Le mauvais exemple

ÉDITORIAL / Les accusations d’agression sexuelle en groupe portées contre trois adolescents de la région de Sherbrooke, tout comme la triste affaire du député libéral Yves St-Denis, qui aurait envoyé en 2014 une photo porno à une employée politique, suscitent avec raison un haut-le-cœur.

Ces deux histoires démontrent que beaucoup reste à faire dans la lutte contre le harcèlement et les violences sexuelles, même en 2018, même auprès des jeunes et même dans les hautes sphères du pouvoir, puisque la direction du Parti libéral du Québec (PLQ) aurait été informée du comportement de son député il y a quatre ans, mais aurait fermé les yeux, selon le quotidien La Presse.

Du même coup, elles démontrent qu’il faut multiplier les campagnes de sensibilisation grand public et mettre en place au plus sacrant des cours d’éducation sexuelle au primaire et au secondaire.

Il est un peu sidérant que ce genre de situation se produise et se reproduise à l’heure des campagnes de sensibilisation comme « Sans oui, c’est non! », sur les campus universitaires québécois, et du mouvement #Metoo, lancé aux États-Unis à la suite d’allégations de harcèlement sexuel visant le producteur hollywoodien Harvey Weinstein, qui n’est toujours pas inculpé.

Que trois jeunes âgés de 15 à 18 ans (un quatrième doit comparaître la semaine prochaine) soient inculpés du viol collectif d’une jeune fille a de quoi horrifier bien des parents d’adolescentes, d’autant plus que des images de la scène auraient été transmises sur les réseaux sociaux.

Cela soulève évidemment bien des questions sur leur éducation et les valeurs qu’on leur a transmises, sur l’influence de la pornographie et sur la banalisation de ce type d’agression, sans parler du traumatisme subi par la victime alléguée.

On peut aussi faire le lien avec un contexte social délétère où le machisme est de retour et où le président de la plus grande puissance mondiale, Donald Trump, semble considérer les femmes comme des pièces de viande.

Si les faits reprochés aux trois adolescents de Sherbrooke sont particulièrement répugnants, les gestes qu’aurait posés le député libéral Yves St-Denis et le silence du PLQ à la suite de la dénonciation en 2014 le sont aussi.

Ces deux affaires n’ont évidemment pas la même gravité aux yeux de la loi.

Envoyer une photo porno à une employée témoigne d’un manque de jugement et de respect de la part de ce politicien, qui a d’ailleurs quitté le caucus libéral.

Mais le fait que la dénonciation serait demeurée lettre morte pendant quatre ans soulève des questions sur la façon dont le PLQ traite ce genre de dossier.

Mardi, le premier ministre Philippe Couillard a réagi à cette affaire en déclarant que cela rendait la candidature de M. St-Denis « beaucoup plus difficile » et que ce genre de comportement n’avait pas sa place parmi les élus.

Un peu court comme explication.

Deux autres députés libéraux, Gerry Sklavounos, en 2016, et Pierre Paradis, en 2017, ont été exclus du caucus libéral à la suite d’allégations d’inconduite sexuelle.

« Les agressions et le harcèlement sexuels sont inacceptables », avait aussi déclaré M. Couillard en décembre dernier lors de la clôture du Forum sur les agressions et le harcèlement sexuels.

On ne peut qu’être d’accord.

Mais à quoi bon inviter les victimes à briser le mur du silence si les dénonciations n’ont pas de suite et si, malgré les beaux discours, les cas de harcèlement et d’agressions ne semblent pas être pris plus au sérieux?

L’exemple doit venir de haut.

Et cela appartient au premier chef aux parents, aux enseignants, pourvu qu’on leur donne la formation et les moyens nécessaires, et aux dirigeants politiques.