L’importance du malaise touchant la Californie est démontrée par le fait que, présentement, quatre propositions circulent sur le remodelage de l’État. Une des options prend la forme d’un Calexit. Cette option a déjà obtenu la signature de plus de 100 000 personnes. Néanmoins, pour le moment, seule une division de l’État en trois a obtenu les 360 000 signatures minimum requises pour la tenue d’un référendum en novembre 2018.

Le malaise californien

CHRONIQUE / À plusieurs égards, la Californie est plus grande et plus importante que la majorité des pays. Non seulement elle se classe troisième parmi les grands États états-uniens, après l’Alaska et le Texas, mais sa superficie est de la taille du Japon. De plus, avec 38 millions d’habitants, la Californie est l’État le plus peuplé des États-Unis.

L’importance de son rayonnement économique est si grande qu’une Californie indépendante se classerait au sixième rang des puissances mondiales. D’ailleurs, en termes de PIB, la Californie dépasse non seulement celui du Canada, mais aussi de la France. Pourtant, tout ne va pas pour le mieux dans le Golden State.

Depuis un siècle, la Californie a subi des développements socio-économiques majeurs qui amplifient ses tensions démographiques et politiques. L’État est géographiquement très diversifié. Enlevez les régions de San Francisco et de Los Angeles et vous vous retrouvez avec un État plutôt rural et plutôt conservateur. En conséquence, beaucoup de Californiens considèrent que leur État est devenu ingouvernable, alors que de vastes régions de l’État sont mal desservies par le présent système politique.

Ce malaise apparait aussi dans les relations avec Washington. Plusieurs Californiens notent l’existence d’un décalage culturel et politique de la Californie avec les États-Unis. Non seulement ils considèrent que leur État envoie trop d’argent à Washington mais aussi que le reste des États-Unis ne montre pas le même esprit d’ouverture et de vitalité. Or, le malaise s’est accentué avec l’élection de Donald Trump dans un État où les sentiments anti-Trump atteignent des sommets.

L’importance du malaise touchant la Californie est démontrée par le fait que, présentement, quatre propositions circulent sur le remodelage de l’État. Une des options prend la forme d’un Calexit. Cette option a déjà obtenu la signature de plus de 100 000 personnes. Néanmoins, pour le moment, seule une division de l’État en trois a obtenu les 360 000 signatures minimum requises pour la tenue d’un référendum en novembre 2018.

La proposition de Tim Draper, un milliardaire républicain, visant à diviser la Californie en trois États a obtenu un soutien sans précédent dans toutes les régions. Cette proposition est attrayante parce qu’elle met l’accent l’identité culturelle, la composition démographique et les spécificités économiques de chacune des régions.

Ce faisant les populations locales ont le sentiment qu’elles pourraient être mieux représentées et que leurs aspirations seraient mieux comprises et répondues. En divisant la Californie en trois États, les promoteurs de la proposition croient que les communautés régionales seraient plus en mesure de prendre des décisions meilleures et plus appropriées aux besoins de leurs citoyens.

La proposition de Draper, intitulée Initiative CAL 3, a recueilli plus de 600 000 signatures d’électeurs inscrits dans les 58 comtés de l’État, dépassant ainsi de 40 % le nombre de signatures requises (5 % des électeurs inscrits) par la loi californienne pour la tenue d’un référendum. Le fait que la proposition a obtenu le minimum de signatures requises dans les 58 comtés de l’État est un signe de la popularité de cette dernière. Ceci signifie que les électeurs californiens seront en mesure de démontrer dès novembre prochain s’ils sont d’accord ou non pour diviser leur État en trois.

Selon le projet déposé, la Californie serait réduite aux comtés de Los Angeles, Ventura, Santa Barbara, San Luis Obispo, Monterey et San Benito. Un nouvel État appelé la Californie du Sud serait composé des 12 comtés de San Diego, San Bernardino, Orange, Riverside, Mono, Madère, Inyo, Tulare, Fresno, Kings, Kern et de la vallée du sud. Finalement, un troisième État serait constitué des trois comtés de la grande région de San Francisco et des 36 comtés du nord.

Selon la proposition de Draper, la Californie du Sud aurait 13.9 millions d’habitants comparativement à 13.3 pour la Californie du Nord et 12,9 pour la nouvelle Californie. Ainsi, chacun des trois nouveaux États se classerait parmi les dix États états-uniens les plus peuplés.

En plus d’être assurée une meilleure représentation au Congrès américain, la division proposée permettrait aux nouveaux États de mieux répondre aux problèmes les plus pressants concernant la réforme d’un système d’éducation défaillant, l’ajustement des taxes, l’investissement dans les infrastructures publiques. etc.

L’idée de diviser l’État n’est pas en soi nouvelle. Une proposition fut avancée en ce sens dès 1859. Depuis cela fait sept fois que la question a été débattue. Depuis 25 ans et plus précisément depuis 10 ans des propositions en ce sens sont régulièrement mises de l’avant. En 2016, une proposition de démembrer la Californie en six États n’a pas obtenu le nombre requis de signatures. Aussi, le débat n’a jamais été aussi loin qu’en 2018.

Le référendum de novembre n’est qu’une première étape. Si la proposition reçoit l’assentiment des électeurs, la proposition de diviser l’État en trois devra ensuite être formellement adoptée par l’Assemblée législative de la Californie. Une fois cette étape franchie, le gouverneur transmettra la proposition au Congrès. Si le Congrès vote la proposition, alors les trois États verront le jour.

Présentement, en supposant que les Californiens et leur assemblée législative adoptent l’initiative CAL 3, l’approbation du Congrès semble peu probable. Les républicains sont réticents à ajouter quatre nouveaux membres qui assureraient une domination des démocrates au sénat pour les années à venir. Néanmoins, cela n’est pas impossible. Rien n’est sûr en politique. En Angleterre et en Europe en général, les gens pensaient que le Brexit était impossible.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.