La « recette » des Maisons Oxygène repose sur une prémisse importante : la préservation du lien père-enfant dans les moments qui suivent la séparation. Cette préservation constitue un rempart contre l’itinérance et la désaffiliation sociale des pères et réduit de façon significative les risques de maltraitance ou de violence.

Le lien père-enfant : un rempart contre la maltraitance et la violence

La multiplication, dans l’actualité récente, de cas mettant en scène la maltraitance d’enfants ou la violence familiale dans leurs pires formes démontre plus que jamais l’urgence d’agir en prévention pour éviter que ces drames surviennent. Je veux aujourd’hui vous parler d’une ressource méconnue qui pourtant peut sauver des vies : les Maisons Oxygène.

Une Maison Oxygène est une ressource d’hébergement pères-enfants qui offre des services à des pères en situation de grande vulnérabilité, souvent à la suite d’une rupture conjugale, alors que ceux-ci vivent une perte totale de leurs repères. Or, on le sait, ce sont des moments où les risques que la situation dégénère en négligence, en maltraitance ou en violence intrafamiliale augmentent de façon importante.

La « recette » des Maisons Oxygène repose sur une prémisse importante : la préservation du lien père-enfant dans les moments qui suivent la séparation. Cette préservation constitue un rempart contre l’itinérance et la désaffiliation sociale des pères et réduit de façon significative les risques de maltraitance ou de violence. Elle s’avère toutefois impossible si le père ne dispose pas minimalement d’un toit pour accueillir ses enfants.

Au moment de leur appel à l’aide à Maison Oxygène, les pères sont généralement en situation de crise, habités par un sentiment d’urgence et en proie à une grande détresse psychologique. Ils ont l’impression d’avoir tout essayé pour garder la tête hors de l’eau. Ils se disent souvent « au bout du rouleau », « sur le point de craquer », « ayant touché le fond ou ayant frappé un mur ». Plusieurs rapportent des idéations suicidaires, voire des tentatives de suicide pour certains. Par ailleurs, plusieurs pères identifient que la source de leur volonté « de se prendre en main » en contactant la Maison Oxygène vient de leur(s) enfant(s), de leur volonté à lui (leur) assurer un meilleur avenir. L’enfant représente le point d’ancrage au changement et à la reprise en main de sa destinée. 

On sait maintenant que les interventions des Maisons Oxygène préviennent le placement de dizaines d’enfants par année tout en renforçant les liens pères-enfants. On sait aussi l’importance d’accompagner étroitement les pères dans l’acceptation d’une séparation qu’ils n’ont généralement pas choisie. Par ce travail en amont, nous parvenons à désamorcer plusieurs situations qui auraient pu résulter en gestes de violence, dont l’ultime est l’homicide conjugal. 

Par exemple, depuis 2013, à Baie-Comeau, la Maison Oxygène assume un leadership dans la prévention de l’homicide conjugal en ayant formé plus d’une centaine d’intervenants sur l’ensemble de la Côte-Nord. En utilisant des outils d’appréciation et de gestion du risque, la Maison Oxygène met en place des cellules de crise de deux à cinq fois l’an, dont l’efficacité est fulgurante. À ce jour, ces acteurs ont su désamorcer toutes les situations qu’ils ont eues à traiter. 

Briser les tabous pour mieux agir en prévention

Bien que les bienfaits de l’approche unique des Maisons Oxygène soient largement documentés, il reste que cette ressource s’attaque à un tabou important, celui de l’aide qu’il convient d’apporter aux hommes et aux pères qui, dans les situations de violence intrafamiliale, se retrouvent généralement dans le rôle de l’agresseur. L’image que nous aimons utiliser, c’est qu’un homme qui séjourne en Maison Oxygène a souvent un lourd passif mais surtout un sac à dos rempli de grosses roches que nous prenons le temps de déposer afin d’alléger la suite pour sa famille. Chaque jour, nous désamorçons des situations qui pourraient faire escalade. C’est en intervenant en amont que nous parvenons à prévenir le pire. 

Avec ses 13 maisons réparties dans 9 régions, le Réseau Maisons Oxygène est loin de pouvoir répondre à l’ensemble des besoins sur le territoire Québécois. Les travaux de la Commission présidée par Mme Régine Laurent, qui fait un travail admirable pour nous aider à avancer dans notre prise de conscience collective et faire reculer ces tabous, m’encouragent à rêver qu’un jour, chaque père dont la vie se désorganise complètement à la suite d’une séparation conjugale pourra trouver refuge dans une Maison Oxygène, peu importe où il se trouve au Québec. Qu’il pourra s’accrocher à la seule chose qui, souvent, donne encore un sens à sa vie : son lien avec ses enfants.


Patrick Desbiens
Président Réseau Maisons Oxygène