Le recyclage au Québec, un terreau fertile pour le cynisme

Jusqu’à la défection de la Chine qui nous a annoncé il y a un moment qu’elle ne voulait plus rien savoir du semblant de recyclage dont nous nous débarrassions chez eux, nous pouvions nous entretenir d’illusions sur ce qui advenait de notre bac de récupération. Plus maintenant!

À grands coups de publicité, nous nous sommes fait seriner pendant des mois le fameux slogan : on récupère au Québec. Images et discours moralisant à l’appui. On parlait bien de récupération, comme si le recyclage allait de soi.

L’ex-ministre de l’Environnement, David Heurtel, a déjà déclaré, en commission parlementaire, que notre système de recyclage était un fiasco. Avec le blocage des frontières chinoises, tout ce que nous mettons dans nos bacs de récupération s’accumule dans la majorité de nos centres de tri. S’accumule en montagnes et pour une période qui peut durer des années plutôt que des mois parce que le changement de système ou de machines sera coûteux et prendra du temps.

Et le cynisme qui avait déjà des racines profondes parce que la population n’est pas si naïve est devenu caractérisé parce que la même population constate avec consternation les dérapages actuels. 

Samedi dernier, il y avait un tournoi de balle pour les jeunes de Racine et des alentours. On parle de récupération et de recyclage dans mon village depuis très longtemps. Avec succès, me semblait-il. La vaisselle jetable a été pratiquement bannie des activités publiques, les poubelles sont nombreuses et bien identifiées. L’Opération Verre-Vert a mobilisé les bras et les consciences, etc.  

J’ai constaté, lors de ce tournoi, que la couleur des poubelles n’avait aucune influence. Tout était dans tout. Toutes les poubelles étaient des fourre-tout. Les cannettes en aluminium en grande quantité dans les bacs à vidanges, les épis de maïs dans le recyclage, les verres de plastique dans les bacs à compostage, etc. J’avoue que j’ai eu un accès de colère. L’odeur du cynisme est envahissante. Récupérer, à quoi ça sert?

Le bal des élections est commencé. Le problème du recyclage est majeur, mais je n’ai pas encore entendu un mot sur la question. Est-ce que quelque parti politique, à la fin, va oser s’avancer pour mettre au pas les responsables du gâchis financier et écologique dans lequel nous nous retrouvons présentement? Avec le cynisme qui s’ensuit.

Ça presse!

Gaston Michaud
Racine