Le pont de la discorde

Mardi soir dernier, lors de la dernière séance du conseil municipal, les élus (es) ont voté majoritairement pour la construction d’un pont (signature). Pour être plus précis dans les termes employés, le pont, à l’image du Golden Gate à San Francisco ou du Brooklyn Bridge à New York, sera l’une des images qui caractérise la Ville de Sherbrooke. Il faut avouer que la structure projetée est impressionnante. Mais plus impressionnant encore, c’est la légèreté avec laquelle la majorité des élus (es) ont approuvé ce projet. Comme le faisait remarquer le conseiller Pierre Avard, le pont sera caché par celui du Canadien National, en place depuis 1897. Depuis la rive opposée, il nous sera impossible d’en admirer la structure. De plus, personne au conseil n’a posé la question sur les coûts d’entretien. Et c’est là que ça devient troublant.

À la base, il faut savoir que le fameux pont (signature) est un projet de M. Bernard Sévigny. Par contre, il est pertinent de rappeler que le maire précédent était en négociation constante avec le MTQ afin qu’il prenne à sa charge l’ensemble des coûts reliés à son entretien. Le maire de Sherbrooke et le président du comité exécutif de l’époque, Serge Paquin, savaient de quoi il en retournerait pour l’avenir financier des Sherbrookois. Et c’est la raison pour laquelle les négociations achoppaient. En somme, le MTQ voulait payer pour le fameux pont, mais à condition que la Ville de Sherbrooke prenne à sa charge l’ensemble des coûts reliés à son entretien. C’est cette dernière option que l’administration Lussier a choisie.

Avant que Paul Gingues demande le vote, certains élus ont prétendu que le pont relancerait le centre-ville, que les bâtiments existants prendraient davantage de valeur. Premièrement, je dois avouer que je ne vois pas la cause à effet entre le pont (signature) et l’augmentation de l’affluence au centre-ville. Car le problème c’est toujours le même, le coût du stationnement. Deuxièmement, si la valeur des bâtiments augmente, les taxes de leurs propriétaires suivront la même tangente. Et finalement, celui qui paiera, c’est bien entendu le petit commerçant.

En conclusion, j’ai lu dans La Tribune de mercredi dernier que l’architecture en arche dudit pont représentait le tipi des Abénaquis. C’est là une vision très réductrice de ces guerriers qui furent nos alliés au temps de la Nouvelle-France. En fait, à l’instar des Iroquois et des Hurons, les Abénaquis demeuraient à l’intérieur de maisons longues abritées derrière un carré de palissades. Le wigwam, ou tipi était utilisé lors des déplacements pour la chasse, la pêche et la guerre. Donc, 5 M$ pour un pont caché derrière un autre et surtout, pour une vision erronée de l’histoire, cela m’apparaît des plus onéreux.

Pascal Cyr          
Sherbrooke