Le meilleur remède?

ÉDITORIAL / La réouverture de l’entente entre Québec et les médecins spécialistes ne figure pas dans les 15 actions prioritaires que réclame au prochain gouvernement un collectif formé de patients, de gestionnaires et de salariés du réseau de la santé, ainsi que l’Association médicale du Québec. La Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti québécois (PQ) font-ils fausse route en promettant de déchirer l’entente?

L’Alliance des patients pour la santé, l’Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux, la Confédération des syndicats nationaux et l’Association médicale du Québec ont fait part à nouveau la semaine dernière des correctifs qu’ils souhaitent voir apporter au système de santé au cours des deux prochaines années pour le rendre plus efficient, humain et performant. 

Le collectif aborde la question du mode de rémunération des médecins, mais ne réclame pas de rouvrir l’entente controversée. Selon les porte-parole des quatre associations, on ne déchire pas une entente négociée. 

C’est aussi l’avis du président de l’Association médicale du Québec, le Dr Hugo Viens, qui l’hiver dernier avait exprimé dans une lettre ouverte son malaise devant l’entente conclue entre Québec et les médecins. 

Une entente dénoncée de toutes parts, y compris dans cette page. Enrichir les médecins, les payer plus que ceux de l’Ontario alors que le gouvernement Couillard a imposé pendant des années un régime minceur aux services de santé et d’éducation, a révolté bon nombre de citoyens et aussi des médecins qui auraient souhaité un partage plus juste des fonds publics. 

Les partis d’opposition ont vite saisi qu’ils pouvaient gagner des points en remettant en question cette entente qui hantera sûrement les libéraux durant la prochaine campagne électorale. 

Mais la CAQ et le PQ vont-ils trop loin en promettant de ne pas respecter l’accord? Ils vont même jusqu’à financer certaines de leurs promesses électorales avec l’argent qu’ils refuseront de verser aux médecins. 

Le chef de la CAQ, François Legault, a indiqué en mars que son gouvernement financerait sa baisse de taxes scolaires notamment en réduisant d’un milliard $ la rémunération consentie aux médecins spécialistes. 

Le PQ compte aussi investir dans les services publics, en particulier en santé. Son chef Jean-François Lisée trouvera les fonds nécessaires en suspendant les versements supplémentaires prévus pour les médecins jusqu’en 2023.

L’approche est certes séduisante. Enfin un gouvernement qui se tient debout et qui ne donne pas tout aux médecins, diront certains. Mais est-ce réaliste? Une bataille juridique s’engagerait entre Québec et les représentants des médecins. Une bataille coûteuse, que ces derniers ont les moyens de mener jusqu’au bout, et qui ne garantit pas que le gouvernement aura gain de cause. 

L’affrontement juridique risquerait aussi d’envenimer le climat dans les établissements de santé. A-t-on vraiment besoin de cela après les bouleversements engendrés par les réformes du ministre Barrette? 

Renoncer à déchirer l’entente ne signifie pas pour autant que le prochain gouvernement opte pour le statu quo, qu’il se satisfait du modèle de négociations et qu’il laisse à jamais la Fédération des médecins spécialistes partager l’enveloppe de rémunération entre ses membres. Ça ne veut pas dire non plus qu’il renonce à diversifier le mode de rémunération des médecins, à donner tous les outils à la RAMQ afin qu’elle s’assure que la population en a pour son argent. Québec peut aussi décider d’investir plus en prévention au lieu de tout mettre dans le curatif. Il peut également compter davantage sur les autres professionnels de la santé. Ça fait évidemment moins de bruit que de déchirer une entente, mais ça peut s’avérer plus efficace.