au mur, Nixon a choisi de se soumettre aux règles de procédures régulières de contrôle. Par contre Trump ne respecte aucun principe moral ou politique et il est un ignorant réactionnaire dont le comportement est a priori imprévisible.

Si les deux présidents ont des attitudes autoritaires, Trump dépasse de loin Nixon à ce niveau. Nixon n’aurait jamais eu recours à la rhétorique démagogique de Trump pour secouer sa base partisane. Or, Trump n’hésite pas à accuser démagogiquement et faussement son prédécesseur de violation grave des règles politiques. De même, il porte des accusations similaires contre le FBI et l’avocat spécial chargé d’enquêter sur le Russiagate.

Une troisième raison faisant du Russiagate une crise pire que le Watergate provient de l’attitude de Trump à l’égard des médias traditionnels. Le président n’hésite pas à accuser la presse d’être l’ennemi du peuple américain. Ce faisant, le premier amendement de la constitution garantit la liberté de presse. En cherchant à créer une hystérie sans pareille face aux médias, il tente d’éloigner de lui le problème en affirmant que le Russiagate est un faux problème créé par la presse.

Néanmoins, Trump a jusqu’ici échoué à éloigner cette crise. Même des amis et alliés de Trump, comme Sean Hannity, animateur de Fox News, reconnaissent que le Russiagate représente une crise pire que le Watergate. Certains républicains membres du Congrès, comme Steve King, font le même constat.

Avec le dévoilement des liens particuliers du comité de campagne de Trump avec les Russes, ainsi que ses liens nébuleux avec la mafia russe, l’enquête sur le Russiagate, loin de se terminer, va prendre une plus grande ampleur dans les six prochains mois. Et cela plus encore si les démocrates prennent le contrôle de la Chambre en novembre. Décidément, le Russiagate est devenu un nouveau cauchemar national aux États-Unis.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke