Le président affaibli

Éditorial / Lorsque le président Donald Trump rencontrera les grands de ce monde au sommet des pays du G20, vendredi et samedi à Hambourg, il arrivera en homme politique affaibli et en perte de crédibilité pour discuter des grands enjeux actuels.
Car M. Trump, en poste depuis à peine six mois, traîne déjà un lourd passif tant en politique intérieure qu'étrangère.
D'abord au pays, où ses gazouillis intempestifs et insultants, en particulier contre les journalistes et les médias, causent un profond malaise même au sein du Parti républicain.
La mise en ligne, dimanche dernier, d'un montage vidéo où voit M. Trump donner une raclée à un adversaire portant un logo du réseau CNN, qu'il abhorre, a démontré jusqu'où le président de la plus grande puissance mondiale est prêt à aller dans l'imbécilité, quitte à piétiner le Premier amendement de la Constitution, celui de la liberté de presse, et à démontrer encore une fois qu'il est indigne de son poste.
À cela s'ajoutent ses promesses hasardeuses dont le plus bel exemple est sans doute le fiasco annoncé de la réforme de l'Obamacare, qui priverait d'assurance maladie plus de 20 millions d'Américains si elle est adoptée, alors que républicains conservateurs et modérés sont incapables de s'entendre.
Ou encore le honteux décret migratoire que la Cour suprême des États-Unis vient de réinstaurer partiellement et provisoirement, qui interdit l'entrée sur le sol américain des ressortissants de six pays musulmans.
Depuis qu'il est en fonction, l'homme d'affaires milliardaire a voulu projeter l'image d'un président macho et anti-establishment, mais il s'est surtout illustré par son irrespect des institutions, son manque de jugement et sa méconnaissance des grands enjeux internationaux.
Son discours selon lequel les autres pays profitent des États-Unis au plan commercial et qu'il faut leur imposer des tarifs douaniers ou que l'immigration représente un danger, plaît évidemment à sa base.
Or, une guerre commerciale pénaliserait les industries américaines qui utilisent des pièces ou des composantes importées, comme le secteur de l'automobile, et entraînerait inévitablement des mesures de rétorsion des autres pays, avec le risque de pertes d'emplois aux États-Unis.
Quant à l'immigration, bon nombre d'économistes estiment qu'elle contribue au dynamisme de l'économie américaine. Du reste, que seraient les États-Unis d'aujourd'hui sans l'apport de millions d'immigrants?
La réputation de Donald Trump est déjà entachée auprès des autres chefs d'État, en raison notamment du retrait unilatéral des États-Unis de l'Accord de Paris sur le climat et de son intention de construire un mur le long de la frontière américano-mexicaine.
Des enjeux majeurs seront abordés lors du sommet du G20, notamment le commerce, le climat, la lutte contre le terrorisme et l'immigration.
Mais c'est la première rencontre entre M. Trump et le président russe Vladimir Poutine qui retiendra sans doute l'attention alors que les relations entre les États-Unis et la Russie sont au plus mal depuis la Guerre froide.
Devant un Vladimir Poutine qui s'est imposé comme un acteur majeur sur la scène internationale, le nouveau venu américain devra aborder des sujets cruciaux, dont la guerre en Syrie, l'élargissement de l'OTAN dans l'est de l'Europe et, inévitablement, l'ingérence russe dans les élections présidentielles de 2016, en raison des pressions intenses qu'il subit aux États-Unis.
Les Américains ont élu Donald Trump sur la base de son programme électoral conservateur et de sa promesse de rendre sa grandeur à l'Amérique.
Six mois après son élection, affaibli par moult controverses et déclarations hasardeuses, M. Trump peine à donner l'image du chef de la plus grande puissance militaire et économique du monde.
À cet égard, quelle influence et quelle crédibilité aura-t-il pour convaincre ses homologues du G20 de la justesse de ses positions et même de son bon jugement?