La Ville de Sherbrooke n’est pas la seule au Québec à éprouver une situation financière difficile par manque d’entrées de fonds et de discipline budgétaire.

Le mur

Le déficit de 97 millions $ pour l’entretien des infrastructures de la Ville de Sherbrooke (aqueduc, égouts, immeubles et équipements) est inquiétant et exige de l’administration municipale une meilleure gestion de ses budgets, de même qu’une planification à plus long terme.

Dans ses constatations présentées en atelier de travail la semaine dernière, Mario Lavallée, professeur de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, note que les budgets annuels « ne tiennent pas systématiquement compte des coûts d’entretien de nos actifs ni des coûts de renouvellement des actifs ».

En outre, la Ville aurait trop recours aux emprunts.

Ça ne peut continuer comme cela.

La Ville de Sherbrooke n’est pas la seule au Québec à éprouver une situation financière difficile par manque d’entrées de fonds et de discipline budgétaire.

Mais on ne peut tolérer que les citoyens se retrouvent depuis quelques années à payer les pots cassés, comme on l’a vu récemment avec le bond de 5,74 % des taxes municipales en raison notamment du laxisme dans la gestion et les opérations du centre de valorisation des matières résiduelles Valoris, dont le redressement coûte 4,5 millions $ aux contribuables.

Sherbrooke doit non seulement mieux contenir la croissance de ses dépenses, mais aussi se donner une meilleure marge de manœuvre pour les imprévus et les coûts d’entretien de ses actifs.

Avec un modèle de gestion « durable », un terme utilisé par Nathalie  Lapierre, directrice du Service des finances, on pourrait sans doute éviter, par exemple, d’accorder un gel des taxes une année, comme on l’a fait en 2018-2019, et de revenir l’année suivante avec une hausse largement supérieure au taux d’inflation et de la capacité de payer de nombreux contribuables, comme on le voit cette année.

Il est normal qu’une administration municipale soit confrontée à des imprévus, par exemple les inondations qui nécessitent le déménagement du garage municipal de la rue des Grandes-Fourches, mais comme tout bon propriétaire, il faut se donner une réserve financière.

On se plaît à dire que le fardeau fiscal des Sherbrookois est parmi les plus bas des grandes villes québécoises, ce qui peut être vu comme une consolation.

Mais il faut aussi savoir que le revenu médian des ménages de la région est en deçà de la moyenne québécoise.

Autrement dit, tout est relatif.

Cela dit, Sherbrooke comme les autres villes de la province ne peut plus seulement compter sur la taxation de l’immobilier et la tarification comme principales sources de revenu.

La présidente du conseil municipal, Nicole Bergeron, l’a bien illustré en décembre dernier en déclarant que « toutes les villes de la province s’entendent pour dire qu’on est arrivé à un mur ».

Et la capacité de payer des contribuables a ses limites.

Au Québec, 70 % des revenus des municipalités proviennent de la taxe foncière pour financer les infrastructures et les services, alors qu’elles ont de plus en plus de responsabilités (transport en commun, logement social, gestion des matières résiduelles, etc.). 

Conséquemment, les villes sont devenues accros au développement immobilier, ce qui favorise l’étalement urbain avec des coûts en infrastructures et au plan environnemental.

En d’autres mots, elles courent après leur queue.

Devant une situation fiscale presque sans issue, il est urgent de diversifier leurs sources de revenus.

L’an dernier, le nouveau pacte fiscal avec le gouvernement du Québec leur a donné un peu d’oxygène avec le transfert d’un point de la TVQ, ce qui se traduira par des revenus supplémentaires de 750 millions $ sur cinq ans.

Mais il faudra davantage.

À la Ville de Sherbrooke, un groupe de travail est en place depuis janvier pour améliorer la gestion budgétaire et trouver de nouvelles sources de revenus.

Il a beaucoup de pain sur la planche.