Le geste fatal après un refus

CHRONIQUE / Il y a des personnes âgées au Québec qui sont tannées de vivre et qui voudraient partir. Ce sujet est d’actualité comme jamais auparavant, et de plus en plus de familles doivent composer avec la fin de vie d’un parent ou d’un proche.

Des hommes et des femmes âgés sont malades, « usés à la corde » et tannés de vivre. Certains demandent à un enfant ou autre proche de mettre fin à leur calvaire de fin de vie. Ceux-ci sont témoins de leurs conditions de vie misérables et ne peuvent rien faire d’autre que de les accompagner ou de leur rendre visite, en attendant que tout ça se finisse.

Deux Québécois souffrant de maladies dégénératives, Nicole Gladu et Jean Truchon, sont présentement devant les tribunaux montréalais pour contester les critères d’aide médicale à mourir.

Mardi, dans Le Quotidien, mon collègue Stéphane Bégin nous apprenait qu’un couple de personnes âgées de plus de 80 ans avait tenté un pacte de suicide le 4 janvier, à Chicoutimi. Les lois en vigueur ne nous permettent pas de décider nous-mêmes de notre fin de vie. Au fédéral, on exige une « mort naturelle, raisonnablement prévisible » et au provincial, on exige qu’une personne soit en fin de vie.

« Plus aucune qualité de vie »

Il y a quelques semaines, un homme d’affaires de Chicoutimi, avec les membres de sa famille, a accompagné sa mère en fin de vie dans une démarche d’aide médicale à mourir qui lui a été refusée.

« Ma mère était âgée de 84 ans et souffrait d’une maladie dégénérative associée au Parkinson. C’était une femme très fière et depuis deux ans, elle dégénérait rapidement et n’avait plus aucune qualité de vie. Elle n’était plus capable de manger seule, elle avait besoin d’assistance pour se laver et avait presque perdu l’usage de la parole. Elle disait un mot à la fois, et les mots qu’on entendait le plus souvent étaient “tannée”, “plate”, “pu capable” », raconte le Chicoutimien.

« Ma mère a fait une demande d’aide médicale à mourir, car elle refusait de continuer dans ces conditions-là. Elle souhaitait que ça finisse. Nous avons passé trois semaines dans un hôpital de Québec pour que ma mère subisse les évaluations physiques et psychologiques qui sont nécessaires dans le processus d’aide médical à mourir », explique celui qui a passé du temps avec elle lors de cette hospitalisation.

Tentative de suicide

« Les équipes médicales lui ont refusé sa demande d’aide à mourir. Deux semaines après, elle a pris des pilules pour s’enlever la vie. Le médecin l’a réanimée et intubée. Il insistait pour prolonger les soins, même si nous avions entre les mains un papier signé par ma mère qui refusait d’être réanimée en cas de décès. Il a fallu changer de médecin pour amorcer un protocole de fin de vie », raconte l’homme d’affaires.


«  Elle a pris des pilules pour s’enlever la vie. Le médecin l’a réanimée et intubée.  »
Un homme d’affaires de Chicoutimi, au sujet de sa mère

Le médecin insistait pour maintenir cette dame en vie et songeait même à la faire interner dans une aile psychiatrique pour continuer les soins, et ce, à l’âge de 84 ans. « Il n’y a pas beaucoup de médecins qui veulent s’engager dans l’aide médicale à mourir », a constaté celui qui a accompagné, avec les membres de sa famille, sa mère dans fin de vie.

Kit de fin de vie

On constate souvent cette réalité dans nos entourages. On connaît tous quelqu’un qui a traversé ou qui traverse une période de fin de vie avec un proche.

Il y a des cas où le protocole de confort arrive rapidement, avec l’accord de la famille et du médecin, alors que dans d’autres cas, les soins s’éternisent.

Lors de discussions dans les chaumières, j’entends souvent cette phrase : « J’espère qu’on va pouvoir finir ça rapidement quand ça va être notre tour . »

On espère tous qu’on aura un petit kit de fin de vie à notre portée, qu’on pourra utiliser ou qu’un proche pourra nous administrer en cas d’inaptitude.

Présentement, un conjoint, un ami ou un proche ne peut pas mettre fin à la vie par compassion. Parfois, les gens malades demandent à leur conjoint ou à un enfant de les aider à mourir et de leur fournir les pilules nécessaires. Or, les proches ne peuvent pas faire ça. C’est commettre un acte criminel d’aider quelqu’un, ou même d’encourager quelqu’un, à s’enlever la vie.

J’espère qu’au moment de prendre cette décision, un jour, les Québécois n’auront plus besoin d’aller en Suisse pour mettre fin à leur souffrance, et que la loi aura suffisamment évolué pour que la mort s’installe quand tout le monde considère que c’est la meilleure chose à faire.