Tony Clement a 57 ans, est marié et est père de trois enfants.

Le mystère autour de Tony Clement

ÉDITORIAL / Qu’est-ce qui pousse un homme d’âge mûr à tomber dans le piège d’envoyer des photos dénudées de lui à de jeunes correspondantes en ligne ? L’étourderie, sans doute.

Maintenant, qu’est-ce qui arrive quand cet homme est, comme Tony Clement, un député et membre de l’ultra-secret Comité des parlementaires sur la sécurité nationale et le renseignement ? 

Cet organisme doit surveiller la GRC, le Centre de la sécurité des télécommunications et le Service canadien du renseignement de sécurité. Les attentes sont très, très élevées : M. Clement a doublement erré en adoptant un comportement qui met la quiétude des Canadiens à risque. 

Personne ne sait si notre sécurité a été mise en doute, mais il s’agit sans doute de la pire obstruction vécue à ce comité depuis sa création il y a un peu plus d’un an. Une obstruction qui peut potentiellement ruiner nos relations avec nos alliés des Five Eyes et d’autres encore. 

Nous ne le savons pas, donc nous nous perdons en conjectures. 

L’histoire scabreuse autour du député de Parry Sound-Muskoka, en Ontario, s’est défaite progressivement toute la semaine. Cela a débuté avec une « tentative d’extorsion » possiblement par un pays étranger, via une correspondante inconnue, via les médias sociaux. On a alors cru au départ qu’il n’était qu’une victime dans tout cela. 

Puis cela a évolué. Ce n’était plus une tentative d’extorsion, mais une affaire impliquant plus d’une personne, impliquant des photos et des vidéos de nus. Ce n’était plus une affaire d’une personne, mais d’un pattern chez cet élu qui aurait noué plusieurs relations, ou tenté de le faire, avec de jeunes femmes. 

Rappelons que M. Clement a 57 ans, qu’il est marié et père de trois enfants.

En plus de sa famille et de ses proches, il a mis dans l’embarras le chef de son Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer. Ce dernier n’a rien à se reprocher dans tout cela : il n’est, comme son parti d’ailleurs, qu’une victime des emberlificotages de Tony Clement qui était, jusqu’à lundi, un politicien au-dessus de tout soupçon. Des appels se font maintenant entendre pour qu’il démissionne même comme député. Toutes ses actions s’embrouillent dans le mystère. Nous en découvrirons peut-être davantage dans les jours et les semaines qui viendront.

Il n’empêche que c’est là le comportement trop souvent constaté d’une personne en position d’autorité, directe ou accordée, qui profite de situations nébuleuses pour s’arroger des faveurs, allant peut-être jusqu’à celles de nature sexuelle. Combien de fois devrons-nous vivre cela ? Combien de relations douteuses à l’enseigne des mots-clics #MoiAussi et #MeToo endurerons-nous ? 

Une chose est certaine, c’est que ce n’est absolument pas la première fois, et absolument pas la dernière fois. À chaque occasion, nous tombons des nues parce que c’est une nouvelle personne qui est mise en cause. Dans certains cas, ce sont des personnes avec des vies en apparence exemplaires, comme Bill Clinton, Tiger Woods et Harvey Weinstein, ou Guy Cloutier, Gilbert Rozon et Éric Salvail plus près de nous. 

Devrons-nous ajouter le nom de Tony Clement à cette liste immonde ? 

Une chose est sûre : la bêtise humaine ne cessera de nous surprendre. Qu’un homme en apparence respectable comme M. Clement soit victime d’allégations de ce genre, cela nous étonnera constamment. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?