Justin Trudeau

Le premier ministre déraille!

OPINIONS / À tort ou à raison, le 6 février 2020, des barricades sont érigées sur le réseau ferroviaire du pays; les autochtones protestent contre le projet de la construction du pipeline Coastal GasLink. L’énorme locomotive économique est stoppée!

Les chefs héréditaires Wet’suwet’en Woos, représentés par Frank Alec, sont opposés au gazoduc, parce qu’il serait construit sur leur territoire. Ils affirment qu’ils sont les seuls à pouvoir consentir à un projet qui traverse leur territoire.

Après plus de deux semaines, le 22 février, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, demande la levée des barricades sur les voies ferroviaires: «Nous demeurons ouverts au dialogue, mais nous attendons que le leadership autochtone montre qu’il comprend aussi que la responsabilité est sur eux.»

Aussitôt, la chef régionale ontarienne à l’Assemblée des Premières Nations, Madame Rose-Anne Archibald, déclare que le premier ministre Trudeau a abandonné les Premières Nations en leur imputant notamment la responsabilité des blocus.

De son côté, le grand chef de la nation Atikamekw, Monsieur Constant Awashish ajoute: « […] il faut que le dialogue de sourds et les fausses promesses arrêtent.»

Je partage d’emblée les propos de cet «homme sage», tout comme sa Déclaration unilatérale de souveraineté qu’il a présentée au gouvernement du Québec en 2014. Cependant, force est de constater que son manque à l’appel du fédéral pourrait être considéré comme une désobéissance civile.

Les railleries vont bon train… et Monsieur Trudeau semble détraqué!

Lundi matin, le 24 février, questionné sur une apparente lassitude du gouvernement face à ce conflit qui persiste, Marc Miller, ministre des Services aux Autochtones et membre du Groupe d’intervention en cas d’incident, a répondu qu’il «importait de respecter les leaders Wet’suwet’en.» Il ajoutait: « […] Évidemment, ils ont leurs façons de faire. Ils ont leurs demandes qui visiblement n’étaient pas assouvies».

J’inviterais Monsieur Miller à venir prendre place au wagon-restaurant pour qu’il m’explique le sens de ses propos. «Assouvir» c’est «rassasier complètement», c’est-à-dire: «satisfaire les désirs de quelqu’un». Monsieur Miller sait très bien que jamais le gouvernement fédéral ne répondra aux attentes sans cesse croissantes des «peuples autochtones conquis»!

Des traités forment la base de la relation entre le Canada et les 364 Premières Nations, représentant plus de 600 000 membres des Premières Nations au Canada. Ces droits sont reconnus et affirmés par l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982.

Les peuples autochtones du Canada ont eu le privilège d’une conquête relativement pacifique; à l’époque, les communautés conquises étaient soit massacrées ou déportées ou chassées. Eux, ils bénéficient de milliards de dollars en «redevances» que nous, peuple canadien, nous leur versons annuellement.

En 1663, Capitanal (chef Montagnais et ami des Français) demanda à sa nation de maintenir les bonnes relations avec les Français. Il aurait même dit à Champlain: « […] et vos fils marieront nos filles et nous formerons un nouveau peuple.»

Il en a été autrement plus difficile pour le peuple canadien-français; le Traité de Paris, signé en 1763, qui reconnaît la Conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques et lui transfère tout le territoire, a radicalement changé les alliances; les Britanniques, avaient une «vision du mariage» et des intentions très divergentes.

Nous, on nous a imposé l’expropriation massive, le massacre des colons, les incendies des villages, la famine, la déportation du peuple francophone d’Amérique, dont 14 000 Acadiens séparés et déportés.

Dans les circonstances et devant les évidences, ne devons-nous pas considérer que les communautés autochtones bénéficient largement de la clémence de nos gouvernements et des nombreux traités?

Monsieur le premier ministre, qu’attendez-vous pour remettre le train sur ses rails? Traitez… traités!

Jean Paquette

Trois-Rivières