François Legault

Le pouvoir force au pragmatisme

ÉDITORIAL / À quatre mois des élections, la Coalition avenir Québec sent le besoin de sortir la polisseuse. La formation de François Legault précise donc ne pas avoir l’intention de créer un ordre professionnel contre le corps enseignant, mais bien avec lui. Se rapprocher des commandes rend conciliant et pragmatique.

On pourrait dire également que la CAQ choisit ses batailles et où elle va «investir son courage» si elle forme le prochain gouvernement.

C’est la réponse que le chef Legault a formulée au début du mois dans un autre dossier. Pour expliquer pourquoi l’obligation pour les syndicats de dévoiler leurs états financiers, de tenir des votes secrets et d’utiliser les cotisations de leurs membres à des fins non partisanes ne se retrouvera plus dans la plate-forme électorale, M. Legault affirmait qu’il ne servait à rien de s’éparpiller.

 «Un gouvernement ne peut pas aller dans toutes les directions. Si on veut réaliser nos promesses, il faut en faire moins et puis il faut choisir celles qui sont les plus importantes».

La leçon semble avoir été retenue pour le plan de valorisation de la profession enseignante rendu public jeudi. La CAQ maintient son objectif d’instaurer un ordre professionnel et indique qu’elle entamera un dialogue avec l’ensemble du corps enseignant.

En entrevue à La Presse, le porte-parole de la CAQ en matière d’enseignement, Jean-François Roberge, a reconnu toutefois qu’on ne peut implanter de force un ordre professionnel à des enseignants. Sans l’accord des syndicats, il estime que la création d’un tel ordre serait très difficile.

La CAQ admet qu’une «série de propositions peut être mise en place rapidement et avoir un effet positif immédiat et important». Le parti mise sur la reconnaissance de l’expertise professionnelle des enseignants, sur la formation continue obligatoire et non dirigée (minimum 3 des 20 journées pédagogiques) et l’amélioration des conditions d’exercice.

Le député Roberge assure par ailleurs que le débat sur un ordre professionnel n’est pas clos, qu’il faut en parler.

Le débat a eu cours à la fin des années 90 et la CAQ, ainsi que les jeunes libéraux, l’ont relancé ces dernières années en attribuant à un ordre professionnel une foule de vertus.

En 2016, M. Roberge soutenait que notre façon de gérer la profession enseignante avait atteint ses limites. «Il faut sortir de la logique patronale-syndicale et ajouter un troisième joueur». Selon lui, un ordre professionnel permettrait de disqualifier plus facilement les profs dysfonctionnels ou incompétents. M. Legault, un ancien ministre de l’Éducation, y voit aussi un «jalon important pour assurer la qualité de l’enseignement donné à nos enfants».

La main que tend maintenant la CAQ aux enseignants sera perçue par certains comme du racolage électoral. L’objectif du parti de valoriser la profession, de «libérer le plein potentiel» des enseignants, de hausser le salaire de base à plus de 50 000 $, de revoir la composition de la classe ordinaire et son intention d’accompagner les nouveaux maîtres pour éviter que 20 % d’entre eux décrochent après cinq ans de pratique peut en effet attirer les électeurs oeuvrant dans le domaine de l’enseignement.

Les caquistes réalisent aussi sûrement que s’ils veulent faire leur marque en éducation comme gouvernement, faire une réelle différence pour les écoliers du Québec et éviter d’accroître la pénurie d’enseignants au moment où la clientèle augmentera de 14 % d’ici 2029-2030 — et ce avant même d’instaurer partout des maternelles 4 ans et de rendre la fréquentation scolaire obligatoire jusqu’à 18 ans — le milieu scolaire doit se mobiliser sur des actions plus urgentes que la création d’un ordre professionnel.