Le Québec en fête, le Québec fracturé

Ce 24 juin, c’était la grande fête du Québec et du peuple québécois fier de sa société, de sa culture, de sa langue, de son histoire. Pourtant nombre de Québécoises et Québécois en étaient exclus de facto, considéré.es par cette même société comme des citoyen.nes de seconde zone, voire des non citoyen.nes ou encore des malvenu.es!

Québec, d’autres, nombreux aussi, musulmanes et musulmans, immigrantes et immigrants, demandeurs d’asile et réfugié.es, femmes et hommes des Premières Nations, se repliaient derrière les murs de leurs maisons et de leurs communautés. Peu étaient dans les rues pour célébrer cette fête du Québec qui devrait être celle de toutes et tous, unis dans un présent et un projet commun de bien vivre ensemble. En effet les messages que les politiques québécoises et les sondages auprès des populations dites majoritaires leur envoient, ne sont certainement pas des messages d’ouverture, de reconnaissance et de bienvenue.

Les lois sur la laïcité et sur l’immigration passées sous le bâillon juste avant le départ en vacances des parlementaires, donnent au Québec et à la société québécoise un nouveau visage, plus proche des pays européens et des États-Unis, moins humaniste, plus fermé, moins respectueux des droits de chacun.e et des minorités, plus dogmatique dans son approche du Vivre ensemble, discriminatoire et passéiste. 

L’inquiétude, la peur, le sentiment de menace montent dans ces communautés vivant au Québec mais aussi parmi les populations musulmanes et immigrantes du Canada et parmi toutes celles et ceux pour qui le Canada et le Québec représentaient jusqu’à maintenant le rêve d’une société accueillante dans laquelle ils pourraient bien vivre avec les autres, tournés vers l’avenir, en respectant leurs origines, leurs appartenances et leur liberté de religion. 

La mise à la poubelle de 15 000 dossiers de demande d’immigration en attente, la volonté de réduire le nombre de réfugiés accueillis et les réunifications familiales, les mesures restreignant l’accès à la résidence permanente et à la mobilité, la loi concernant l’interdiction de signes religieux dans plusieurs milieux professionnels dont la justice, la police et l’enseignement, représentent autant de discriminations qui visent ces mêmes populations : les demandeuses et demandeurs d’asile, les immigrantes et immigrants et plus spécifiquement encore les populations musulmanes, sikhes et juives, et de plus près encore les femmes de tous ces groupes. 

Le gouvernement Legault se targue d’avoir la majorité francophone derrière lui pour faire passer ces lois, sélectionner des immigrants correspondant pleinement aux besoins des employeurs, de préférence européens, francophones et surtout non musulmans… Il se réfère à cette même majorité silencieuse des sondages pour dire que tout le monde est prêt à tourner la page de la laïcité et passer le message qu’on en a assez des plaintes minoritaires qui proviennent d’étrangers non assimilables, surtout ces femmes musulmanes qui feraient mieux de rester chez elles si elles veulent continuer à montrer leur foi, leur différence! 

Et le message passe, les Québécois.es francophones sont de plus en plus frileux vis-à-vis des immigrant.es, les actes racistes et haineux se multiplient en particulier vis-à-vis des populations musulmanes, les courants d’extrême droite montent en puissance et sont de plus en plus banalisés. Les personnes migrantes sont perçues comme une force de travail à jeter après usage!

Et pourtant comme la photo d’un petit garçon syrien mort sur une plage de Grèce en 2015, celle d’un père salvadorien et de sa fille eux aussi noyé.es au bord de la frontière états-unienne suscite une montée d’émotions au Québec comme ailleurs dans le monde. Le peuple québécois bien sûr n’a pas perdu son humanité et il suffit parfois d’une étincelle pour la réveiller. Par contre il est possible que les personnes immigrantes, réfugiées, musulmanes n’aient plus la patience ni le courage d’attendre l’étincelle qui permettrait un rapprochement, un retour sur les préjugés, une relecture de ces textes de lois qui les discriminent.

Le collectif Ensemble avec les personnes migrantes contre le racisme a reçu plus de 100 signatures d’organismes et de personnes à la Déclaration qui dénoncent ces lois racistes. Lors de l’assemblée publique du 26 mai puis du rassemblement du 9 juin, les participant-e-s ont décidé de continuer, après le passage des lois, à lutter contre ces discriminations et à se solidariser avec les personnes et groupes qui en sont la cible et pour qui l’avenir paraît bien sombre.

Monsieur Legault,
Monsieur Jolin Barrette, la page n’est pas tournée, il vous faut prendre soin des déchirures et fractures qui grandissent.

Michèle Vaatz-Laaroussi
Collectif Ensemble avec
les personnes migrantes
contre le racisme


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Sans préjudice

Il faut s’y faire. À l’adoption de la loi 101 sur le français au Québec, plusieurs anglophones ne pouvant ou ne voulant pas l’accepter ont déménagé hors Québec. Il faut donc s’attendre à ce que des gens qui extériorisent leur religion en fassent autant dans le contexte de la loi 21. Sans compter que ce n’est pas dans nos mœurs de se cacher le visage en public. Le dicton « à Rome on fait comme les Romains » n’est pas faux.
Cependant, ce que je trouve surtout déplorable est que ces mêmes gens ne semblent pas tenir compte que toute religion autre que la leur n’est pas tolérée dans les pays où leur religion est pratiquée.
Ici, la religion se vit en privé, alors pourquoi ne pas s’adapter pour continuer à vivre ici en toute quiétude avec nous?  
Serait-ce de l’entêtement?  
Reste à voir...

Eddie Falcon