Le Memphrémagog en surpêche

Nous pêchons sur le lac Memphrémagog depuis près de 20 ans. Nous constatons depuis quelques années une baisse marquée de la population de truite et de salmonidé, mais plus ressentie chez la ouananiche et la brune.

Le passage de Cyril Choquette à la télé, les autres émissions télévisées, les réseaux sociaux, la gratuité à l’hiver 2017-18, les services de guides, tout ceci a attiré énormément de pêcheurs. On peut multiplier par 10 le nombre de pêcheurs qui se sont rajoutés depuis 5 ans, ce qui a contribué à une baisse marquée du poisson.

Les pêcheurs de nos jours sont très équipés, prennent beaucoup de poissons et deviennent bons rapidement. Un pêcheur de nos jours en vaut 25 il y a 30 ans. Il n’est pas rare d’entendre dire d’un pêcheur : « Je me suis payé le service d’un guide, maintenant on sait où et comment ».

Ces guides qui ne cessent de se multiplier. Environ 25 sur ce petit lac, et combien d’autres se rajouteront d’ici quelques années? Ils sont bons et très équipés, des sonars ultra précis, et ils font capturer énormément de poissons à leurs nombreux clients, beau temps, mauvais temps. 

Plusieurs pêcheurs se plaignent de cette situation. Ne devraient-ils pas tous contribuer monétairement à l’ensemencement fait par les clubs? Ou bien les limiter à quelques-uns? 

Avec une limite aussi élevée que 3 ouananiches, 5 brunes, 10 arcs-en-ciel en hiver, plus 2 touladis en été, normal est l’intérêt de tous ces pêcheurs d’affluer vers ce lac. Au Vermont, 2 truites et salmonidés, été comme hiver, sont permis. 

Ne serait-il pas sage d’abaisser cette limite à 4 salmonidés ou truites plus un touladi par pêcheur par jour? Et de 6 plus un touladi toutes espèces confondues par bateau de guide par jour, peu importe le nombre de clients? La limite serait encore le double de celle du Vermont. 

Avec la technique de « jig » très populaire depuis quelques années, qui est d’une extrême efficacité et sûrement très néfaste pour les poissons pris en profondeur lorsque remis à l’eau, et pire encore, l’hiver, les poissons peuvent avoir les yeux et branchies gelés après quelques photos — plusieurs en meurent — si les règles restent ainsi, il restera peu de poissons pour la relève. 

L’hiver, plusieurs pêcheurs ciblent et capturent à répétition le touladi avec la technique de « jig », même s’il est interdit en cette période. Aberrant! 

Dans la région du Bas-St-Laurent, dans tous les lacs contenant du touladi, l’hiver la pêche s’effectue dans 3 mètres et moins d’eau pour éviter le massacre qu’on vit sur le Memphrémagog. Pourquoi ne pas l’appliquer ici? Même l’été, à 10 mètres, on sauverait des milliers de poissons de blessures et souvent de mort. Nous pêchons également au New Hampshire depuis plusieurs dizaines d’années, les descentes de bateaux sont gratuites. La limite de poissons est 75 % moins élevée qu’ici. Par contre, le droit de pêcher à deux cannes été comme hiver raccourcit le temps d’une sortie de pêche l’été. Cela contribue par le fait même à une baisse de la pollution émise par nos moteurs. Nous voulons initier nos jeunes à la pêche, il sera peut-être difficile de le faire! Le coût des descentes de bateaux ne cesse d’augmenter. Pourquoi ne pas ajuster le coût selon la longueur du bateau?

Une étude est en cours présentement sur le Memphrémagog pour deux ans, payée par le Vermont, espérons un changement rapide.

Marcel Lachance
Sherbrooke