Le privé n'a pas sa place dans la distribution et la vente du cannabis

Couche-Tard annonçait la semaine dernière qu'il aimerait vendre du cannabis dans ses magasins. Pour s'assurer une place dans le modèle de distribution qui sera déterminé par le gouvernement québécois, la compagnie a d'ailleurs retenu les services de Marie-Ève Bédard, lobbyiste pour la firme TACT Intelligence-conseil et ancienne directrice de cabinet d'Yves Bolduc, alors qu'il était ministre de la Santé.
La légalisation du cannabis s'inscrit dans une approche qui reconnaît l'échec du statu quo et l'importance d'innover pour mieux protéger la santé et la sécurité de la population. Ainsi, il ne s'agit pas de rendre le cannabis accessible à tous, mais bien d'encadrer sa production, sa distribution et sa consommation afin de réduire les méfaits qui lui sont associés.
Couche-Tard s'inscrit donc au niveau de la distribution du cannabis. Comment l'entreprise privée pourrait-elle conjuguer ses objectifs de générer des profits avec des objectifs de réduction des méfaits? Il s'agit d'objectifs distincts et irréconciliables. C'est pourquoi l'entreprise privée ne devrait pas être envisagée dans l'établissement d'un modèle de distribution sécuritaire et responsable pour la vente du cannabis.
Le Colorado a opté pour un modèle de distribution confié à l'entreprise privée. Ce modèle est en vigueur depuis 2014. Depuis, on observe une banalisation, particulièrement chez les jeunes, des effets du cannabis sur la santé. Une légère augmentation de sa consommation chez les jeunes, quoique non significative statistiquement, indique également une tendance qu'on ne souhaite pas voir se produire ici.
Afin d'atteindre les objectifs énoncés par le gouvernement, soit protéger les jeunes et réduire les pouvoirs du marché noir, il importe que la distribution soit gérée par l'État et que ce soit l'intérêt public qui prime.
Pour y parvenir, plusieurs critères devront être respectés, notamment l'interdiction de toute forme de marketing, la régulation des prix de vente qui tienne compte des effets sur la santé et du marché noir, le réinvestissement des taxes (...) dans le remboursement des frais de la mise en oeuvre du cadre réglementaire puis en prévention, la promotion et la protection des citoyens et des campagnes de sensibilisation. (...)
Bref, qu'il s'agisse de Couche-Tard ou d'autres, l'entreprise privée ne doit pas être de l'équation, puisque ses impératifs ne s'inscrivent pas dans une approche de réduction des méfaits et qu'elle aurait, au contraire, tout avantage à stimuler la consommation pour générer davantage de profits.
Émilie Dansereau-Trahan, M. A.
Chargée du dossier cannabis à l'Association pour la santé publique du Québec