Nancy Pelosi, représente le coeur et l'âme du parti démocrate.

Le retour en force de Nancy Pelosi

CHRONIQUE / L’anticipation d’une très grande victoire des candidats démocrates à la chambre des représentants était très palpable le 6 novembre dernier. Cette importante victoire fut largement orchestrée par Nancy Pelosi. Aussi, ce soir-là, ses partisans l’accueillirent bruyamment en scandant «Speaker, Speaker, Speaker» pour signifier leur désir de la voir redevenir oratrice de la chambre.

Lors des élections de mi-mandat, Pelosi s’est directement impliquée dans une campagne record de financement qui atteignit les 500 millions de dollars. Elle leva personnellement 135 millions pour venir en aide aux candidats contestant des districts tenus par les républicains. Elle fournit ainsi un soutien appréciable à plus de 70 candidats impliqués dans des luttes serrées.

En dépit de son engagement vis-à-vis les jeunes candidats démocrates, un nombre important de ceux-ci firent campagne pour un renouvellement du leadership démocrate de la chambre. Lors de la tenue du caucus démocrate du 28 novembre, le nombre de nouveaux élus, se positionnant comme anti-Pelosi, atteignit 32.

Comme 234 représentants démocrates avaient été formellement élus, Pelosi n’avait pas les 218 votes nécessaires pour se voir confirmés comme oratrice de la chambre. Néanmoins, ce premier vote, avec le soutien de 86% des membres de son caucus, représentait pour elle une grande victoire.

Des négociations en coulisses lui ont permis deux semaines plus tard d’obtenir les votes démocrates nécessaires. En contrepartie, Pelosi s’est engagée à se retirer de la direction du caucus à la fin de 2022. Cette approche permettra à la nouvelle génération de se familiariser avec les rouages politiques de Washington. Pelosi resterait donc un acteur important sur la scène politique américaine.

Non seulement elle représente parmi les dirigeants démocrates le meilleur collecteur de fonds, mais elle sait mieux que tout autre comment naviguer entre les factions du parti démocrate tout en restant fidèle à ses racines libérales.

Représentant le cœur et l’âme du parti démocrate, elle connaît très bien ses dossiers. Elle est donc capable d’être une véritable mentore pour enseigner aux nouveaux comment devenir un grand législateur. Elle dispose d’une équipe de direction expérimentée et efficace qui sait quand et où faire les compromis nécessaires.

Finalement, Pelosi est une batailleuse de rue. Si elle tend à répondre de manière civilisée aux questions des médias, elle sait aussi comment donner un crochet à tout adversaire qui tente de saper indûment ses positions politiques. Ainsi, face à un président qui ne respecte aucune règle, cette qualité de combattante représente un atout important.

Comme elle concluait l’entente sur l’avenir de son leadership, Pelosi fut convoquée le 11 décembre, avec Chuck Schumer, le dirigeant de la minorité démocrate au sénat, par le président Trump. La rencontre devait se tenir à huis clos. Mais à la surprise des deux dirigeants démocrates, les médias étaient invités à assister à la réunion.

L’objectif de la rencontre consistait à envisager différentes avenues pour un compromis budgétaire afin d’éviter une paralysie partielle du gouvernement fédéral. En effet, si le Congrès n’adoptait pas avant le 21 décembre une résolution budgétaire, le gouvernement cesserait d’être financé et des millions d’employés fédéraux seraient mis en congés forcés.

Trump affirme depuis trois ans que le Mexique payerait pour la construction d’un mur frontalier. Pourtant, il demandait maintenant aux dirigeants démocrates d’accepter de soutenir sa demande de crédit de cinq milliards de dollars. Il posa l’obtention de ce crédit comme condition fondamentale pour éviter une paralysie du gouvernement. L’impasse financière devenait ainsi sa nouvelle façon d’attirer l’attention médiatique et de se faire du capital politique.

La stratégie de Trump est quadruple : d’abord faire oublier les révélations quotidiennes entourant le Russiagate en créant une nouvelle controverse; geler grâce à la paralysie gouvernementale les enquêtes le concernant; blâmer ensuite les démocrates pour cette paralysie, alors que ce sont les républicains qui contrôlaient encore les deux chambres et qui étaient incapables de s’entendre pour proposer un compromis; et finalement consolider sa base politique en démontrant que la construction d’un mur fait toujours partie de ses priorités.

La discussion devant les caméras se déroula dans une véritable atmosphère de téléréalité, système dans lequel Trump est passé maître. Confrontée à l’attitude intimidante du président, Pelosi réagit promptement à son «show médiatique». Elle répliqua au président du tac au tac de manière telle que ce dernier qui habituellement ne tolère pas de voir son autorité contestée, plus encore si celle contestation provient d’une femme, en resta bouché bée.

Conséquemment, Trump se contenta d’affirmer que le gouvernement sera paralysé sans de nouveaux crédits pour la construction du mur et qu’il allait en prendre la responsabilité pour des raisons de sécurité nationale. Si le public américain en général est rébarbatif à toute coupure des services fédéraux, Trump sait que son intransigeance est populaire auprès de ses partisans.

Comme tout se passa en direct, la performance de Pelosi est devenue immédiatement virale sur les réseaux sociaux. Elle confirma sa réputation d’être capable de faire face à la musique et de ne jamais reculer. Par ses répliques, Pelosi dévoila sa capacité d’être gracieuse sans s’en laisser imposer. Plus encore, elle démontra comment dans les deux prochaines années elle représentera un adversaire coriace pour le président.

Trump fut battu à son propre jeu. Comme il n’aime pas perdre la face, la paralysie gouvernementale qu’il a lui-même provoquée risque de durer longtemps. En effet, les démocrates n’ont aucune raison de lui octroyer son mur.
TEXTE-deuxieme paragraphe:      

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.